PARTIE I^ LETTRE LXV
longé le détail jusqu'à Tarrivée de M. d'Orbe , qui m'a fait signe que tout était prêt.
Ton ami a facilement compris de qiloi il s'agissait; il a instamment demandera t'écrire, mais Je me suis gardée de le permettre. Je prévoyais qu'un excès d'attendrissement lui relâcherait trop le cœur , et qu'à peine serait-il au milieu de sa lettre , qu'il n'y aurait plus moyen de le faire partir. Tous les délais sont dangereux, lui ai-je dit; hâtezvous d'arriver à la première station, d'où vous pourrez lui écrire à votre aise. En disant cela, J'ai fait signe à M. d'Orbe ; je me suis avaùcée,,et , le cœur gros dé sanglots , J'ai collé mon visage sut le sien : je n'ai plus su ce qu'il devenait; lès larttieâ m'offusquaient la vue, ma tête commençait à se perdre , et il était temps que mon rôle finît.
Un moment après Je les ai entendus descendre précipitamment. Je suis sortie dur le palier potir les suivre des ^eux. Ce dernier trait manquait à mon trouble. J'ai vu l'insensé se Jeter à genoux au milieu de l'escalier , en baiser mille fois les marches, et d'Orbe pouvoir à peine l'arracher dé cette froide pierre qu'il pressait de son corps, de la tête et deâ bras , eti poussant de longs gémissements. Tai senti les tnien^ près d'éclater malgtré moi , et je suis brusquement rentrée, de peur de donner une scène à toute la maison.
A quelques instants de là, M. d'Orbe est revenu tenant son mouchoir sur ses yeux. C'en est fait , m'a-t-il dit , ils sont en route. En arrivant chez lui , votre ami a trouvé la chaise à sa porte. Milord Edouard l'y attendait aussi ; il a couru att-devant de lui ; et le serrant contre sa poitrine : P'iéns , homme infortuné,- lui a-t-il dit d'un ton pénétré , viens verser tes douleurs dans ce cœur qui faime. Païens , tù sentiras peut-être qu*on n^a pas tout perdu sur la terre, quand on y retrouve un ami tel que moi, A l'instant il Ta porté d'un bras vigoureux dans la chaise , et ils sont partis en se tenant étroitement embrassés.
LETTBE PBEMIEBE. — A JULIE *.
J'ai pris et quitté cent fois la plume, j'hésite dès le premier mot, je ne sais quel ton je dois prendre, je ne sais par où commencer ; et c'est à Julie que je veux écrire I Ah ! malheureux! que suis-je devenu? Il n'est donc plus ce temps où mille sentiments délicieux coulaient de ma plume conmie un intarissable torrent 1 Ces doux moments de confiance et d'épanchement sont passés, nous ne sommes plus l'un à l'autre, nous ne sonmies plus les mêmes, et je ne sais plus à qui j'écris. Daignerez-vous recevoir mes lettres? vos yeux daigneront-ils les parcourir? les trouverez-vous assez réservées, assez circonspectes? Oseraisje y garder encore une ancienne familiarité? oserais-je y parler d'un amour éteint ou méprisé? et ne suis-je pas plus reculé que le premier jour où je vous écrivis? Quelle différence , ô ciel I de ces jours si charmants et si doux, à mon effroyable misère I Hélas I je conmiençais d'exister, et je suis tombé dans l'anéantissement; l'espoir de vivre animait mon cœur; je n'ai plus devant moi que l'image de la mort, et trois ans d'intervalle ont fermé le cercle fortuné de mes jours. Ah ! que ne les ai-je terminés avant de me survivre a moi-même! que n'al-je suivi mes pressentiments, après ces rapides instants de délices où je ne voyais plus rien dans la vie qui fût digne de la prolonger I Sans doute il fallait la borner a ces trois ans , ou les ôter
1 Je n'ai guère besoin. Je crois, d'avertir que, dans cette seconde partie et dans la suivante, les deux amants séparés ne font que déraisonner et battre la campagne; leurs pauvres têtes n'y sont plus.
PÂBTIE II, LETTRE I. 207
de sa durée; il valait mieux ne jamais goûter la félicité, que la goûter et la perdre. Si j'avais franchi ce fatal intervalle, si j'avais évité ce premier regard qui me fit une autre âme, je jouirais de ma raison, je remplirais les devoirs d'un homme, et sèmerais peut-être de quelques vertus mon insipide carrière. Un moment d'erreur a tout changé. Mon œil osa contempler ce qu'il ne fallait point voir; cette vue a produit enfin son effet inévitable. Après m'étre égaré par degrés , je ne suis plus qu'un furieux dont le sens est aliéné, un lâche esclave sans force et sans courage, qui va traînant dans l'ignominie sa chaîne et son désespoir.
Vains rêves d'un esprit qui s'égare ! désirs faux et trompeurs, désavoués à l'instant par le cœur qui les a formés! Que sert d'imaginer à des maux réels de chimériques remèdes qu'on rejetterait quand ils nous seraient offerts? Abl qui jamais connaîtra l'amour, t'aura vue, et pourra le croire, qu'il y ait quelque félicité possible que je voulusse acheter au prix de mes premiers feux? Non , non : que le ciel garde ses bienfaits , et me laisse avec ma misère le souvenir de mon bonheur passé. J'aime mieux les plaisirs qui sont dans ma mémoire et les regrets qui déchirent mon âme, que d'être a jamais heureux sans ma Julie. Viens, image adorée, remplir un cœur qui ne vit que par toi ; suis-moi dans mon exil , console-moi dans mes peines, ranime et soutiens mon espérance éteinte. Toujours ce cœur infortuné sera ton sanctuaire inviolable , d'où le sort ni les hommes ne pourront jamais t'arracher. Si je suis mort au bonheur, je ne le suis point à l'amour qui m'en rend digne. Cet amour est invincible comme le charme qui l'a fait naître; il est fondé sur la base inébranlable du mérite et des vertus; il ne peut périr dans une âme immortelle ; il n'a plus besoin de l'appui de l'espérance, et le passé lui donne des forces pour un avenir étemel.
Mais toi , Julie, ô toi qui sus aimer une fois , comment
208 LA naUVBLLE HÉLOiSfi.
ton tendre cœur a-Uil oublié 4e vivre? commeot ce feu sacré s'est-il éteint dans ton âme pure? eomment as^lu perdu le goût de ces plaisirs célestes que toi seule étais capable de sentir et de rendre? Tu me chasses sans pitié, tu me bannis avec opprobre, tu me livres à mon désespoir; et tu ne vois pas, dans Terreur qui t'égare, qu'en me rendant misérable tu Votes le bonheur de tes jours! Ahl Julie, crois^moi, tu chercheras vainement un autre cœur ami du tien : mille t'adoreront sans doute, le mien seul te savait aimer.
Réponds-moi maintenant, amante abusée ou trompeuse, que sont devenus ces projets formés avec tant de mystère? où sont ces vaines espérances dont tu leurras si souvent ma crédule simplicité? Oii est cette union sainte et désirée, doux objet de tant d'ardents soupirs, et dont ta plume et ta bouche flattaient mes vœux? Hélas! sur la foi de tes promesses j'osais aspirer à, ce nom sacré d^époux , et me croyais déjà le plus heureux des hommes. Dis, cruelle, ne m'abusais-tu que pour rendre enfin ma douleur plus vive et jnon humiliation plus profonde? Ai-je attiré mes malheurs par ma faute? Ai-je manqué d'obéissance , de docilité, de discrétion? M'as-tu vu désirer assez faiblement pour mériter d'être éconduit, ou préférer mes fougueux désirs à tes volontés suprêmes? J'ai tout fait pour te plaire, et tu m'abandonnes 1 tu te chargeais de mon bonheur, et tu m'as perdu I Ingrate, rends-moi compte du dépôt que je t'ai confié ; rends-moi compte de moi-môme , après avoir égaré mon cœur dans cette suprême félicité que lu m'as montrée et que tu m'enlèves. Anges du ciel, j'eusse méprisé votre sort, j'eusse été le plus heureux des êtres... Hélas l je no suis plus rien, un instant m'a tout ôté. J'ai passé sans intervalle du comble des plaisirs aux regrets éternels: je touche encore au bonheur qui m'échappe... j'y touche encore, et le perds pour jamais!... Ah ! si je le pouvais croire, si les restes d'une espérance vaine ne soutenaient... O rochers deMeillerie, que mon œil égaré me-
sura laot de fois , qiie w servîtes -vous moQ désespoir ? J'aurais moins regretté la vie quand je a*en avais pas senti le prix.
LSTIBB U.--DB MILOAD ÉIMWABD A GLAIBB.
Nous arrivons a Besançon , et mon premier soin est de vous donner des nouvelles de notre voyage. Il s'est fait , sinoA paisiblement , du moins sans accident, et votre ami est aussi sain de corps qu'on peut l'être avec un cœur aussi malade; il voudrait même affecter à Textérieur une sorte de tranquillité. Il a honte de son état, et se contraint beaucoup devant moi ; mais tout décèle ses secrètes agitations ; et si je feins de m'y tromper, c'est pour le laisser aux prises avec lu^même, et occuper ainsi une partie des farces de son âme à réprimer l'effet de l'autre*
U fut fort abattu la première journée : je la fi» cotitte, voyant que la vitesse de notre marche irritait sa douleur. Il ne me parla point , ni moi à lui : les consolations indiscrètes ne font qu'aigrir les violentes afflictions. L'indiffé* rence et la froideur trouvent aisénient des paroles; mais la tristesse et le silence sont alors le vrai langage de l'amitié. Je commençai d'apercevoir hier les premières étincelles de la fureur qui va succéder infailliblement à cette léthargie. A la dînée,, a peine y avait-il un quart d'heure que nous étions arrivés, qu'il m'aborda d'un air d'impatience. Que tardons-nous a partir? me dit-il avec un souris amer; pourquoi restons-nou^ un moment si près d'elle? Le soir il affecta de parler beaucoup , sans dire un mot de Julie : il recommençait des questions auxquelles i'avais répondu dix fois. Il voulut savoir si nous étions déjà sur les terres de France, et puis il demanda si nous arriverions bientôt à Vevay . La première chose qu'il fait a chaque station , c'est de commencer quelque lettre qu'il déchire ou chiffonne un moment après. J'ai sauvé du feu deux ou trois de ces brouillons , sur lesquels vous pourrez eaixf
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voir l'état de son âme. Je crois pourtant qu'il est parvenu à écrire une lettre entière.
L'emportement qu'annoncent ces premiers symptômes est facile à prévoir ; mais je ne saurais dire quel en sera l'effet et le terme ; car cela dépend d'une combinaison du caractère de l'honmie, du genre de sa passion , des circonstances qui peuvent naître, de mille choses que nulle prudence humaine ne peut déterminer. Pour moi , je puis répondre de ses fureurs, mais non pas de son désespoir; et, quoi qu'on fasse, tout homme est toujours maître de sa vie.
Je me flatte cependant qu'il respectera sa personne et mes soins , et je compte moins pour cela sur le zèle de l'amitié, qui n'y sera pas épargné, que sur le caractère de sa passion et sur celui de sa maîtresse. L*âme ne peut guère s'occuper fortement et longtemps d'un objet, sans contracter des dispositions qui s'y rapportent. L'extrême douceur de Julie doit tempérer Tàcreté du feu qu'elle inspire, et je ne doute pas non plus que l'amour d'un honune aussi vif ne lui donne à elle-même un peu plus d'activité qu'elle n'en aurait naturellement sans lui.
J'ose compter aussi sur son cœur : il est fait pour combattre et vaincre. Un amour pareil au sien n'est pas tant une faiblesse qu'une force mal employée. Une flamme ardente et malheureuse est capable d'absorber pour un temps, pour toujours peut-être^ une partie de ses facultés 4 mais elle est elle-même une preuve de leur excellence, et du parti qu'il en pourrait tirer pour cultiver la sagesse; car la sublime raison ne se soutient que par la même vigueur de rame qui fait les grandes passions , et Fon ne sert dignement la philosophie qu'avec le même feu qu'on sent pour une maîtresse.
Soyez-en sûre, aimable Claire, je ne m'intéresse pas moins que vous au sort de ce couple infortuné; non par un sentiment de commisération qui peut n'être qu'une faiblesse, mais par la considération de la justice et de
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Tordre, qui yeulent qne chacan soit placé de la manière la plus avantageuse a lui-même et a la société. Ces deux belles âmes sortirent Tune pour l'autre des mains de la nature ; c'est dans une douce union , c^est dans le sein du bonheur que, libres de déployer leurs forces et d'exercer leurs vertus , elles eussent éclairé la terre de leurs exemples. Pourquoi faut-il qu'un insensé préjugé vienne changer les directions étemelles , et bouleverser l'harmonie des êtres pensants? Pourquoi la vanité d'un père barbare cache-t-elle ainsi la lumière sous le boisseau , et fait-«lle gémir dans les larmes des cœurs tendres et bienfaisants , nés pour essuyer celles d'autrui? Le lien conjugal n'est-il pas le plus libre ainsi que le plus sacré des engagements? Oui, toutes les lois qui le gênent sont injustes, tous les pères qui Posent former ou rompre sont des tyrans. Ce chaste nœud de la nature n^est soumis ni au pouvoir souverain ni à l'autorité paternelle, mais à la seule autorité du Père commun qui sait commander aux cœurs, et qui, leur ordonnant de s'unir, les peut contraindre à s'aimer *.
1 U y a des pays où cette conyenance des conditioiis et de la fortune est teUement préférée à celle de la nature et des cœurs, qu'il suffit qne la première ne s'y trouve pas pour empêcher on rompre les plus heureux mariages , sans égard pour Fhonneur perdu des Infortunées qui sont tous les Jours victimes de ces odieux préjugés. J'ai vn plaider au parlement de Paris une cause célèbre, où l'honneur du rang attaquait insolemment et publiquement l'honnêteté, le devoir, la fol conjugale, et où l'indigne père qui gagna son procès osa déshériter son fiU pour n'avoir pas voulu être un malhonnête homme. On ne saurait dire à quel point, dans ce pays si galant, les femmes sont tyrannisées par les lois. Fant41 s'étonner qu'elles s'en vengent si cruellement par leurs moeurs * ?
* La cause célèbre dont il est question dans cette note est celle des père et mère du sieur de LaBédoyère, avocat général, plaidant contre leur flls en nuUlté de son mariage avec Agathe Sticotti, fille d'qn acteur de la Comédie- Italienne, et actrice elle-même. — La nullité fut prononcée par arrêt du is Juillet 174». Mais il importe ici de ne pas confondre les idées, et Rousseau luimême parait s'y être trompé. Co ne fut pas la m^alliance qui fit prononcer la nullité de ce mariage, car aucune loi n'interdisait aux nobles de l'un ou de l'autre «exe cet oubli de leur rang, à quelque point qii'il fût porté, mai» uniquement l'inobservation des formalités ccdéslastlques. C'était sous ce rapport seul qu'en effet le mariage était attaqué ; il y avait appel comme d'abns , et les moyens d'appel furent Jugés valables. Si donc il était vrai de dire qne
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Que $igaiâc ce ^orifice des conveaaiices de la nature aux cûovefl^aoces» de ropiaion? La diversité de fortune et d'état s'éclipse et se confond dans le mariage , elle ne fait rien au bonheur; mais celle d'humeur et de caractère demeure, ete'est par elle qu'on est heureux ou malheureut. L'enfant qui n'a de règle que l'amour choisit mal, le père qui n'a de règle que l'opinion choisit plus mal encore. Qu'une fille manque de raison, d^expérience pour juger de la sagesse et des mœurs , un bon père y doit suppléer sans doute ; son droit , son devoir même est de dire : Ma fille > c'est un honnête homme , ou c'est un fripon; c'est un homme de sens, ou c'est un fou. Voilà les convenances dont il doit connaître ; le jugement de toutes les autres appartient a la fille. En criant qu'on troublerait ainsi l'ordre de la société, ces tyrans le troublent euxmêmes. Que le rang se règle par le mérite , et l'union des cœurs par leur choix, voilà le véritable ordre social; ceux qui le règlent par la naissance ou par les richesses sont les Vrais perturbateurs de cet ordre , ce sont ceux-là qu'il faut décrier ou punir.
Il est donc de la justice universelle que ces abus soient redressés; il est du devoir de l'homme de s'opposer à la violence, de concourir à l'ordre; et s'il m'était possible d'unir ces deux amants en dépit d'un vieillard sans raison, ne doutez pas que je n'achevasse en cela l'ouvrage du ciel , sans m'embarrasser de l' approbation des hommes.
Vous êtes plus heureuse, aimable Claire, vous avez un père qui ne prétend point savoir mieux que vous en quoi consiste votre bonheur. Ce n'est peut-être ni par de grandes vues de sagesse ni par une tendresse excessive
dans le fait. V honneur du rang attaquait Vhfmnèteté, le devoir, la foi conjugale, l'iwne du procès ne prouverait pas que ce devoir et cette foi dirent réellement sacrifiés par les jnges à cet honnenr imaifinaire. Le fond 4e la cause se réduisait à des questions de forme ; et cela eçt si vrai , que le père et la mère avaient demandé en outre qu'il fût fait défenses 4 leur fils de réha. biliter son mariage , et qu'en ce point l'arrêt mit les parties hors de cour. — Tontes les pièces de ce procès remarquable ont été réunies en iw vol. in-is {la Ha%e, ir49).
qu'il VOUS rend ainsi maîtresse d« votre sort; mois^ qu'importe la cause si l'effet est le même % et si , dans la li* berlé qu'il yous laisse, l'indoleoçe lui tient lieu de raisoB? liOin d'abuser de cette liberté, le choix que vous avez fait a vingt ans aurait l'approbation du plus sage père. Votr^ cœur , absorbé par une amitié qui n'eut jamais d'égale > a gardé peu de place aux feux de l'amour ; vous leur sub^ stituez tout ce qui peut y suppléer dans le mariage : moins amante qu'amie, si vous n'êtes la plus tendre épouse vous serez la plus vertueuse , et cette union qu'a formée la sagesse doit croître avec l'âge et durer autant qu'elle. L'impulsion du cœur est plus aveugle , mais elle est plus invincible : c'est le moyen de se perdre que de se mettre dans la nécessité de lui résister. Heureux ceux que l'amour assortit comme aurait fait la raison, et qui n'ont point d'obstacle à vaincre et de préjugés à combattre ! T^is seraient nos deux amants sans l'injuste résistance d'un* père entêté ; tels malgré lui pourraient-ils être encore , sL ^ Tua des deux était bien conseillé.
L'exemple de Julie et le vôtre montrent également que c*est aux époux seuls a juger s'ils se conviennent. Si l'amour ne règne pas, la raison choisira seule; c'est le cas où vous êtes : si l'amour règne , la nature a déjà choisi ; c*est celui de Julie. Telle est la loi sacrée de la nature , qu'il n'est pas permis à Thomme d'enfreindre , qu'il n^eqfreint jamais impunément, et que la considération der étals et des rangs ne peut abroger qu'il n'en coûte des malheurs et des crimes.
Quoique l'hiver s'avance et que j^aie à me rendre à Rome,, je ne quitterai point l'ami que j'ai sous ma garde , que }& ne voie son âme dans un état de consistance sur lequel je puisse compter. C'est un dépôt qui m'est cher par son prix et parce que vous me l'avez con0é. Si je ne puis faire qu'il soit heureux , je tâcherai de faire au moins qu'il soit sage et qu'il porte en h(Hnme les maux de rhumanité. J'ai résolu de passer ici une quinzaine de jours avec
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lui , durant lesquels j'espère que doùs recevrons des nouvelles de Julie et des vôtres , et que vous m'aiderez toutes deux à mettre quelque appareil sur les blessures de ce cœur malade, qui ne peut encore écouter la raison que par Forgane du sentiment.
Je joins ici une lettre pour votre amie : ne la confiez, je vous prie , à aucun commissionnaire , mais remettez-la vous-môme.