‹ JulieChapitre 103 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

fendre, en tonte rencontre jnste et honnête, ce qui lui est cher au prix de son sang ; il met dans ses démarches cette inébranlahle fermeté qu'on n'a point sans le vrai courage. Dans la sécurité de sa conscience , il marche la tête levée , il ne fuit ni ne cherche son ennemi ; on voit aisément qu'il craint moins de mourir que de mal faire , et qu'il redoute le crime et non le péril. Si les vils préjugés s'élèvent un instant contre lui, tous les jours de sou honorable vie sont autant de témoins qui les récusent, et, dans une conduite si bien lié» , on juge d'uue actiou sur toutes les aatres.

Mais savez-vous ce qui rend cette modération si pénible à un homme ordinaire.** C'est la difficulté de la soutenir dignement; c'est la nécessité de ne commettre ensuite aucune action blâmable. Car si La crainte de mal faire ne le retient j)as dans ce dernier cas, pourquoi l'auroit-elle retenu dans l'autre jÙ l'on peut supposer un motif plus naturel ? On vroil bien alors que ce refus ne vient pas de vertu , nais de lâcheté ; et l'on se moque avec raison d'un icrupule qui ne vient que dans le péril, N'avez-von» îôint remarqué que les hommes si ombrageux et si rompts à provoquer les autres sont , pour la plu- )art, de très malhonnêtes gens qui, de peur qu'on l'ose leur montrer ouvertement le mépris qu'on a )Our eux, s'efforcent de couvrir de (|uelqurs affaires l'honneur linfamic de leur vie entière.'' Est-ce à cas d'imiter de tels hommes? Mettous encore à «rt les militaires de profession qui vendent lear ang a prix d'argent; qui, voulant conserver lenr lace, oalcaleat par Icnr intérêt ce qu'ils doiTeut

222 LA NOU/l^ELLE IIÉLOISE.

à lenr lionnenr , et savent A un écu près ce que Taut leur vie. Mon ami, laissez battre tous ces gens-là. Rien n'est moins honorable que cet honneur ('ont ils font si grand bruit ; ce n'est qu'une mode insensée, une fausse imitation de Acrtu qui s? pare des plus grands crimes. L'honneur d'na homme comme vous n'est point au pouvoir d'un autre; il est en lui-même et non dans l'opinion da peuple ; il ne se défend ni par l'épée ni par le bouclier , mais par une vie intègre et irréprochable, et ce combat vaut bien 1 autre en fait de coura;;e.

C'est par ces principes que tous devez concilier les éloges que j'ai donnés dans tous les temps à Ll véritable valeur avec le mépris que j'eus toujouit pour les faux braves. J'aime les gens de coeur, et ne puis souffrir les lâches , je romprois avec un amant poltron que la crainte feroit fuir le danger, et je pense, comme toiites les femmes, que le fem du courage anime celui de l'amour. Mais je veux que la valeur se montr%dans les occasions légitimes , et qu'on ne se hâte pas d'en faire hors de propos T\ne vaine jiavade, comme si on avoit })enr d( ne Is pas retrouver au besoin. Tel fait un effort©) se présente une fois pour avoir droit de se cachei le reste de sa vie. Le vrai courage a plus de con stance et moins iremprcssement ; il est toujours ci qu'il doit être ; il ne faut ni l'exciter ni le retenir l'homme de bien le porte par-tout avec lui , au comj bat contre l'ennemi , dans uu cercle en faveur d« absents et delà vérité, daus son lit contre les at taquesde la douleur et de la mort. La force de l'ain ^i Tiuspirc est d'usage dans tons les temp»} eli

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