‹ JulieChapitre 101 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

'antiquité songereat-ils jamais à venger leurs iu-

urcs personnelles par des combats particuliers?

Irsar envoya-t-il un cartel à Caton , ou Pompée à

ar, pour tant d'affronts réciproques? et le plus

jpaud capitaine de la Grèce fut-il déshonoré pour

li'étre laissé menacer du bâton? D'autres temps,

Tautres mœurs , je le sais ; mais n'y en a-t-il que

le bonnes? et n'oseroit-on s'enquérir si les mœurs

lun temps sont celles qu'exige le solide bonneur?

isN on , cet honneur n'est point variable ; il ne dé-

ijieud ni des temps, ni des lieux, ni des préjugés;

4l ne peut ni passer, ni renaître; il a sa source etcr-

ijiclie dans le cœur de l'homme juste et dans la rejile

inaltérable de ses devoirs. Si les peuples les plus

j'clairés , les plus braves, les plus vertueux de la

y erre ivOnt point connu le duel, je dis qu'il n'est

[pas une institution de l'honneur, mais une mode

||iffreuse et barbare, digne de sa féroce origine. Reste

"\ savoir si, quand il s'agit de sa "vie ou de celle d'au-

rui, i'honnêtc homme se règle sur la mode , et s'il

l'y a pas alors plus de vrai conragi! à la braver qu'à

a suivre. Que feroit , à votre avis , celui qui s'y

reul asservir, dans des lieux où re^ne un usage

îontraire ? à Messine ou à Naplcs, il iroit attendre

ion hontme au coiu d une rue et le poignarder par

lerricre. Cela s'appelle être brave en ce pays-là ; et

'honneur n'y consiste pas à se faire tuer par sou

nxnemi , mais à le tuer lui-même.

Gardei-vous donc de confondre le nom >.acré de 'honneur avec ce préjugé féroce qui met toutes les rertus à la pointe d'une ôj)ée, et n'est propre qu'à lire de braves scélérats. Que cette méihodc puisse nouv. uKi.oisE. 1 . 19

aiS LA NOUVELLE HÉLOISE.

fournir, si l'on vent, un supplément à la probité:, par-tout où la probité règne, sonsupplément n'esl-il pas inutile ? et que penser de celui qui s'expose à la mort pour s'exempter d'ètfe honntte homme? Ne Toyez-vous pas que les crimes que la honte et l'hoa* neur n'ont point einpêcliéi sont couverts et multipliés par L) fausse honte et la crainte du blâme? C'est elle qui rend l'homme hypocrite et menteur; c'est elle qui lui fait verser le sang d'un ami pour un mot indiscret qu'il dcvroit oublier, pour un reproche mérité qu'il ne peut souffrir ; c'est elU qui transforme en furie infernale une •fille abusé* et craintive ; c'est elle, ô Dieu puissant ! <jui peut] armer la main maternelle contre le tendre fruit...] Je sens défaillir mon ame à cette idée horrible , etj je rends grâces au moin>s à celui qui sonde les coeurs! d'avoir éloigné du mien cet honneur affreux qui] n'inspire que des forfaits et fait frémir la nature.

Rentrez donc en vous-même , et considérez s'il! vous est permis d'attaquer de propos délibéré h vie d'un homme, et d'exposer 'a vôtre pour sati»-| faire une barbare et dangereuse fantaisie qui n*«| nul fondement raisonnable, et si le triste souveni( du sang versé dans une pareille occasion peut cesser de crier vengeance au fond du cœur de celui qui l'a fait couler. Connoissez-vous aucun criraJ égal à rhomicldt' volontaire? et si la base detoutej les vertus est l'humanitc , que penserons-nous dl l'homme sanguinaire et dépravé qui l'ose attaqael dans la vie de son semblable? Souvenez-vous -de cl que vous m'avez dit vous-même contre le servici étranger. Aver.-vous otibl'é que le citoyen doit

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