‹ Julia de TrécurChapitre 7 sur 8 · L I. T A DE T R i: C OE U R · texte numérisé non relu

L I. T A DE T R i: C OE U R

Iill(^ cnlro les lianos de clic-vrclcuillo qui s'onlaçaicnt au fouillairo tlo for du Ijalc()n :

— Monsieur, dit-elle de sa voix elianfanle, êtes- vous bien occupé?

— Mon Dieu, non! répondil-il en se levant.

— C'est (ju'il l'ail un temps (li\in, repritelle. A oule/-vous venir vous jnomener avec moi ?

— Mon Dieu, oui.

— Eh bien, venez... Dieu! (,a sent bon, ce clièvrefeuille!

Et elle en arracha quelques fleurs qu'elle jeta par la fenêtre à Lucan avec un éclat de rire. Il les ii\a à sa boutonnière, en faisant le geste dun lioinnie (pil ne comprend riiMi à ce (|ui se passe, mais ([ni n'en est pas fàclié.

Il la trouva en fraîche toilette du matin^ piallanl sur le sable de son [)i('d léii:er el impatient.

— Monsieur de Lucan, lui dit-elle "aiement, ma mère veut que je sois aimable pour

.) L" r. I \ I > i: 1' n i ; < ; i )i-; ru.

^(1lls, mon mari le vciil, le Ciel aussi, je suppose; c'est |)Oiii(|iioi je le \cii\ éi^alemeiil, et je vous assiuo ([ne je suis très aimable ([uand je m'en donne la peine... vous verrez ea !

— Kst-il possible? dit Lue;m.

— ^ ous verrez, monsieur! répondit-elle en lui j'ai-sant avec toutes ses grâces une révérence lliéàlrale.

— Va où allons-nous, madame?

— Où il vous plaira... dans les bois, à l'aventure, si vous voulez.

Les collin(>s boisées étaient si rapprochées du (bateau, qu'elles bordaient d'une frange d'ombre un des C(jtés de la cour. M. de Lucan et Julia s'engagèrent dans le premier sentier rpii se présenta devant eux; mais Julia ne larda ])oint à cpùtler les chemins (rayés pour maiclier au hasard d'un aibie à l'autre, s'é^araut à plaisir, liatlant les fourrés de sa canne, cueillant des fleurs ou des feuillages, s'arrêlant en extase devant les bandes lumineuses

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{{ui ravalent çà et là les tapis do mousse, franchement enivrée de mouvement, de plein air, de soleil et de jeunesse. Elle jetait à son compagnon tout en marchant des mots de gracieuse camaraderie, des interpellations folles, des moqueries d'enfant, et faisait retentir les bois de la mélodie de son rire.

Dans son admiration pour la flore sauvage, elle avait peu à peu récolté un véritable fagot dont M. de Lucan acceptait la charge avec résignation : s'apercevant qu'il succombait sous le poids, elle s'assit siu' les racines d'un vieux chêne pour faire, dit-elle, un triage dans tout ce pêle-mêle. Elle prit alors sur ses genoux le paquet d'herbes et de fleurs, et se mil à rejeter tout ce (jni lui j)arut dune qualité inférieure. Elle passait à Lucan, assis à quelques pas d'elle, ce qu'elle crovait devoir réserver pmn- le bouquet déllnitil. inoti\ant gravement ses arrêts à chacune des plantes qu'elle examinait.

— Toi, ma chère, trop maigre!... toi, gen-

JLI.IA UE TUICCWJKUU. Ilô

tille, mais trop courlc!... loi, lu sens mauvais ! . . . loi, tu as l'air hèle ! . . .

Puis, venant brusquement à un autre ortlie d'idées qui ne laissa pas d'inquiéler d'abord M. de Lucan :

— C'est vous, nesl-ce pas, lui dit-elle, (|ui avez conseillé à Pierre de me parler avec fermeté?

— .Moi? dit Lucan ; quelle idée !

— Ça doit èlre vous. — Toi, poursuivitelle en conliiiuaiit de s'adresser à ses fleurs, tu as l'air malade, bonsoir!... — Oui, ça doit èhe vous... On vous croirait doux, à vous \oir, et vous êtes très dur, très tyrannique...

— Féroce, dit Lucan.

— Au reste, je ne vous en veux pas. A ous avez eu raison, ce pau\re Pierre est tro[) laible avec moi. J'aime qu'un homme soit un homme... Il est pourtant très brave, n'est-ce pas?

— Innniment, dit Lucan. Il est capable de kl plus extrême énergie.

Il6 JULIA DE TUÉCOEUU.

— Il en a l'air, cl cependant avec moi... c'est un ange.

— C'est qu'il vous aime.

— Très probable!... - — H ) a de ces fleurs cpii sont curieuses... On dirait une ])clile dame, celle-ci !

- J'espère bien ([ue vous l'aime/ aussi, mon brave Pierre 1*

— Très probable, encore.

Après une pause, elle secoua la tète :

— Et pourquoi l'aimerais-je?

— Belle question ! dit Lucan; mais parce qu'il est jiarfailement digne d'être aimé, parce qu'il a tous les mérites, l'intelligence, le cœur et même la l)eauté... enlln, parce que vous l'avez épousé.

- Alonsicur de Lucan, xonlez-xous (|ue je vous i'assc une confidence?

— Je NOUS en |)rie.

- Ce vovage d'Italie a élé très mauvais pour moi.

— C^omment cela?

jui.i.v i)i; TU i; coi: LU. 117

— .V\aiit mon mariage, figurc/.-vous f|iu' je ne me crovals pas laulo pn'-cist'moiit, mais je me erovais ordinaire.

— ( )iii... eli l)ien ?

— Eli Ijien, en me piomcnani en Ilalic. à Iravers tons ces son\enirs et tons ees marbres si admirés, je faisais d'étranges réllexions... Je me disais qn'après lonl ces princesses e! déesses du monde antique qui rendaient tons les bergers et les rois, pour lesquelles éclataient les guerres et les sacrilèges, étaient à peu près des personnes dans mon genre.

Alors m'est venue l'idée fatale de ma beauté. J'ai compris que je disposais d'une puissance exceptionnelle, que j'étais une cliose sacrée qui ne devait pas se donner à un prix vulgaire, <[ui ne pouvait être que la récompense... que sais-je. .. d'une grande action.. . ou d'un grand crime!

Lucau resta un moment interdit par l'audacieuse naïveté de ce langage. 11 prit le parti d cil rire.

JULIA DE TUÉCOKUU.

— ^lais, nia clièic Jiilia, ilil-il, lailes alU'ulion : vous vous trompez de siècle... \oiis ne sommes plus au temps où l'on se mellait en !.çuerre pour les beaux \eu\ îles dames... Au reste, parlez-en à Pierre : il a tout ce cpiil faut pour vous l'ournir la grande action demandée ; quant au crime, je crois que vous devez y renoncer.

— Croyez-vous? dit Julia. C'est dommage! ajouta-t-elle en éclatant de rire. - Enfin, vous voyez, je vous dis toutes les lolies qui me passent par la tète... C'est aimable, ça, j'espère?

— C'est extrêmement aimable, dit Lucan. Continuez.

— A\ec ce précieux encouragement, monsieur!... dit-elle en se levant et en achevant sa phrase par une révérence ; — mais, pour le moment, allons déjeuner... Je vous recommande mon bouquet. Tenez les tètes en bas.. . Marchez devant, monsieur, et par le plus court, je vous prie, car j'ai un appétit qui m'arrache des larmes.

.TUMA DE TRlCrOElR. T Kj

Liicaii pri( le sciilicr (|ui iiiciiail le pins clirocloinent au tliàlean. Elle le suivit d'un pas agile, lantùl liodoiinanl une cavatine, tantôt lui adressant do nouvelles instructions sur la manière dv tenir sou boucpiet, ou le louchant légèrement du bout de sa canne pour lui faire admirer quelf|uo oiseau perché sur une branche.

Clotilde et M. de \loras les attendaient, assis sur un banc devant la porte du château. L'inquiétude peinte sur leur visage se dissipa au bruit de la voix rieuse de Julia. Dès qu'elle les aperçut, la jeune femme enleva le boufpiel à Lucan, accourut vers Clotilde, et lui jelant dans les bras sa moisson de Heurs :

Ma mère, dil-clle, nous a\ons lait une délicieuse promenade... Je me suis beaucoup amusée. Al. de Lucan aussi... el, de plus, il a beaucoup profilé dans ma cou\ersation.. . Je lui ai ouvert des horizons!...

Elle décrivit avec la main une grande courbe dans le vide, pour indiquer l'immcn-

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