‹ Julie (volume 2)Chapitre 45 sur 187 · PARTIE 11^ LËTTBE XI · texte numérisé non relu

PARTIE 11^ LËTTBE XI

a répandu la fraichcur d'une douce rosée sur moooœiir séché d'ennuis et flétri de tristesse; et j'ai senti , par la sérénité qui m'en est restée, que tu n'as pas moins d'ascendant de loin que de près sur les affections de ta Julie. Mon ami, quel charme pour moi de te voir reprendre cette vigueur de sentiments qui convient au courage d'un homme ! Je t'en estimerai davantage, et m'en mépriserai moins de n'avoir pas en tout avili la dignité d'un amour honnête, ni corrompu deux cœurs à la fois. Je te dirai plus, a présent que nous pouvons parler librement de nos affaires : ce qui aggravait mon désespoir était de voir que le tien nous ôlait la seule ressource qui pouvait nous rester dans l'usage de tes talents. Tu connais maintenant le digne ami que le ciel t'a donné : ce ne serait pas trop de ta vie entière pour mériter ses bienfaits , ce ne sera jamais assez pour réparer l'offense que tu viens de lui faire, et j'espère que tu n'auras plus besoin d'autre leçon pour contenir ton imagination fougueuse. C'est sous les auspices de cet homme respectable que tu vas entrer dans le monde; c'est à l'appui de son crédit, c'est guidé par son expérience que lu vas tenter de venger le mérite oublié des rigueurs de la fortune. Fais pour lui ce que tu ne ferais pas pour toi ; tâche au moins d'honorer ses bontés en ne les rendant pas inutiles. Vois quelle riante perspective s'offre encore a toi ; vois quel Succès tu dois espérer dans une carrière x)ù tout concourt à favoriser ton zèle. Le ciel t'a prodigué ses dons; ton heureux naturel, cultivé par ton goût , t'a doué de tous les talents; à moins de vingtquatre ans tu joins les grâces de ton âge à la maturité qui dédommage plus tard du progrès des ans ;

Frutto senile in su 'I glovenll flore '.

L'étude n'a point cmoussé ta vivacité ni appesanti ta personne : la fade galanterie n'a point rétréci ton esprit ni

' Les fruits de l'automne sur la fleur du printemps.

hébété la raison. L'ardent amour, en t'inspirant tous les sentiments sublimes dont il est le père, t'a donné cette élévation d'idées et cette justesse de sens * qui en sont inséparables. A sa douce chaleur j'ai vu ton âme déployer ses brillantes facultés , comme une fleur s'ouvre aux rayons du soleil : tu as à la fois tout ce qui mène à la fortune et tout ce qui la fait mépriser. Il ne te manquait pour obtenir les honneurs du monde que d'y daigner prétendre, et j'espère qu'un objet plus cher à ton cœur te donnera pour eux le zèle dont ils ne sont pas dignes.

O mon doux ami, tu vas l'éloigner de moi!... ô mon foien-aimé, tu vas fuir ta Julie 1... Il le faut; il faut nous séparer si nous voulons nous revoir heureux un jour ; et t^effet des soins que tu vas prendre est notre dernier espoir. Puisse une si chère idée t'animer, te consoler durant cette amère et longue séparation! puisse-t-elle te donner cette ardeur qui surmonte les obstacles et dompte la fortune ! Hélas ! le monde et les affaires seront pour toi des distractions continuelles , et feront une utile diversion aux peines de l'absence. Mais je vais rester abandonnée à moi seule, ou livrée aux persécutions ; et tout me forcera de te regretter sans cesse. Heureuse au moins si de vaincs alarmes n'aggravaient mes tourments réels , et si , avec mes propres maux, je ne sentais encore en moi tous ceux auxquels tu vas t'exposer !

Je frémis en songeant aux dangers de mille espèces que vont courir ta vie et tes mœurs. Je prends en toi toute la confiance qu'un honmie peut inspirer ; mais , puisque le sort nous sépare, ah ! mon ami , pourquoi n'es-tu qu'un homme? Que de conseils te seraient nécessaires dans ce monde inconnu où tu vas l'engager! Ce n'est pas k moi, jeune, sans expérience, et qui ai moins d'étude et de réflexion que toi , qu'il appartient de te donner la-dessus des avis ; c'est un soin que Je laisse à milord Edouard. Je

> Justesse de sens Inséparable de Tamour ! Bonne Julie , elle ne briUe pas iei dans le vôtre.

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