‹ Julie (volume 2)Chapitre 158 sur 187 · hk NOUVELLE HSJUQÏSEf · texte numérisé non relu

hk NOUVELLE HSJUQÏSEf

VOUS avoue que j'ai été longtemps, sur le sort de mon-mari d'^e inquiétude qui m'eût peut*étre altéré rbomeur à la longue. Heureusement la sage lettre de milord Edouard à laquelle vous me renvoyez avec grande raison, ses entrertiens consolants et sensés, les vôtres j ont tout à feit dis» sipé ma crainte 'Ot changé mes principes. Je vois qu'il est Hupossibleque l'intolérance n'endurcisse Fâmei CinnmeQt chérir tendrement les gens qu'on réprouve? quelle charité peut^n conserver parmi des damnés? les aimer, ce serait haïr Dieu qui lespunil. Voulons-nous donc être humains? jugeons les actions et non pas les hommes; n'empiétons point sur l'horrible fonction des démons; n'ouvrons point si légèrement l'enfer a nos frères. £hl s'il était destiné pour eeur qui se trompent, quel mortel pourrait l'éviter? - . G aies amis, de quel poids vous avez soulagé mon cœur 1 £n m'apprepant que l'erreur n'est point un crime, vous m'avez délivrée de mille inquiétants scrupules. Je laisse la subtile interprétation des dogmes que je n'étends pas ;ie m'en tiens auxvérltés lumineuses qui frappeni mes yeui 0t convainquent ma raison, aui vérités de pratique qui m'instruisent de mes devoirs^ Sur tout le reste j*ai pris pour règle votre ancienne réponse a M. de Wolmar K Eston maitrQ de croire ou de ne pas croire? est-ce un crime de a'avoir pas sv bien argumenter? Non , la conscience ne nous dit point la vérité des choses, mais la règle de nos devoirs ; elle ne nous dicte point ce qu'il faut penser, mais ceipi*il faut faira; elle ne nous apprend pointa bien raisonner, mais à bien agir. En quoi mon mari peut-il être coupable devant Dieu? Détourne^tTÎl les yeux de lui?Dieu lui^^même a .voilé sa face. Il ne fuit point ||a vérité, c'est la vérité qui le fuit. L'orgueil ne le guide point; il ne veut égarer personne, il est bien aise qu'on ne pense pas qomme lui. Il aime nos sentiments, il voudrait les avoir, il ne peut : notre espoir , nos consolations , tout lui échappe. Il

' Voyez partie v, lettre m.

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it le Lieu saus attendre de récompense , il est plus véreux, plus désintéressé que nous. Hélas ! il est à plaindre; ais de quoi sera-t-il puni? Non , non ; la bonté ^ la droire , les mœurs , l'honnêteté , la vertu , voila ce que le 3l exige et qu'il récompense ; voila le véritable culte que eu veut de nous et qu'il reçoit de lui tous les jours de sa 3. Si Dieu juge la foi par les œuvres , c'est croire en lui le d'être homme de bien. Le vrai /chrétien c'est l'homme 3te, les vrais incrédules sont les méchants. Ne soyez donc pas étonné , mon aimable ami , si je ne spute pas avec vous sur plusieurs points de votre lettre nous ne sommes pas de même avis : je sais trop bien ce e vous êtes pour être en peine de ce que vous croyez. Que importent toutes ces questions oiseuses sur la liberté? Le je sois libre de vouloir le bien par moi-même , ou que btienne en priant cette volonté , si je trouve enfin le )yen de bien faire, tout cela ne revient-il pas au même ? le je me donne ce qui me manque en le demandant , ou eDieu l'accorde a ma prière, s'il faut toujours pour voir que je le demande, ai-je besoin d'autre éclaircisse- }nt? Trop heureux de convenir sur les points principaux notre croyance , que cherchons-nous au dera?youlonsus pénétrer dans ces abîmes de métaphysique qui n'ont fond ni rive, et perdre à disputer sur Tessence divine ce nps si court qui nous est donné pour l'honorer ? Nous lorons ce qu'elle est, mais nous savons qu'elle est : que a nous suffise : elle se fait voir dans ses œuvres , elle se t sentir au dedans de nous. Nous pouvons bien disputer itre elle, niais non pas la méconnaître de bonne foi. le nous a donné ce degré de sensibilité qui l'aperçoit et touche : plaignons ceux à qui elle ne l'a pas départi , is nous flatter de les éclairer a sou défaut. Qui de nous a- ce qu'elle n'a pas voulu faire ? Respectons ses décrets silence et faisons notre devoir ; c'est le meilleur moyen ipprendre le leur aux autres.

Connaissez - vous quelqu'un plus plein de sens et de

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raison que M. de Wolmar? quelqu'un plus sincère , plus droit, plus juste , plus vrai , moins livré à ses passions, qui ait plus à gagner à la justice divine et a Timmortalité de Pâme? Connaissez-vous un honune plus fort , plus élevé , plus grand, plus foudroyant dans la dispute, que milord Edouard , plus digne par sa vertu de défendre la cause de Dieu, plus certain de son existence, plus pénétré de sa majesté suprême , plus zélé pour sa gloire et plus fait pour la soutenir? Vous avez vu ce qui s'est passé durant trois mois à Glarens ; vous avez vu deux honmies pleins d'estime et de respect l'un pour l'autre, éloignés par leur état et par leur goût des pointilleries de collège, passer un hiver entier à chercher dans des disputes sages et paisibles, mais vives et profondes, a s'éclairer mutuellement , s'attaquer, se défendre, se saisir par toutes les prises que peut avoir l'entendement humain , et sur une matière où tous deux y n'ayant que le même intérêt , ne demandaient pas mieux que d'être d'accord.

Qu'est -il arrivé? Ils ont redoublé d'estime l'un pour l'autre , mais chacun est resté dans son sentiment. Si cet exemple ne guérit pas à jamais un homme sage de la dispute , l'amour de la vérité ne le touche guère ; il cherche à briller.

Pour moi , J'abandonne k jamais cette arme inutile , et j'ai résolu de ne plus dire k mon mari un seul mot de religion que quand il s'agira de rendre raison de la mienne. Non que l'idée de la tolérance divine m'ait rendue indifférente sur le besoin qu'il en a. Je vous avoue même que, tranquillisée sur son sort k venir , je ne sens point pour cela diminuer mon zèle pour sa conversion. Je voudrais au prix de mon sang le voir une fois convaincu ; si ce n'est pas pour son bonheur dans l'autre monde , c'est pour son bonheur dans celui-ci. Car de combien de douceurs n'estil point privé I Quel sentiment peut le consoler dans ses peines? quel spectateur anime les bonnes actions qu'il fait en secret ? quelle voix peut parler au fond de sou âme?

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|uel prix peut-il attendre de sa vertu? Gomment doit-il envisager la mort? Non , je Tespère , il ne l'attendra pas lans cet état horrible. Il me reste une ressource pour Ten irer, et j'y consacre le reste de ma vie : ce n'est plus de le convaincre , mais de le toucher ; c'est de lui montrer un exemple qui l'entraîne , et de lui rendre la religion si ainable , qu'il ne puisse y résister. Ah 1 mon ami , quel argument contre l'incrédule que la vie du vrai chrétien ! ;royez-vous qu'il y ait quelque âme à l'épreuve de celui-là? i^oilà désormais la tâche que je m'impose : aidez-moi tous I la remplir. Wolmar est froid , mais il n'est pas insenlible. Quel tableau nous pouvons offrir àeon cœur, quand tes amis , ses enfants , sa femme , concourront tous à l'initruire en rédIGant! quand, sans lui prêcher Dieu dans enrs discours, ils le lui montreront dans les actions qu'il nspire, dans les vertus dont il est l'auteur, dans le charme Iu*on trouve à lui plaire ! quand il verra briller l'image du nel dans sa maison 1 quand cent fois le jour il sera forcé de >e dire : Non , l'homme n'est pas ainsi par lui-même ; ]uelque chose de plus qu'humain règne ici.

Si cette entreprise est de votre goût, si vous vous sentez ligne d'y concourir, venez; passons nos jours ensemble , ;t ne nous quittons plus qu'à le mort. Si le projet vous léplait ou vous épouvante , écoutez votre conscience, elle rous dicte votre devoir. Je n'ai rien de plus à vous dire.

Selon ce que milord Edouard nous marque , je vous attends tous deux vers la fin du mois prochain. Vous ne reconnaîtrez pas votre appartement ; mais, dans les changements qu'on y a faits, vous reconnaîtrez les soins et le cœur i'une bonne amie qui s'est fait un plaisir de l'orner. Vous ^ trouverez aussi un petit assortiment de livres qu'elle a choisis à Genève , meilleurs et de meilleur goût que 1'^done, quoiqu'il y soit aussi par plaisanterie. Au reste, soyez discret ; car, comme elle ne veut pas que vous sachiez que tout cela vient d'elle, je me dépêche de vous l'écrire avant qu'elle me défende de vous en parler.

)4 * I«i HQUVELL^ HSLQÎ^.

Adieu^ moo> imi. Cette partie du ehâteaude Ghillon ^^ ae nous défions tous faire ensemble, se lera demain sans ms^Elle n'en vaudra pas mieux, quoiqu'on la fasse avec laisir.M. le bailirnous a invités avec nos enfants, ce qui B m'a point laissé d'excuse. Mais je ne sais pourquoi je mdrais être déjà de^ retour. : .

LBTT&E lYi T-, DKvFANGHOM A9i[fiTtA.SAINT-«RBII.X.

Aiblmon&îeur, ah^ mon bienfaiteur^ que me.oliarge4' 1 de vous a^rendre!.:. Madame..*: ma pauvre maiesse... OtDieu ! je vois déjà votM fra^ur... mais vous 3 YOfe&pas notre désolattêo.ù Je n'ai pas un momentà irére; il faut vous dire<.. il faut courir... je voudrais jà vous avoir tout dit... Ah ! que deviendrez-vous quand iissansez notre mallieur? « : «m T'Ottte la familloallaliier dâner à Caillou. M. le baron^ i allait en Savoie passer quelques jours au ^^hâteui de )iiay, parUtapiès le diner; On raccompagna quelques s; puis on se promena le long de la digue. Madame )fbe et madame ia^ bailli ve marchaieni dev-aat a^ec asieuri Madame suivait, tenant d'une- main Henriette le r«iyuire-MsrceUin^ J'étais derrière avec l'ainéa Mon- ;ueur le bailli, qui s'était arrêté pour parler à quelqu'un, t rejoindre la compagnie,: et offrit le bras à madame*

je cbAtead de Chïllon » ancien s^onr des biailLis de Vevay, est situé dans

, sQip un rocber qui fqrme nqe presqn'ile., et autour .duquel i'ai vu sonder

s de ^ cent ciiiquante braneç, qii|,font près de huit cents pied^» sans

er le fond. On a creusé dans ce rocher des caves et des cuisines au-

is dii niveau de l'eau, qu'on y introduit quand on veut par des robi-

Cl'est U que ifiit détenu six ans prisonnier François Bonnivard , prieur de

\^iptor*. homme 4'uff piéi'tte rare« d'ivie droiture et d'oue fermeté à toute

§ , anji de la liberté , quoiquç Savoyard , et tolérant., quqlque prêtre. Au

l'année où ces dernières lettres paraissent avoir été écrites , il y avait

igtemps que les baillis de Vevay n'habitaient plus le château de ChiUon.

•posera , si l'on veut , que celui de oe temps-là y était allé passer

» Jours.

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