PARTIE IV, LBITRE V
LETTftE V. — DE H\DAMB D*OBBE A l' AMANT DE JULIE.
DANS CBTTK LETTRE ETAIT INCLUSE LA PRiCEDlNTE.
Bien arrivé! cent fois le bien arrivé, cherSaint-Preuï ; car je prétends que ce nom * vous demeure, au moins dans notre société. C'est, je crois, vous dire assez qu'on n*entend pas vous en exclure, à moins que cette exclusion ne vienne de vous. En voyant par la lettre ci-Jointe que j'ai fait ptus que vous ne me demandiez , apprenez a prendre un peu plus de confiance en vos amis , et a ne plus reprocher à leur cœur des chagrins qu'ils partagent quand la raison les force k vous en donner. M. de Wolmar veut vous voir ; il voas offre sa maison, son amitié, ses conseils : il n'en fallait pas tant pour calmer toutes mes craintes sur votre voyage , et je m'offenserais moi-même si je pouvais un moment me défier de vous. Il fait plus ; il prétend vous guérir, et dit que ni Julie, ni lui, ni vous, ni moi , ne pouvons être parfaitement heureux sans cela. Quoique j'attende beaucoup de sa sagesse, et ptus de votre vertu , j'ignore quel sera le succès de cette entreprise. Ce que je sais bien , c'est qu'avec la femme qu'il a , le soin qu'il veut prendre est une pure générosité pour vous.
Venez donc, mon aimable ami, dans la sécurité d'un cœur honnête , satisfaire l'empressement que nous avons tous de vous embrasser et de vous voir paisible et content; venez dans votre pays et parmi vos amis vous délasser de vos voyages, et oublier tous les maux que vous avez soufferts. La dernière fois que vous me vîtes j'étais une grave matrone , et mon amie était a l'extrémité ; mais à présent qu'elle se porte bien , et que je suis redevenue fille , me voilà tout aussi folle et presque aussi jolie qu'avant mon mariage. Ce qu'il y a du moins de bien sûr , c'est que je
■ C'est eelul qu'elle lui avait donné devant ses gens à son précédent voyage» Voyez troUième partie , lettre xiv.
472 LA NOUVELLE HÉLOlSE.
n'ai point changé pour vous , et que vous feriez bien des fois le tour du monde avant d'y trouver quelqu'un qui vous aimât comme moi.