PREMIERE PARTIE
vie à la patrie, et n'a pas le droit d'ea disposer sans le congé des lois, à plus forte raison contre leur défense? O mon ami! si vous aimez sincèreliu'nt la vertu, apprenez à la servir à sa mode, et iiou à la mode des hommes. Je veux qu'il en puisse résulter quelque inconvénient : ce mot de \ertu Ti'est-il donc pour vous qu'un vain nom.** et ne crez-vous vertueux que quand il n'en coûtera riea de l'être.»*
Mais quels sont au fond ces inconvénients .'' Les murmures des gens oisifs , des méchants, qui cherchent à s'amuser des malheurs d'autrui , et voudroient avoir toujours quelque histoire nouvelle à raconter. Voilà vraiment un grand motif pour s'entr'égorger ! Si le philosophe et le sage se règlent ilans les plus grandes affaires de la vie sur les discours insensés de la multitude , que sert tout cet appareil d'études, pour n'être au fond qu'un homme vulgaire? Vous n'osez donc sacrifier le ressentiment au devoir , à 1 estime , à l'amitié , de peur qu'on ne vous accuse de craindre la mort? Pesez les choses , mon bon ami , et vous trouverez bien plus de lâcheté dans la crainte de ce reproche , que dans celle de la mort même. Le fanfaron , le poltron veut à toute force passer pour brave ;
Ma verace valor , ben che negletto ,
E dl se stcsto a se freggio assai cbiaro (i).
Celui qui feint d'envisager la mort sans effroi
(1) Mais la véritalilc valeur n'a pas besoin du témoi« guage d'autrui, et tire sa gloire d'cilv-mémc.
iiicnt. Tout homme craint de mourir, c'est la grande loi des ètros sensibles, sans laquelle tonte espèce mortelle seroit bientôt détruite. C^tte crainte est un simple mouvement de la nature , non seulement indifférent, mais bon en lui-même et conforme à l'ordre : tout ce qui la rend honteuse et blâmable , c'est qu'elle peut nous empêcher de bien faire et de remplir nos devoirs. Si la lâcheté nVtoit jamais un obstacle à la vertu, elle cesseroit d'être nn vice. Quiconque est plus attaché à sa vie qn*à son devoir ne sauroit être solidement vertueux, j'en conviens. Mais expliquez-moi , vous qui vont piquez de raison, quelle espèce de mérite on peut trouver à braver la mort pour commettre un crime.
Quand il seroit vrai qu'on se fait mépriser en refusant de se battre , quel mépris est plus à craîn-j dre , celui des autres en faisant bien, ou le sieol' propre en faiscfnt mal? Croyez-moi, celui qui s'es-| time véritablement lui-même est peu sensible à l'injuste mépris d'autrui , et ne craint que d'en êtn digne; car le bon et l'honnête ne dépendent poin du jugement des hommes, mais de la nature de choses: et quand toute la terre approuveroit l'ac tion que vous allez faire , elle n'eu seroit pas nioin honteuse. Mais il est faux qu'à s'en abstenir pa vertu Ton se fasse mépriser. L'homme droit, don toute la vie est sans tache et qui ne donna jamai aucun signe de lâcheté , refusera de souiller sa mai d'un homicide , et n'en sera que pins honoré. Tou] jours prêt à servir la patrie, à protéger !e foibl à remplir les devoirs les plus dangereux, el à