PARTIE III, LETTRE XVIIT
pour éluder ma promesse; il fallut raocomplir. Ix^ jour qui devait m'ôter pour jamais a vous et à moi me parut le dernier de ma vie. J'aurais vu les apprêts de ma sépulture avec moins d*effroi que ceux de mon mariage. Plus )'tpprochais du moment fatal, moias je pouvais déraciner de mon cœur mes premières affections; elles s'irrîiaient par mes efforts pour les éteindre. Enfin je me lassai de combattre inutilement. Dans Tinstant même où j*étais prête h jurer k un autre une éternelle fidélité, mon cœur vous jurait encore un amour éternel., et je fus menée au temple comme /une victime impure qui souille le sacrifice où Ton va l'immoler.
Arrivée à l'église, je sentis en entrant une sorte d'émotion que je n'avais jamais éprouvée. Je ne sais quelle (erreur vint saisir mon âme dans ce lieu simple et auguste , tout rempli de la majesté de celui qu'oi>y sert. Une frayeur soudaine me fit frissonner ; tremblante et prête à tomber en défaillance , j'eus peine k me traîner jusqu'au pied de la chaire. Loin de me remettre, je sentis mon trouble augmenter durant la cérémonie; et s'il me laissait apercevoir les objets, c'était pour en être épouvantée. Le jour sombre de l'édifice, le profond silence des spectateurs , leur maintien modeste et recueilli, le cortège de tous mes parents , l'imposant aspect de mon vénéré père, tout donnait à ce qui s'allait passer un air de solennité qui m'eicitait à l'attention et au respect, et qui m'eût fait frémir h la seule idée d'un parjure. Je crus voir l'organe de la Providence et entendre la voix de Dieu dans le ministre prononçant gravement la sainte liturgie. La pureté, la dignité, la sainteté du mariage si vivement exposées dans les paroles de l'Ecriture , ses chastes et sublimes devoirs si importants au bonheur, à l'ordre, à la paix , à la durée du genre humain , si doux a remplir pour eux-mêmes ; tout cela me fit une telle impression , que je crus sentir intérieurement une révolution subite. Une puissance inconnue sembla corriger tout à coup le dés-*
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ordre de mes affeclions , et les rétablir selon la loi du devoir et de la nalure. L'oeil étemel qui voit tout , disais-je en moi-môme , lit maintenant au fond de mon cœur; il eonipare ma volonté cachée à la réponse de ma bouche : le ciel et la terre sont témoins de l'engagement sacré que je prends; ils le seront encore de ma fidélité à Tobserver. Quel droit peut respecter parmi les hommes quiconque ose violer le premier de tous?
Un coup d'oeil jeté par hasard sur monsieur et madame d'Orbe, que je vis à côté Tun de l'autre et fixant sur moi des yeux attendris , m'émut plus puissamment encore que n'avaient fait tous les autres objels. Aimable et vertueux <X)uple, pour moins connaître l'amour, en êtes-vous moins unis? Le devoir et l'honnêteté vous lient : tendres amis, époux fidèles , sans brûler de ce feu dévorant qui consume l'âme , vous vous aimez d'un sentiment pur et doux qui la nourrit, que la sagesse autorise et que la raison dirige; vous n'en êtes que plus solidement heureux. Ah I puissé-je dans un lien pareil recouvrer la même innocence et jouir du même bonheur 1 Si je ne l'ai pas mérité conmie vous, je m'en rendrai digne a votre exemple. Ces sentiments réveillèrent mon espérance et mon courage. J'envisageai le saint noeud que j'allais former comme un nouvel état qui devait purifier mon âme et la rendre à tous ses devoirs. Quand le pasteur me demanda si je promettais obéissance et fidélité parfaite à celui que j'acceptais pour époux, ma bouche et mon coeur le promirent. Je le tiendrai jusqu'à la mort.
De retour au logis, je soupirais après une heure de solitude et de recueillement. Je l'obtins , non sans peine; et, quelque empressement que j'eusse d'en profiter, je ne m'examinai d'abord qu'avec répugnance, craignant de n'avoir éprouvé qu'une fermentation passagère en changeant de condition , et de me retrouver aussi peu digne épouse que j'avais été fille peu sage. L'épreuve était sûre, mats dangereuse : je commençai par songer à vous. Je me
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rendais le témoignage que âal tendre souvenir n'avait pro^ fané l'engagement solennel que je venais de prendre. Je ne pouvais concevoir par quel prodige votre opiniâtre image m'avait pu laisser si longtemps en paix avec tant de sujets de me la rappeler : je me serais défiée de Tindifférence et de l'oubli comme d'un état trompeur qui m'était trop peu naturel pour être durable. Cette illusion n'était guère à craindre : je sentis que je vous aimais autant et plus peutrêtre que je n'avais jamais fait ; mais je le sentis sans rougir. Je vis que je n*avais pas besoin , pour penser a vous, d'oublier que j'étais la- femme d'un autre. En me disant combien vous m'étiez cher, mon cœur était ému, mais ma conscience et mes sens étaient tranquilles, et je connus dès ce moment que j'étais réellement changée. Quel torrent de pure joie vint alors inonder mon âme I quel sentiment de paix, effacé depuis si longtemps , vint ranimer ce cœur flétri par l'ignominie, et répandre dans tout mon être une sérénité nouvelle 1 Je crus me sentir renaître; je crus reconunencer une autre vie. Douce et consolante vertu, je la ï-ecommence pour toi ; c'est toi qui me la rendras chère; c'est à toi que je la veux consacrer. Ah ! j'ai trop appris ce qu'il en coûte à te perdre-, pour l'abandonner une seconde fois!
Dans le ravissement d'un changement si grand , si prompt, si inespéré, j'osai considérer l'état où j'étais la veille; je frémis de l'indigne abaissement où m'avait réduite l'oubli de moi-même , et de tous les dangers que j'avais courus depuis mon premier égarement. Quelle heureuse révolution me venait de montrer l'horreur du crime qui m'avait tentée, et réveillait en moi le goût de la sagesse! Par quel rare bonheur avais-je été plus fidèle à l'amour qu'a l'honneur qui me fut si cher? Par quelle faveur du sort votre inconstance ou la mienne ne m'avait-elle point livrée à de nouvelles inclinations? Comment eusséje opposé a un autre amant une résistance que le premier avait déjà vaincue, et une honte accoutumée a c^er aux
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désirs? Anrais-je plus respecté les droits d'un amour éteint que je n'avais respecté ceux de la vertu , jouissant encore de tout leur empire? Quelle sûreté avais-je eue de n'aimer que vous seul au monde , si ce n'est un sentiment intérieur que croient avoir tous les amants, qui se jurent une constance éternelle, et se parjurent innocemment toutes les fois qu'il plaît au ciel de changer leur cœur? Chaque défaite eût ainsi préparé la suivante; l'habitude du vice en eût effacé l'horreur à mes yeux. Entraînée du déshonneur a l'infamie sans trouver de prise pour m'arrôter, d'une amante abusée je devenais une fille perdue, l'opprobre de mon sexe et le désespoir de ma famille. Qui m*a garantie d'un effet si naturel de ma première faute? qui m'a retenue après le premier pas? qui m'a conservé ma réputation et l'estime de ceux qui me sont chers ? qui m'a mis sous la sauvegarde d'un époux vertueux , sage , aimable par son caractère et même par sa personne, el rempli pour moi d'un respect et d'un attachement si peu mérité? qui me permet enfin d'aspirer encore au titre d'honnête femme, et me rend le courage d'ed être digne? Je le vois , je le sens ; la main secourable qui m'a conduite à travers les ténèbres est celle qui lève à mes yeux le voile de Terreur, et me rend à moi malgré moi-même. La voix secrète qui ne cessait de murmurer au fond de mon cœur s'élève et tonne avec plus de force au moment où j'étais prête à périr. L'auteur de toute vérité n'a point souffert que je sortisse de sa présence, coupable d'un vil parjure ; et, prévenant mon crime par mes remords, il m'a montré l'abîme où j'allais me précipiter. Providence éternelle, qui fais ramper l'insecte et rouler les cieux, tu veilles sur la moindre de tes œuvres I tu me rappelles au bien que tu m'as fait aimer I Daigne accepter d'un cœur épuré par tes soins l'hommage que toi seule rends digne de t'être offert.
A l'instant, pénétrée d'un vif sentiment du danger dont j'élais délivrée , et de l'état d'honneur et de sûreté où je
mé%enlais rétablie, Je me proslernai contre terre, j'élevai vers le ciel mes n^ains suppliaates , j'invoquai TÊtre dont il est le trône, et qui soutient ou détruit quand il lui plait par nos propres forces la liberté qu'il nous donne. Je veux , lui dis-je, le bien que tu veux , et dont toi seul es la source. Je veux aimer l'époux que tu m'as donné. Je veux être fidèle, parce que c'est le premier devoir qui lie la famille et toute la société. Je veux être chaste, parce que c'est la première vertu qui nourrit toutes les autres. Je veux tout ce qui se rapporte à l'ordre de la nature que tu as établi, et aux règles de la raison que je tiens de toi. Je remets mon cœur sous ta garde et mes désirs en ta main. Rends toutes mes actions conformes à ma volonté constante , qui est la tienne, et ne permets plus que l'erreur d'un moment l'emporte sur le choix de toute ma vie.
Après cette courte prière, la première que j'eusse faite avec un vrai zèle, je me sentis tellement affermie dans mes résolutions , il me parut si facile et si doux de les suivre, que je vis clairement où je devais chercher désormais la force dont j'avais besoin pour résister à mon propre cœur, et que je ne pouvais trouver en moi-môme. Je tirai de cette seule découverte une confiance nouvelle, et je déplorai le triste aveuglement qui me l'avait fait manquer si longtemps. Je n'avais jamais été tout à fait sans religion : mais peut-être vaudrait-il mieux n'en point avoir du tout, que d'en avoir une extérieure et maniérée, qui sans toucher le cœur rassure la conscience; de se borner à des formules, et de croire exactement en Dieu à certaines heures , pour n'y plus penser le reste du temps. Scrupuleusement attachée au culte public, je n'en savais rien tirer pour la pratique de ma vie. Je me sentais bien née , et me livrais à mes penchants ; j'aimais à réfléchir, et me fiais à ma raison : ne pouvant accorder Tesprit de l'Évangile avec celui du monde , ni la foi avec les œuvres, j'avais pris un milieu qui contentait ma vaine sagesse:
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j'avais des maximes pour croire et d'autres pour agir; j'oubliais dans un lieu ce que j'avais pensé dans l'autre; j'étais dévote a l'église et philosophe au logis. Hélas I je n'étais rien nulle part ; mes prières n'étaient que des mots, mes raisonnements des sophismes, et je suivais pour toute lumière la fausse lueur des feux errants qui me guidaient pour me perdre.
Je ne puis vous dire combien ce principe intérieur qui m'avait manqué jusqu'ici m'a donné de mépris pour ceux qui m'ont si mal conduite. Quelle était, je vous prie , leur raison première? et sur quelle base étaient-ils fondés? Un heureux instinct me porte au bien : une violente passion s'élève; elle a sa racine dans le même instinct : que feraije pour la détruire? De la considération de l'ordre je tire la beauté de la vertu, et sa bonté de l'utilité commune. Mais que fait tout cela contre mon intérêt particulier? et lequel au fond m'importe le plus , de mon bonheur aux dépens du reste des hommes, ou du bonheur des autres aux dépens du mien? Si la crainte de la honte ou du châtiment m'empêche de mal faire pour mon profit, je n'ai qu'a mal faire en secret, la vertu n'a plus rien a me dire; et si je suis surprise en faute , on punira , comme à Sparte , non le délit, mais la maladresse. Enfin, que le caractère et l'amour du beau soient empreints par la nature au fond de mon âme, j'aurai ma règle aussi longtemps qu'ils ne seront point défigurés. Mais comment m'assurer de conserver toujours dans sa pureté cette effigie intérieure qui n'a point, parmi les êtres sensibles, de modèle auquel on puisse la comparer? Ne sait-on pas que les affections désordonnées corrompent le jugement ainsi que la volonté, et que la conscience s'altère et se modifie insensiblement dans chaque siècle , dans chaque peuple, dans chaque individu, selon l'inconstance et la variété des préjugés?
Adorez l'Être éternel , mon digne et sage ami ; d'un souffle vous détruirez ces fantômes de raison qui n'ont qu'une vaine apparence, et fuient comme une ombre de-
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vatit rimmuable vérité. Rien n'existe que par celui qui est; c'est lui qui donne un but à la justice /une base à la vertu , un prix à cette courte vie employée à lui plaire; c'est lui qui ne cesse de crier aux coupables que leurs crimes secrets ont été vus, et qui sait dire au juste oublié : tes vertus ont un témoin; c*est lui , c'est sa substance inaltérable qui est le vrai modèle des perfections d^t nous portons tous une image en nous-mêmes. Nos pasitoisout beau la défigurer, tous ses traits liés a Tessence infinie se représentent toujours à la raison , et lui servent a rétablir . ce que l'imposture et Terreur en ont altéré. Ces distinctions me semblent faciles, le sens commun suffit pour les faire. Tout ce qu'on ne peut séparer de l'idée de cette essence est Dieu ; tout le reste est l'ouvrage des hommes. C'est à la contemplation de ce divin modèle que l'âme s'épure et s'élève, qu^elle apprend à mépriser ses inclinations basses et à surmonter ses vils penchants. Un cœur pénétré de ces sublimes vérités se refuse aux petites pas^ sions des hommes; cette grandeur infinie le dégoûte de leur orgueil ; le charme de la méditation Tarrache aux désirs terrestres; et quand l'être immense dont il s'occupe n'existerait pas, il serait encore bon qu'il s'en occupât sans cesse pour être plus maître de lui-même, plus fort, plus heureux et plus sage.
Cherchez-vous un exemple sensible des vains sophismes d'une raison qui ne s'appuie que sur elle-même? Considérons de sang-froid les discours de vos philosophes, dignes apologistes du crime, qui ne séduisirent jamais que des cœurs déjà corrompus. Ne dirait-on pas qu'en s'attaquant directement au plus saint et au plus solennel des engagements, ces dangereux raisonneurs ont résolu d'anéantir d'un seul coup toute la société humaine, qui n'est fondée que sur la foi des conventions? Mais voyez, je vous prie, comment ils disculpent un adultère secret. C'est, disent^ ils, qu'il n'en résulte aucun mal, pas même pour l'époux qui l'ignore : comme s'ils pouvaient être sûrs qu'il l'igno-
rtiia toujours ! comme s'il suffisait, pour autoriser le parjure et rinfidélilé, qu'ils ne nuisissent pasÀ autrui! comme si ce n'était assez , pour abhorrer le crime, du mal qu'il fait k ceux qui le commettent! Quoi donc! ce n'est pas un mal de manquer de foi, d'anéantir autant qu'il est en soi ta force du serment et des contrats les plus inviolables? Ce n'est pas un mal de se forcer soi-même à devenir fourbe et menteur? Ce n'est pas un mal de former des liens qui vous font désirer le mal et la mort d'autrui , la mort de celui même qu'on doit le plus aimer, et avec qui l'on a juré de vivre? Ce n'est pas un mal qu'un état dont mille autres crimes sont toujours le fruit? Un bien qui produirait tant de maux serait par cela seul un mal lui-même.
L'un des deux penserait-il être innocent parce qu'il est libre peut-être de son côté , et ne manque de foi à personne? Il se trompe grossièrement. Ce n'est pas seulement l'intérêt des époux, mais la cause commune de tous les bonunes, que la pureté du mariage ne soit point altérée. Chaque fois que deux époux s'unissent par un nœud solennel , il intervient un engagement tacite de tout le genre humain de respecter ce lien sacré, d'honorer en eux l'union conjugale; et c'est, ce me semble, une raison très-forte contre les mariages clandestins, qui, n'offrant nul signe de cette union , exposent des cœurs innocents à brûler d'une flamme adultère. Le public est en quelque sorte garant d'une convention passée en sa présence; et l'on peut dire que l'honneur d'une femme pudique est sous la protection spéciale de tous les gens de bien. Ainsi quiconque ose la corrompre pèche, premièrement parce qu'il la fait pécher, et qu'on partage toujours les crimes qu'on fait commettre; il pèche encore directement luimême, parce qu'il viole la foi publique et sacrée du mariage , sans lequel rien ne peut subsister dans l'ordre légitime des choses humaines.
Le crime est secret, disent-ils, et il n'en résulte aucun mal pour personne. Si ces philosophes ciDient l'existence
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de Dieu et rimmorlalilé de Tâme*, peuvent-ils appeler un crime secret celui qui a pour témoin le premier offensé et le seul vrai juge? étrange secret que celui qu'on dérobe à tous les yeux, hors ceux à qui l'on a le plus d'intérêt a le cacher! Quand môme ils ne reconnaîtraient pas la présence de la Divinité, comment osent-ils soutenir qu'ils ne font de mal à personne? comment prouvent-ils qu'il est indifférent à un père d'avoir des héritiers qui ne soient pas de son sang, d'être chargé peut-être de plus d'enfants qu'il n'en aurait eu, et forcé de partager ses biens aux gages de son déshonneur sans sentir pour eux des entrailles de père? Supposons ces raisonneurs matérialistes ; on n'en est que mieux fondé à leur opposer la douce voix de la sature, qui réclame au fond de tous les cceurs contre une orgueilleuse philosophie, et qu'on n'attaqua jamais par de bonnes raisons. En effet, si le corps seul produit la pensée, et que le sentiment dépende uniquement des organes, deux êtres formés d'un même sang ne doivent-ils pas avoir entre eux une plus étroite analogie, un attachement plus fort l'un pour l'autre, et se ressembler d'âme comme de visage, ce qui est une grande raison de s'aimer?
N'est-ce donc faire aucun mal, a votre avis, que d'anéantir ou troubler par un sang étranger cette union naturelle, et d'altérer dans son principe l'affection mutuelle qui doit lier entre eux tous les membres d'une famille? Y a-t-il au monde un honnête homme qui n'eût horreur de changer l'enfant d'un autre en nourrice? et le crime est-il moindre de le changer dans le sein de la mère?
Si je considère mon sexe en particulier, que de maux j'aperçois dans ce désordre qu'ils prétendent ne faire aucun mal , ne fût-ce que l'avilissement d'une femme coupable à qui la perte de Thonneur ôte bientôt toutes les autres vertus I Que d'indices trop sûrs pour un tendre époux d'une intelligence qu'ils pensent justifier par le secret, ne fût-ce que de n'être plus aimé de sa femme! Que fera-l-elle avec ses soins artificieux? que mieux prou-
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ver son indifféreace. Est-ce FœH de i'amour qu'on abuse par de feintes caresses! et quel supplice, auprès d'un objet chéri , de sentir que la main nous embrasse et que le cœur nous repousse ! Je veux que la fortune seconde une prudence qu'elle a si souvent trompée ; je compte un moment pour rien la témérité de confier sa prétendue innocence et le repos d'autrui a des précautions que le ciel se plait à confondre : que de faussetés , que de mensonges, que de fourberies pour couvrir un mauvais commerce, pour tromper un mari, pour corrompre des domestiques, pour en imposer au public! Quel scandale pour des complices! quel exemple pour des enfants! Que devient leur éducation parmi tant de soins pour satisfaire impunément de coupables feux? Que devient la paix de la maison et l'union des chefs? Quoi! dans tout cela l'époux n'est point lésé? Mais qui le dédommagera donc d'un cœur qui lui était dû? qui lui pourra rendre une femme estimable? qui lui donnera le repos et la sûreté? qui le guérira de ses justes soupçons? qui fera confier un père au sentiment de la nature en embrassant son propre enfant?
A l'égard des liaisons prétendues que l'adultère et l'infidélité peuvent former entre les familles, c'est moins une raison sérieuse qu'une plaisanterie absurde et brutale , qui ne mérite pour toute réponse que le mépris et Tindignation. Les trahisons , les querelles, les combats, les meurtres, les empoisonnements dont ce désordre a couvert la terre dans tous les temps, montrent assez ce qu'on doit attendre pour le repos et l'union des hommes d'un attachement formé par le crime. S'il résulte quelque sorte de société de ce vil et méprisable commerce, elle est semblable a celle des brigands, qu'il faut détruire et anéantir pour assurer les sociétés légitimes.
J'ai tâché de suspendre Tindignation que m'inspirent ces maximes, pour les discuter paisiblement avec vous. Plus> je les trouve insensées, moins je dois dédaigner de les réfuter, pour me faire honte à moi-même de les avoir