PREMIERE PARTIE. 2i
ma réputation, ni mes jours peut-être n'éviteront 1& coup mortel que vous leur portez.
Voilà des raisons trop solides pour que vous aye7. rien qui. le puisse être à .y répliquer ; mais vous combattrez, je le prévois, la raison par l'usage; vous me direz qu'il est des fatalités qui nous entraînent malgré nous; que, dans quelque cas que ce soit, un démenti ne se souffre jamais, et que, quand une affaire a pris un certain tour, on ne peut plus éviter de se battre ou de se déshonorer. Voyons encore.
Vous souvient-il d'une distinction que "vous me fîtes autrefois, dans une occasion importante, entre l'honneur réel et l'honneur apparent.^ Dans laquelle des deux classes mettrons-nous celui dont il s'ajjit ai^jourd'hui? Pour moi, je ne vois pas commeiit cela peut même faire une question. Qu'y a-t-il de < lunmun entre la gloire d'égorger un homme el le témoignage d'une ame droite? et quelle pri.se peut avoir !a vaine opinion d'autrui sur l'honneur véritable dont toutes les racines sont au fond du cœui ? Quoi! les vertus qu'on a réellement périssent-elles sous les mensonges d'un calomniateur? les injures d'un homme ivre prouvent-elles qu'on les mérite? et'l'honneur du sa-^e seroit-il à la merci du premier brutal qu'il peut rencontrer? Me direz-vous qu'un duel témoigne (ju'on a du cu'ur, el que cela suflit pour effacer la honie ou le reproche de tous It^' autres vices ? Je vous <iemanderai quel honneur peut dicter une pareille décision , et (juelle raison peut la justifier. A ce com])te un frippon n'a (|u'à se battre j)our cesser d'être un frippon ; les discours
2i6 LA NOUVELLE HÉLOISE.
d'un menteur deviennent des vérités sit«i qn'l sont soutenus à la pointe de l'épée ; et si l'on vous accasoit d'a-''oir tué un homme, vous en iriez tuer un second pour prouver que cela n'est pas vrni. Ainsi, vertu, vite, honneur, infamie, vérité, mensonge, tout peut tirer «on être de l'événement d'an combat ; une salle d'armes est le siège de toate justice; il n'y a d'autre droit que la force, d'autre raison que le meurtre ; toute la réparation due à ceux qu'on outrage est de les tuer , et toute offense i est également bien lavée dans le sang de l'offenseur ou de l'offensé. Dites, si les loups savoient raisonner, auroient-ils d'autres maximes? Jugez vous- ^ même, parle cas où vous êtes , si j'exairere leur absurdité. De quoi' s'agit-il ici pour vous ? D'un démenti reçu dans une occasion où vous mentiez en effet. Pensez-vous (îonc tuer la A'érité avec celui que vous voulez punir de l'avoir dite.** Songez-vous qu'en vous soumettai.t au sort d'un duel vous appelez le ciel en témoignage d'une fausseté, et que vons osez dire à l'arbitre des combats. Viens soutenir la cause injuste, et faire triompher le mensonge? Ce blasphème n'a-t-il rien qui vous épouvante? Cette absurdité n'a-t-elle rien qui vous révolte? Eh Dieu ! quel est ce misérable honneur qui ne craint pas le vice mais le reproche, et qui ne vons permet p.is d'endurer d'un autre un démenti reçu d'avauce de votre propre cœur!
Vous , qui voulez qu'on prolite pour soi de ses lectures, profitez donc des vôtres, et cherchez si l'on vit un seul appel sur la terre quand elle étoit couverte de héros. Les plus vaillants hommes de