‹ Julie de LespinasseChapitre 38 sur 38 · CORRESPONDANCE DE D ALEMBERT AVEC LE DUC DE VILLA-HERMOSA · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DE D ALEMBERT AVEC LE DUC DE VILLA-HERMOSA

Billet de (VAlemhert au duc de Villa- Hermosa, écrit pendant le séjour du marquis de Mora à Paris.

M. d'Alembert est venu pour avoir l'honneur d'assurer de son respect M. le duc de Villa-Hermosa, et pour lui remettre cette lettre qu'il a bien voulu se charger de faire parvenir à M. le marquis de Mora. La lettre de M. le duc de Villa-Hermosa pour M. de Voltaire partira demain, jour de la poste.

Ce jeudi, 12 mai.

D'Alembert au duc de Villa-Hermosa.

A Paris, lundi 7 décembre 1772.

Quoique M. d'Alembert ait bien peu l'honneur d'être connu de M. le duc de Villa-Hermosa, il ose espérer qu'il lui pardonnera la liberté qu'il prend de s'adresser à lui pour le prier de

1 Lettres reproduites en fac-similé à la suite de Retratos de Antano, d'après les originaux conservés dans les archives de la maison de Villa-Hermosa.

vouloir bien lui faire donner avec détail des nouvelles de la convalescence de M. le marquis de Mora, dont lui et les amis de M. de Mora n'ont eu que des résultats généraux par M. le chevalier Magallon. Quoique les amis de M. le marquis de Mora approuvent fort son silence, ils en sont pourtant allarmés ; ils craignent qu'il n'y ait dans ce silence plus d'impossibilité de le rompre que de régime qui oblige à le garder. Monsieur le duc est donc très instamment prié d'avoir la bonté de faire savoir aux amis de M. le marquis de Mora si la poitrine est restée attaquée de la violente secousse qu'elle a éprouvée à Bagnères, s'il ne lui reste point quelque souffrance du danger où il a été à Saragosse, s'il a encore des évanouissements et quels sont les aliments dont il fait usage. Monsieur le duc voudra bien pardonner toutes ces questions au sentiment d'amitié qui oblige de les lui faire. Il est trop digne lui-même d'avoir des amis, pour ne pas compatir au besoin qu'ont ceux de M. le marquis de Mora d'être rassurés, ou du moins d'être éclairés sur son état, car M. d'Alembert et ceux qui sont attachés à M. de Mora osent supplier monsieur le duc de leur mander la vérité la plus exacte, dût-elle les affliger et les allarmer.

M. d'Alembert demande encore une fois mille et mille pardons à monsieur le duc de Villa-Hermosa de son importunité, et il le supplie de recevoir avec bonté les assurances de son profond respect.

Décembre 1772.

Le duc de Villa-Hermosa à d^Alemhert.

Il n'y a personne au monde, monsieur, qui puisse moins craindre d'être peu connu que vous. Vos lettres honorent toujoiurs ceux à qui vous voudrez bien les adresser. Le tendre intérêt que vous prenez à l'état de M. de Mora, notre ami commun, les rend plus précieuses, et si ma réponse peut le devenir, ce ne sera que par les bonnes nouvelles que j'ai à vous apprendre de la sar.T^ ds xiion beau-frère. Vous pouvez donc assurer ses

amis que sa poitrine n'est pas restée attaquée du tout de la violente secousse qu'elle a éprouvée à Bagnères, qu'il' ne lui reste pas la moindre soufîrance du danger où il a été à Saragosse, et que, depuis qu'il en est sorti, il n'a pas essuyé le plus petit évanouissement. Il est cependant trop faible encore pour se nourrir de légumes ; il mange un peu de notre puchero ou de notre pot à l'espagnole, du poulet et du veau ; il est même obligé de manger tout seul ; ce n'est qu'hier qu'il m'a fait l'honneur de dîner chez moi : c'est la première fois qu'il a quitté la chambre à pareille heure. Il en sort fort peu, et avec toutes les précautions imaginables pour se garantir de l'air froid et vif de ce pays. En xm mot, je puis avoir l'honneur de vous dire, monsieur, qu'il se rétablit, mais bien lentement ; je me flatte poxirtant qu'il ira de miçjix en mieux quand cette rude saison sera passée. Il m'a charafS* de vous assurer, ainsi que ses amis, de son attachement et de sa reconnaissance, et de vous dire qu'il a écrit la dernière semaine, et trois postes auparavant, à mademoiselle de Lespinasse. Si ces lettres ont été reçues, elles pourront tirer d'inquiétude, bien mieux que les miennes, votre société. Du reste, il ne lui est pas permis de lire et d'écrire beaucoup. Si par malheur, dans la suite du tems, il lui arrivait quelque chose de fâcheux, j'aurai le soin de vous en instruire ; je me consolerai avec vous. Après avoir rempli mon devoir en vous obéissant, permettez que je prenne la liberté de vous charger d'assiurer de mon respect madame Geofïrin ; les bontés dont elle m'a comblé seront toujours profondément gravées dans mon cœur. Je n'ose pas vous donner la même commission pour mademoiselle de Lespinasse ; j'en suis très peu connu, mais vous pouvez être persuadé que je lui rends ainsi qu'à tous ses amis la justice qu'ils méritent ; j'admire leurs talents et je suis attendri de leur sensibilité. Pom: vous, monsieiur, je ne saurais vous exprimer combien j'ai été flatté de votre souvenir, et je le serais encore plus si vous m'honorez de vos ordres. En attendant, j'ai l'honneur de vous assurer de l'attachement avec lequel j'ai l'honneur, etc.

D'Alemhert au duc de Villa-Hermosa.

A Paris, le 8 janvier 1773. Monsieur le duc,

Je suis si pénétré de reconnaissance de vos bontés, que je ne saiurais différer à vous en assurer. Les nouvelles que vous avez eu la bonté de me donner de l'état de M. le marquis de Mora sont les plus détaillées et les plus consolantes qui me soient encore parvenues. Je vois avec le plus grand plaisir qu'il commence à être en état de sortir, puisqu'il a été dîner avec vous. Je suis bien persuadé qu'il ne fera pas de faute, et surtout qu'il se garantira de tout ce qui poiurrait lui causer un rhmne. Cependant je suis étonné de ce que vous me faites l'honneur de me dire de la rigueur du froid qu'il fait à Madrid, car jusqu'à présent l'hiver a été très doux à Paris, à l'exception de deux ou trois jours que la gelée a été assez forte. Mais, monsieur le duc, ce qui m'étonne encore davantage, c'est ce que vous me faites aussi l'honneur de me mander, que M. le marquis de Mora a écrit plusieurs lettres à mademoiselle de Lespinasse ; elle n'en a pas reçu une, et sûrement ce n'est pas la faute de la poste d'ici, où il ne s'en perd point. Elle a lieu de croire, ainsi que d'autres amis de M. le marquis de Mora, que les lettres qu'ils lui ont écrites ont eu le même sort. En conséquence, monsieur le duc, permettez-moi de vous supplier de vouloir bien remettre cette lettre à M. le marquis de Mora. Vous voyez que je profite, et peut-être que j'abuse, des bontés dont vous m'honorez. Je me'trouverais trop heureux si vous pouviez me mettre à portée de vous être utile à Paris et me donner vos ordres.

Madame Geoffrin a été très flattée de votre souvenir, ainsi que mademoiselle de Lespinasse, qui regrette beaucoup de n'avoir pas joui plus souvent de votre société pendant votre séjour ici. Si vous y étiez en ce moment, monsieur le duc, vous auriez le plaisir d'entendre et de juger une actrice nouvelle pour le tragique, qui est reçue du public avec les plus grands

applaudissements. Ce qui m'intéresse davantage, c'est le renvoi des Jésuites, dont je pense que la cour d'Espagne est sérieusement occupée. Ils ont eu recours au roi de Prusse pour se mettre sous sa protection, et ce prince leur a répondu en se moquant d'eux. M. le marquis de Mora aura pu vous montrer un dialogue entre le pape, les Jésuites et les princes de l'Europe, dont tous les mots sont tirés de la Passion, et les applications en sont assez justes et assez plaisantes. Je finis, monsieur le duc, en vous priant de nouveau d'excuser mon importunité et de recevoir les assurances de la vive reconnaissance et du profond respect avec lequel je suis...

D\4lembert au duc de Villa-Hermosa.

A Paris, 9 février 1773.

Monsieur le duc,

Quelque affligeantes que soient les nouvelles que vous me faites l'honneur de me donner de l'état de M. le marquis de Mora, je suis pénétré de reconnaissance de la bonté que vous avez eue de m'en instruire. Je vois avec douleur qu'à peine commence-t-on à compter sur sa convalescence, qu'elle est reculée et troublée par de nouveaux accidents. M. Lorry doit lui avoir écrit, il y a quelque temps, d'après la prière que je lui en ai faite. Je n'ai rien eu de plus pressé que de lui faire part des nouveaux accidents dont vous avez la bonté de m'instruire, et je compte que M. le marquis de Mora recevra par ce courrier-ci les nouveaux conseils qu'il désire de M. Lorry pour son soulagement et sa consolation. Je dois vous avouer, monsieur le duc, que M. Lorry est absolument d'avis que M. le marquis de Mora s'éloigne de Madrid, dont l'air est absolument contraire à son état. Je ne doute point que M. Lorry n'insiste dans sa lettre sur cet objet essentiel, et j'ajoute que c'est le vœu unanime de tous les amis que M. le marquis de Mora a

laissés en France, et le mien en particulier, par le tendre intérêt que je prends à son bonheur et à sa conservation. Cependant, comme il est peut-être trop faible en ce moment pour le transplanter, il serait peut-être à propos que M. le marquis de Mora ne précipitât point son départ ; mais il est indispensable, ce me semble, qu'il l'exécute dès que ses forces le lui permettront. Je sens, monsieur, qu'il peut être affligeant pour vous de vous séparer de lui, mais vous aimez M. le marquis de Mora pour lui-même, et vous ne vous en priverez quelque temps que pour pouvoir le conserver. Je vous aurai, monsiem: le duc, la plus vive et la plus sensible obligation de vouloir bien continuer à m'instruire de l'état d'un malade qui nous est si cher à tous. Mademoiselle de Lespinasse se joint à moi pour vous en supplier, et elle me charge de vous dire combien elle est touchée de tout ce que votre lettre contient d'obligeant pomr elle. Que ne suis-je à portée de vous témoigner d'une autre manière que par de stériles remerciements toute la reconnaissance dont je suis pénétré, et que je m'estimerais heureux, si vous daigniez m'en offrir les occasions !

M. le marquis de Mora a dû recevoir, il y a peu de jours, un discours de Voltaire qui vous aura sûrement fait plaisir et où le fanatisme absurde de notre Université de Paris, qui ne vaut pas mieux que vos Universités de Salamanque et d'Alcala, est vivement tovumé en ridicule. Il a dû recevoir en même temps un autre ouvrage encore plus sérieux, et d'autant plus fâcheux pour ceux qu'on y attaque, que leurs absurdités et leurs atrocités y sont mises à la portée des esprits les plus communs. C'est l'ouvrage le plus populaire qui ait encore été fait sur ces matières.

Recevez, monsieur le duc, les assurances réitérées de ma vive reconnaissance et du profond respect avec lequel je suis

Votre très humble et très obéissant serviteur,

d'alembert.

Du même au même.

A Paris, ce 26 avril 1773.

Monsieur le duc,

J'ai attendu qu'il me fût permis, après ces saintes semaines, de redevenir profane, ainsi que vous, pour répondre à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et pour vous réitérer mes très himibles remerciements des nouvelles que vous voulez bien me donner de M, le marquis de Mora. Par celles que j'ai eues depuis la date de votre lettre, il me paraît que sa santé se soutient. Je souhaite bien vivement, ainsi que vous, que les causes morales ne troublent point les opérations physiques que la nature fait pour le rétablir. Je sais par lui, monsieur le duc, qu'il reçoit peu exactement les lettres qu'on lui écrit, que plusieurs même de ces lettres sont perdues, ainsi que plusieurs de celles qu'il écrit lui-même ; c'est ce qui me fait prendre la liberté de joindre ici la lettre que je vous prie de vouloir bien lui remettre.

Je suis bien charmé de ce que vous me faites l'honneur de me mander du meilleur état de madame la duchesse de Villa- Hermosa ; j'espère que la belle saison dont vous jouissez déjà sans doute achèvera de la rétablir. J'espère bien aussi ne pas finir ma vie sans avoir l'honneur de lui faire ma cour, et je me flatterais même que ce moment n'est pas fort éloigné, si ce qu'on dit à Versailles est vrai, que M. le comte de Fuentès va revenir en France et que non seulement toute la Cour, mais surtout le Roi le désire vivement.

Nous sommes instruits du tremblement de terre qu'il y a eu à Madrid ; nous en attendons le détail et nous en craignons les suites. Quant au Portugal, je ne connais point la nouvelle méthode d'études dont vous me faites l'honneur de me parler ; je ne conçois pas pourquoi on me fait l'honneur de me citer à ce sujet et je doute fort, ainsi que vous, monsieur le duc, qu'une méthode d'études en trois gros volumes soit l'ouvrage d'une tête bien philosophique.

M. de Voltaire est beaucoup mieux, et même assez bien

pour faire espérer à ses amis et à ceux qui aiment les lettres de le conserver encore quelque temps. Quant à nos Welches» qui ne valent pas mieux que vos Ibères, ils sont toujours les mêmes, gravement occupés de riens, et traitant avec frivolité les choses importantes. La semaine de Pâques a fait trêve aux spectacles et aux procès, mais elle a produit en récompense beaucoup de vols et d'assassinats. Depuis la rentrée des spectacles, l'actrice nouvelle qui a toiurné toutes les têtes l'hiver dernier, et qui n'a rien fait à la mienne, recommence à être le foyer des conversations. On parle tantôt de guerre, tantôt de paix, sans intérêt et sans suite, comme on parle de tout à Paris. Les philosophes attendent impatiemment la nouvelle de la destruction des Jésuites, à laquelle on prétend aujourd'hui que la pieuse Marie-Thérèse s'oppose, mais ils se flattent que cette nouvelle est sans fondement. Si elle était vraie, il faudrait convenir que ces couleuvres ont la vie bien dture.

Si vous. voyez M. le duc d'Albe, oserais-je vous prier, monsieur le duc, de lui dire que j'ai reçu la caisse des livres qu'il a eu la bonté de m' envoyer, que j'aurai l'honneur de lui faire incessamment mes remerciements et ceux de l'Académie française, et que je n'ai retardé de quelques jours la réponse que je lui dois que pour pouvoir faire passer par lui la lettre que j'aurai l'honneur d'écrire à l'Infant Don Gabriel, pour sa traduction espagnole de Salluste, que je lis avec le plus grand plaisir.

J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, monsieur le duc, votre très humble et très obéissant serviteur.

d'alembert.

Mademoiselle de Lespinasse me charge de vous dire combien elle est touchée de l'honneur de votre souvenir et combien elle désire votre retour, dans l'espérance qu'elle a d'avoir l'honneur de faire connaissance avec vous et d'être plus heureuse qu'elle ne l'a été pendant votre séjour ici.

P.-S. — Je reçois à l'instant, monsieur le duc, une lettre que M. Lorry m'envoie pour la faire passer à M. le marquis de Mora et que je lui adresse par le même courrier. Vous verrez

que M. Lorry insiste dans cette lettre sur la nécessité de quitter l'air de Madrid, comme j'ai l'honneur de vous le dire. Il me mande qu'il écrit à M. le comte de Fuentès par M. le comte d'Egmont, pour lui dire son avis sur l'état de monsieur son fils. Celui de madame la duchesse de Villa- Hermosa est bien inquiétant pour les personnes à qui elle est chère. Quoique je n'aie pas l'honneur de la connaître personnellement, je sais combien elle mérite d'intérêt. Mademoiselle de Lespinasse se souvient malheureusement que l'accident du mois d'août a eu quatre jours d'intervalle entre le premier crachement de sang et la grande hémorragie. Cette pensée est affreuse à avoir, à trois cents lieues de quelqu'un à qui on est aussi tendrement attaché !

Du même au même.

A Paris, ce 23 juillet 1773.

Monsieur le duc,

Je viens d'apprendre avec beaucoup de chagrin la perte que vous avez faite de monsieur votre frère 1, qui vous a été enlevé presque subitement. La douleur que vous en avez, et qui fait honneur à vos sentiments et à sa mémoire, est d'autant plus juste que vous deviez espérer de le posséder plus longtemps et que ses rares qualités, suivant le témoignage de ceux qui l'ont connu, justifiaient la tendresse que vous aviez pour lui. Vous avez acquis, monsieur le duc, tant de droits à ma reconnaissance et à ma sensibilité, que je partagerai toujours bien vivement tout ce qui pourra vous intéresser.

J'imagine que vous allez suivre la Cour à St-Ildefonsc. M. le marquis de Mora doit y aîler aussi ; j'espère que ce séjour sera moins dangereux pour lui dans cette saison que le séjour de Madrid, car on dit que la chaleur ne se fait presque pas sentir

ï Don Jorge Azlor Aragon.

à Saint'Ildefonse. Si cependant il lui arrivait par malheur quelque accident, j'espère toujours, monsieur le duc, aux bontés dont vous m'avez honoré et dont je sens si bien tout le prix.

Mademoiselle de Lespinasse et madame Geoffrin prennent l'une et l'autre une part bien sensible à la perte qui vous afflige et me chargent de vous en assurer.

Permettez-moi de vous demander des nouvelles de madame la duchesse de Villa-Hermosa. Sa santé continue-t-elle à être bonne ? Me permet triez- vous aussi de l'assurer de mon profond respect ? Vous connaissez, monsieur le duc, celui des sentiments inviolables que je vous ai voués.

Du même au même.

A Paris, ce 12 novembre 1773.

Monsieur le duc.

J'ai reçu avec autant de reconnaissance que de plaisir les marques de votre souvenir et de vos bontés, mais j'ai vu avec beaucoup de peine combien votre âme est affectée douloureusement 1. Jamais le sentiment ne s'est exprimé d'une manière plus touchante et plus propre à faire partager tout ce que vous souffrez. J'avais demandé plusieiurs fois de vos nouvelles à M. le chevalier de Magallon ; j'avais su par lui et par M. le marquis de Mora que vous étiez abandonné à toute votre douleur et que vous étiez parti pour vos terres. Vous en êtes revenu pour un événement aussi malheureux et bien fait pour ajouter encore à l'état de tristesse où vous êtes. Permettez-moi d'avoir l'honneur de vous répéter que je prendrai toute ma vie une part bien sincère à tout ce qui pourra intéresser votre bonheur. Je sais que madame la duchesse de Villa-Hermosa est actuellement moins souffrante que dans les premiers moments de la perte qu'elle a faite. Il n'est pas étonnant que ce triste événe-

* La comtesse de Fuentès venait de mourir. Voir p. 381.

ment ait fait renaître se3 inconunodités. Mais une réflexion qu'il m'est impossible de ne pas faire, c'est combien les circonstances ajoutent encore aux événements malheureux. Si madame la comtesse de Fuentès était morte quatre mois plus tôt, il y a lieu de croire que cette mort aurait fixé M. le comte de Fuentès à Paris : le bien des deux nations en aurait résulté et en même temps l'avantage particulier de tous les amis de vous, monsieur, et de M. le marquis de Mora, que l'état malheureux de sa santé tient dans des alarmes continuelles. Nous avons été informés de sa dernière rechute, et les médecins sont bien persuadés que cet accident lui arrivera souvent, s'il ne change pas de climat. Je crois même qui si madame la comtesse de Fuentès était restée dans ce pays-ci, on aurait pu la sauver. On a en général bien de la peine à se persuader que l'air natal soit contraire à la santé, cependant il y en a mille exemples ; du moins faut-il le fuir pendant quelque temps. Je voudrais bien espérer, monsieur le duc, que pour votre consolation et pour faire diversion à votre état, vous vinssiez passer ici quelque temps, et retrouver des amis à qui sûrement vous êtes fort cher. Pour moi, je me trouverais bien heiureux d'être à portée de cultiver vos bontés et la bienveillance dont vous m'honorez.

Nous avons ici le Nonce, dont vous m'avez fait l'honneur de me parler. C'est un enfant, à] la lettre, mais un enfant revêtu de diamants. On dit qu'il n'est chargé que de faire les gestes de la besogne et qu'il a un auditem: qui fera le feste. On est ici fort occupé des fêtes pour le mariage de M. le comte d'Artois. J'y prends si peu de part que je suis hors d'état d'en parler, et je vous crois d'ailleurs dans une disposition bien contraire à ce genre de passe-temps. Madame Geoffrin et mademoiselle de Lespinasse sont très sensibles à l'honneur de votre souvenir. Cette dernière est dans un état de faiblesse et de souffrance qui la rend très propre à partager et à sentir votre douleur ; aussi la lecture de votre lettre l'a-t-elle pénétrée.

J'oserais, monsieur le duc, réclamer vos anciennes bontés dans le cas que M. le marquis de Mora eût encore le malheur d'avoir ses accidents. Vous êtes si sensible, que je ne crains pas de vous montrer le besoin de mon cœur et de celui des amis de M. de Mora. Je finis, comme vous me l'avez ordonné, en vous

renouvellant les assurances du tendre et respectueux attachement que je vous ai voué.

Du même au même.

A Paris, ce 4 mars 1774.

Monsieur le duc,

Je suis pénétré de reconnaissance de vos bontés, et je vous prie d'en recevoir mes très humbles et en même temps très tristes remerciements, car les nouvelles que vous avez eu la bonté de me donner m'allarment beaucoup. Outre que le dernier accident de M. le marquis de Mora me paraît plus considérable et plus long que les précédents, il s'y est joint ime toux qui me paraît fort inquiétante, parce que j'en crains l'effet sur sa poitrine et que je crains qu'elle ne soit la suite du quinquina et du fer qu'il a pris contre l'avis de M. Lorry. Je ne crains pas moins, ainsi que M. Lorry, l'effet que l'air sec et brûlant de Madrid peut faire sur cette poitrine déjà affaiblie par le dernier accident et vraisemblablement irritée et échauffée par le remède dont M. le marquis a fait usage. Je ne vous cache pas, monsieur, que M. Lorry redoute beaucoup l'effet de l'été prochain ; il craint que l'excès de la chaleur ne raréfie beaucoup le sang de M. de Mora et que les accidents n*en deviennent encore plus fréquents ; alors son état deviendrait vraiment affreux, car il me semble qu'il a à peine le temps de respirer dans ces intervalles trop courts.

M. le chevalier de Magallon m'a communiqué la lettre que vous lui avez écrite sur l'état de M. de Mora ; cette lettre m'a prouvé, monsieur le duc, que vous n'avez point oublié notre langue, comme vous le pensez, car la traduction que M. de Magallon m'en a faite n'a rien ajouté à la clarté de vos expressions dans celle que vous m'avez fait l'honneiu: de m'écrire. Vous dites à M. de Magallon que l'incommodité de M. de Mora a fait mal à madame la duchesse de Villa- Hermosa ; je me flatte que cet accident n'aura été que passager, car on m'avait dit

APPENDICE 5èi

que depuis quelque temps sa santé était très bonne. J'ai tant de confiance en vos bontés, monsieur le duc, que j'attends avec la plus grande impatience l'arrivée du courrier de demain samedi. Dieu veuille qu'il calme l'inquiétude où je suis !

Madame Geoffrin et mademoiselle de Lespinasse sont toujours bien touchées de l'honneur de votre souvenir. L'état habituel de cette dernière est d'avoir toujours la fièvre et de passer la vie dans les souffrances. Pour madame Geoffrin, elle semble rajeimir.

Vous savez du reste la grande affaire qui occupe la cour d'Espagne et celle-ci : le projet de rétablissement des Jésuites sous ime autre forme et sous d'autres auspices. Ce n'était pas la peine de les tuer pour les ressusciter ! Nous ne sommes d'ailleurs occupés à l'ordinaire que de spectacles, de musique, de frivolités qui intéressent bien peu à trois cents lieues. Je me garderai donc bien de vous ennuyer de ce détail, auquel je ne prends d'aillem^ aucime part, et je me bornerai à vous renpuveler les assmrances de toute la reconnaissance que je vous dois et de l'attachement respectueux que je vous ai voué.

Du même au même.

A Paris, ce n mars 1774.

Monsieur le duc.

Vous augmentez tous les jours la reconnaissance que je vous dois. J'avais le plus pressant besoin des nouvelles que vous avez bien voulu me donner. Je n'avais senti de ma vie des alarmes pareilles, et je n'ai point d'expression pour vous remercier. J'ai été attendre à la poste l'arrivée du courrier et, quoique j'attende demain des nouvelles encore meilleures que celles du 24, j'irai de même les attendre à la poste afin de les recevoir une heure plus tôt. Le mot qui était le dernier de votre lettre au-dessus du cachet : il se porte bien, m'a rendu la vie, et j'ai été pénétré en particulier de cette marque de bonté inouïe de votre part ; elle est d'ime âme bien sensible et qui doit avoir

cruellement souffert, pour savoir si bien se mettre à la place de ceux qui souffrent. Je suis venu à perte d'haleine apporter ces nouvelles à mademoiselle de Lespinasse, qui les attendait avec une terreur et un effroi dont j'étais fort alarmé. Nulle part au monde M. le marquis de Mora ne peut être pluB aimé qu'il l'est dans le petit coin que nous habitons.

J'ai fait part sur-le-champ de ces Consolantes nouvelles à M. Lorry ; je lui ai annoncé la consultation que j'attends et que vous voulez bien me promettre. Il n'a qu'un cri contré l'air d'Espagne et le plus grand désir du monde que M. de Mora vienne auprès de lui donner quelque temps à sa santé, qu'il se flatte bien de rétablir. Vous voyez, monsieur le duc, que la méprise des médecins d'Espagne vient de penser coûter la vie à M. de Mora. Qui tious répondra qu'à l'aVeniir ils voient mieux et fassent mieux ? Pour diminuer, monsieur le duc, les regrets que M. de Mora aurait de quitter l'Espagne, ce serait une action tout à fait digne de votre amitié de le ramener en France avec madame la duchesse de Villa-Hermosa ; vous vous trouveriez, et lui aussi, avec ce que vous avez de plus cher, et vous pourtiez vous dire que vous auriez, non seulement assuré la santé de votre ami, mais même que vous lui auriez sauvé la vie. Je ne sais pas si ce projet vous paraît extraordinaire ; pour moi, il me semble très facile, quand je pense à votre sentiment pour M. le marquis de Mora et à la nécessité de le tirer promptement d'im air funeste et de fuir des médecins qui l'ont empoisonné. Si le séjour de France ne vous a pas déplu, monsieur le duc, permettez-moi d'y souhaiter votre retour avec le plus vif désir. Je me permetttaîs bien d'y cultiver voâ bontés mieux que par le passé.

Je vous rends un million de grâces d'avoir voulu me parler dé la santé de madame la duchesse de Villa-Hermosa. J'avais su pat M. le chevalier de Magallon qu'elle avait été vivement afifeetée de l'état de monsieur son frèfe. Vous m'avez rassuré en m'apprenant que ses douleurs sont calmées. Sa sensibilité ajoute à rmtérêt que sa personne inspire. Je suis au désespoir que les nouvelles de M. le prince Pignatelli soient arrivées si mal à propos quand vous étiez inquiet. Il était parfaitement bien, et même il n'y a pas eu proprement de danger ni un seul

accident inquiétant ; il est même mieux, ce me semble, qu'avant sa maladie. Je voudrais bien que M, de Mora ne fût pas plus affaibli que lui par les saignées. Madame Geoffrin et mademoiselle de Lespinasse ont partagé tous vos sentiments de douleur et de joie et vous font mille remerciements des marques de votre souvenir.

Recevez, monsieur le duc, l'expression la plus sincère de mon respect, de mon attachement et de ma reconnaissance.

Du mima au mimé.

A Paris, ce 14 mars 1774.

Monsieur le duc,

M. Lorry a répondu à la consultation. Il a dit son avis sur une feuille à part quant à ce qui concerne le climat. Mais tout cela n'ajoute rien aux deux lettres qu'il a écrites à M. de Mora et qui devraient le décider svur-le-champ à partir, sans attendre cette réponse qui, comme vous le verrez, n'est ni plus décisive ni plus absolue que son premier avis, et il faut avouer que, depuis le moment où M. de Mora est parti de Bayonne, M. Lorry n'a pas varié sur le besoin qu'il aurait de venir respirer l'air de Paris. Il a écrit cinq ou six fois à M. de Mora et, ce qui est inconcevable, c'est qu'il ne lui ait pas fait jusqu'à présent d'impression ; mais sur quoi M. Lorry ne pèse point assez, par modestie et par défiance de lui-même, c'est sur l'importance de ses soins pour M. de Mora ; car, en supposant qu'il y eût quelque climat où l'air put être également bon comme celui de Paris, ce que M. Lorry ne croit pas, il faudrait compter comme une chose bien importante d'avoir un homme aussi éclairé et aussi attaché pour médecin. Voilà à coup sûr ce que M. le marquis de Mora ne trouvera nulle part qu'à Paris. Je ne vous cacherai point, monsieur le duc, que M. Lorry craint véritablement pour la poitrine de M. de Mora, s'il ne se décide pas promptement à fuir un air pernicieux. Il faudrait donc que M. de Mora ne perdît pas un moment pour paurtir, afin d'éviter les chaleurs dans son

voyage. Vous, monsieur le duc, qui savez si bien aimer, qui connaissez tout le prix de votre ami, encouragez-le, et, à moins d'impossibilité, faites-lui le sacrifice de revenir avec lui. Vous savez sûrement que M. le prince Pignatelli compte partir dans un mois au plus tard pour aller rejoindre monsieur son père, qui, par conséquent, sera soigné comme il mérite de l'être. C'est M. de Magallon qui s'est chargé d'une lettre que M. Lorry vous a écrite, d'une consultation latine à M. Pereira et d'une feuille volante sur le climat. S'il n'était pas question d'un intérêt aussi cher que celui de la santé de M. de Mora, votre ami, j'aurais des millions de pardons à vous demander de la longueur, du rabâchage, et de l'importunité de mes lettres.

Recevez, monsieur le duc, les assurances bien respectueuses de ma reconnaissance et de mon attachement. Permettez-moi de mettre dans ma lettre ce billet pour M. de Mora.

** Du même au même.

A Paris, ce 20 mars 1774.

Je n'ai plus d'expressions pour vous marquer ma reconnaissance. Je sens bien que je dois cet excès de bonté à votre amitié pour M. le marquis de Mora. C'est à lui à m'acquitter envers vous. J'ai fait part à M. Lorry des nouvelles que vous avez la bonté de me mander. L'excès de la faiblesse de M. de Mora m'inquiète. Cependant ce qu'il y avait de plus à craindre, c'était sa poitrine, et vous me rassurez en me disant qu'il ne tousse plus. M. Lorry ne doute pas que, dans ce moment-ci, M. de" Mora ne soit disposé à partir. H doit avoir reçu la réponse à sa consultation et une lettre bien décisive. Je voudrais bien que cette lettre ne vous trouvât pas à Madrid et qu'elle vous fût renvoyée. Nous avons appris avec peine que M. le comte de Fuentès avait encore été malade et venait encore d'être piqué deux fois ; nulle part au monde on ne saigne autant qu'à Madrid ! Si M. le marquis de Mora doit partir, engagez-le, monsieur le

duc, à ne pas perdre un moment, d'abord à cause de la saison, et puis parce que M. Lorry voudrait qu'il fût ici avant que trois mois de son accident fussent révolus, pour lui faire appliquer les sangsues. D'ailleurs, il doit craindre ce que le temps amène : il me semble que depuis deux ans il a été écrasé de toutes parts de malheurs. Je conçois, monsieur le duc, vos regrets sur la mort du jeune infant, et j'y prends toute la part possible. Mademoiselle de Lespinasse et madame Geoffrin sont toujours très sensibles à l'honneur de votre souvenir et seraient charmées l'une et l'autre si elles pouvaient espérer de vous revoir bientôt. Recevez, monsieur le duc, les assmrances de la plus vive et de la plus respectueuse reconnaissance. Vous ne me parlez point de la santé de madame la duchesse de Villa-Hermosa. J'espère que c'est ime preuve qu'elle est bonne, et je le désire beaucoup. Si elle venait dans ce pays-ci, je vous prierais bien de solliciter auprès d'elle la grâce de lui faire ma cour.

Du même au même.

Sans date.

Monsieur le duc,

Les dernières nouvelles que vous avez eu la bonté de me mander sont en effet désolantes : toutes vos alarmes ont passé dans mon âme. M. Lorry écrit une seconde lettre à ! I. le marquis de Mora, mais tous ces secours viennent bien tard. Les remèdes qu'a pris M. de Mora l'ont empoisonné ; je crains bien les effets funestes de ce quinquina et de ce fer. Il est démontré que la force et la longueur de cette hémorragie tient à cette cause ; M. Lorry n'en doute pas. Il faudra bien du temps, bien des soins, et surtout d'autres lumières que celles qui conduisent M. de Mora, pour réparer le mal qu'on lui a fait. M. Lorry désirerait vivement d'être à portée de soigner M. de Mora, mais dans cet éloignement les conseils ne servent qu'à troubler et à inquiéter. J'espère bien en vos bontés, monsieur le duc ; j'attends mercredi prochain dans un état d'agitation et de douleiu: qui ne pourra

être calmé que quand j'apprendrai par vous que vous l'êtes vous-même. Jamais personne n'a donné des alarmes plus vives et plus cruelles que M. le marquis de Mora en donne à ses amis. Il y en a que je crains bien qui ne soient victimes de leur attachement pour lui...

Ses amis n'ont qu'un reproche à lui faire, c'est de s'obstiner à respirer im air qu'il y a longtemps que son médecin croit mortel pour lui et à se conduire par les lumières de médecins qui se sont sûrement mépris sur la cause de son mal, ce qu'il fait qu'ils ne prescrivent pas un remède qui n'ait augmenté le danger de l'état de M. de Mora. Joignez-vous à Lorry, monsieur le duc, et à l'intérêt de la vie de votre ami pour le sauver du péril où sont ses jovurs ; il en est temps encore. Il ne faut pas croire que cet accident-ci soit comme les derniers ; les suites en pourraient être fort dangereuses. Quoique vous ayez beaucoup souffert par le spectacle de son état, j'ai bien envié votre sort ; il est affreux d'être à trois cents lieues et d'attendre quatre jours des nouvelles aussi intéressantes ! Je ne saurais assez vous exprimer, monsieur le duc, la sensible reconnaissance dont je suis pénétré. Je ne serai jamais assez heureux pour vous la prouver et pour vous convaincre des sentiments d'attachement et de respect que je vous ai voués.

Du même au mime.

Juin 1774.

Monsieur le duc,

J'ai appris il y a quelques jours la perte que vous avez eu le malheur de faire de M. le marquis de Mora, et celle que j'ai eu le malheur d'en faire moi-même. La douleur dont j'ai été pénétré ne m'a pas permis d'avoir l'honneur de vous écrire dans le premier moment, pour vous assurer de toute la part que je prends à votre juste affliction. Quel cruel événement, monsieur le duc, povu: sa famille, pour ses amis, pour vous en

particulier, pour moi, qu'il honorait de son amitié, enfin pour madame la duchesse de Villa-Hermosa, qu'il aimait tendrement et dont il était aimé de même ! Quel malheur pour M. le comte Fuentès, dont les vertus méritaient une autre récompense ! Je crains bien, monsieiu: le duc, que la santé de madame la duchesse de Villa-Hermosa ne reçoive de vives atteintes de la douleur où elle doit être. Oserais-je vous prier, par l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche, et à elle en particulier, de vouloir bien m'en donner des nouvelles? Mademoiselle de Lespinasse et madame Geofïrin, qui partagent bien votre douleur et la mienne, me chargent de vous en assurer. Pour moi, croyez, je vous prie, monsieur le duc, que je conserverai jusqu'au tombeau la reconnaissance de toutes vos bontés et que je me croirais trop heureux de pouvoir vous donner des preuves de mon inviolable et respectueux attachement. Je finis comme vous me l'avez ordonné.

Mademoiselle de Lespinasse me prie d'assurer madame la duchesse de Villa-Hermosa de toute la part qu'elle prend à son affliction et des justes regrets qu'elle-même donne à la perte de M. le marquis de Mora.

Du même au mêm^.

A Paris, ce 30 septembre 1774.

Monsieur le duc,

Depuis la perte commune et irréparable que noys avons en le malheiu: de faire l'un et l'autre, j'ai respecté votre douleur, et j'ai craint d'être importun même en y mêlant la mienne ; mais la part que je prends à tout ce qui vous intéresse est et sera toujours aussi vive et ne me permet pas de tarder plus longtemps à vous demander des nouvelles de votre santé. Mademoiselle de Lespinasse se joint à moi pour vous témoigner le même désir, et nous espérons que, malgré les secousses que votre âme a reçues, monsieur, votre santé n'y aura pas tout à fait succombé. Nous craignons infiniment qu'il n'en soit pas de

même de madame la duchesse de Villa-Hermosa, qu'on nous a dit avoir été fort incommodée. Mademoiselle de Lespinasse et moi, nous vous prions de vouloir bien l'assurer que personne n'est plus sensible que nous à ce qu'elle soulïre, et nous vous aurons la plus grande obligation de vouloir bien nous donner de ses nouvelles.

Après vous avoir entretenu, monsieur, de ces tristes objets, il est bien difficile de pouvoir vous parler de rien qui vous intéresse. Cependant l'honnêteté de votre âme, et l'intérêt que vous prenez sans doute aux amis que vous avez laissés en France, vous fera sans doute apprendre avec plaisir que ce pays commence enfin, après tous ses malheurs, à respirer, ou du moins à espérer que le Roi aime le bien, la vérité, les honnêtes gens, qu'il déteste les fripons, qu'il a pris pour contrôleur général des finances un des hommes les plus vertueux et les plus éclairés de son royaume et que, si ce digne ministre ne fait pas le bien, il faudra en conclure avec douleur que le bien est impossible. Mais, quel que soit le sort de ma patrie, soyez, je vous prie, bien persuadé, monsieur le duc, que mon cœur sera toujours le même, que je me ressouviendrai éternellement de la reconnaissance que je vous dois, des bontés que vous avez bien voulu me marquer, et que je n'aurai jamais assez d'occasions de vous renouveler les assurances du respectueux attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être, monsieur le duc, votre très humble et très obéissant serviteur.

* Du mcme au mcme^

Janvier 1775.

Monsieur le duc,

Ni l'absence, ni le temps n'affaibliront la reconnaissance que je dois à toutes vos bontés et les sentiments de respect et de reconnaissance dont je suis pénétré pour vous. Je vous supplie d'en être bien persuadé et de recevoir les vœux que je fais pour vous et pour madame la duchesse de Villa-Hermosa au com-

mencement de cette année. Puissent ces vœux être aussi efi&cacement exaucés qu'ils sont vifs et sincères ! Oserais-je vous supplier de vouloir bien me donner des nouvelles de votre santé et de la sienne? Vous savez le tendre intérêt que je prends à l'une et à l'autre.

Mademoiselle de Lespinasse vous demande la même grâce que moi. Elle est plus souffrante que jamais, mais ses douleurs et ses peines ne l'empêchent pas de prendre part à celles qui vous affligent tous deux. Elle me charge de vous en assurer. Madame Geoffrin, qui vous remercie de votre souvenir, est dans les mêmes sentiments. J'ai reçu de M. le comte de Fuentès une lettre qui m'a pénétré de reconnaissance et d'attendrissement. Me permettez-vous, monsieur le duc, de me rappeler ici au souvenir de ses bontés et de lui présenter mes vœux et mes hommages ?

Je finis, monsieur le duc, suivant vos ordres et sans cérémonie, en vous réitérant les assurances de mon profond respect et de mon dévouement éternel.

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ALPHONSE DAUDET. — Lettres de mon Moulin. Introduction par Charles Sarolea.

V*« E.-M. DE VOGUÉ {de P Académie française). — Les Morts qui parlent. Introduction par Victor Giraud.

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Traduit par le D'^ Louis Boucher et E.-E. Clarke. Introduction par Mme Félix-Faure-Goyau.

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ERNEST RENAN {de VAcadémie française).-^ Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse.

RENÉ BAZIN ^ {de l'Académie française).-^ De toute son Ame.

PIERRE DE COULEVAIN.— Eve Victorieufc.

PROSPER MÉRIMÉE {de V Académie françaist),--- Chronique du Règne de Charles IX.

ANATOLE FRANCE {de VAcadémie française).— Jocaste et Le Chat Maigre.

Vt« E.-M. DE VOQÙÉ {de V Académie française).— Jean d'Agrève.

EDGAR POE (trad. Ch. Baudelaire).— Histoires extraordinaires.

LABICHE ET MARTIN.— Le Voyage de M.

Perrichon et autres Comédies.

BULWER LYTTON.— Les Derniers Jours de Pompéi.

HENRI CONSCIENCE.— Le Gentilhomme pauvre.

BARRETT WENDELL. — La France d'Aujourd'hui.

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JULES LEMAITRE {de V Académie française).— Les Rois.

RUDYARD KIPLING (trad. A. Savine).— Simples Contes d^s Collines.

ALEXANDRE DUMAS. — Les Trois Mousquetaires. (Deux volumes.)

NORMAN ANGELL.— La Grande Illusion.

MOLIERE. — Œuvres complètes. Notices par Emile Faguet. (Six volumes.)

DUMAS fils. — La Dame aux Camélias.

CHERBULIEZ. — L'Aventure de Ladislas Bolski.

EDMOND ABOUT {de V Académie française).— Le Nez d'un Notaire.

BARONNE ORCZY. — Le Mouron Rouge.

RENE BAZIN {de V Académie française), — Le Guide de l'Empereur.

DICKENS. — Aventures de M. Pickwick.

(Trois volumes.) Tomes I, II.

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