‹ Julie (volume 2)Chapitre 120 sur 187 · PARTIE IV, LETTBE XllI. âT.'i · texte numérisé non relu

PARTIE IV, LETTBE XllI. âT.'i

mes; mais une âme franche et incapable de mauvaise foi a contre le vice bien des ressources qui manqueront toujours aux autres. Rien n'est nobéprisable de ce qui tend à garder la pureté ; et ce sont les petites précautions qui conservent les grandes vertus.

Au reste, puisque ton mari doit me mr en passant, il me dira, j'espère, les véritables raisons de son voyage; et si je ne les trouve pas solides, ou je le détournerai de l'achever, ou, quoi qu'il arrive, je ferai ce qu'il a%ura pas voulu faire ; c'est sur quoi tu peux compter. £n attendant, en voilà, je pense, plus qu'il i^'eo faut pour te rassurer contre une épreuve de huit jours. Va, ma Julie, je te connais trop bien pour ne pas répondre de toi autant et plus que de moi-même. Tu seras toujours ce que tu dois et que tu verux être. Quand tu te livrerais à la seule honnêteté de ton âme, tu ne risquerais rien encore ; car je n'ai point de foi aux défaites imprévues : on a beau couvrir du vain nom de faiblesse des fautes toi^urs velon* taires , jamais femme ne succombe qu'elle n'ait voulu succomber; et si je pensais qu'un pareil sort pût l'atteindre, crois-moi , crois-en ma tendre amitié , crois-en tous les sentiments qui peuvent naître dans le cœur de ta pauvre Claire , j'aurais un intérêt trop sensible à t'en garantir pour t'abandodner à toi seule.

Ce que M. de Wolmar t'a déclaré des connaissances qu'il avait avant ton mariage me surprend peu : tu sais que je m*en suis toujours doutée; et je te dirai de plus que mes soupçons ne se sont pas bornés aux indiscrétions de Babi. Je n'ai jamais pu croire qu'un homme droit et vrai comme ton père , et qui avait tout au moins des soupçons lui-même , pût se résoudre à tromper son gendre et son ami; que s'il t'engageait si fortement au secret, c'est que la manière de le révéler devenait fort différente de sa part ou de la tienne, et qu'il voulait sans doute y donner un tour moins propre à rebuter M. de Wolmar que celui qu'il savait bien que tu ne

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manquerais pas d*y donner toi-même. Maiâ il fout te renvoyer ton exprès ; nous causerons de tout cela plus à loisir dans un mois d'ici.

Adieu, petite cousine; c'est assez prêcher la prêcheuse : reprends ton ancien métier, et pour cause. Je me sens tout inquiète de n'être pas encore avec toi. Je brouille toutes mes affaires en me hâtant de les finir, et ne sais guère ce que je fais. Ah ! Ghaillot, Ghaillotl... si j'étais moins folle !... mais j'espère de Têtre toujours.

P. 5. A propos , l'oubliais de faire compliment a ton altesse. Dis-moi, je t'en prie, monseigneur ton mari est-il attemaû *, Itnès, ou boyard ? Pour moi , je croirais jurer s'il faut t'appeler madame la boyarde 2. o pauvre enfant! toi qui as tant gémi d'être née demoiselle, te voilà bien ehandeuse d'être la femme d'un prince ! entre nous, cependant, pour une dame de si grande qualité, je te trouve des frayeurs un peu roturières. Ne sais-tu pas que les petits scrupules ne conviennent qu'aux petites gens , et qu'on rit d'un enfant de bonne maison qui prétend être le fils de son père.

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