‹ JulieChapitre 107 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

d'un faux point-d'honneur. Jouissez d'avance du plaisir que vous aurez de percer le sein de votre ami : mai» sachez, homme barbare, qu'au moins vous n'aurez pas celui de jouir de mes larmes , et jde contempler mon désespoir. Non, j'en jure par 'l'amour qui gémit au fond de mon cœur, soyez témoin d'un serment qui ne sera point vain ; je ue survivrai pas d'un jour à celui pour qui je respire ; et vous aurez la gloire de mettre au tombeau «Tun seul coup deux amants infortunés, qui n'eurent point envers vous de tort volontaire , et qui se flaisoient à vous honorer.

Ou dit, mylord , que vous avez l'ame belle et le €<eur sensible : s'ils vous laissent fjoùter en paix une "vougeance que je ne puis comprendre , et la dou- <eiu' de faire des malbeureux, puissent-ils, quand je ne serai plus , vous inspirer quelques soins pour un père et une mère inconsolables, que la perte lin seul enfant qui leur reste va livrer à d'éternelles • louleurs !

ij K me hâte, mademoiselle, selon vos ordres, de vous ren<lrc compte de la onmiission dont vous m'avez chargé. Je viens de chez mylord Edouard , <)ih; j'ai trouvé souffrant encore de son entorse, el ne pouvant marcher ilans sa chambre (ju'à l'aide «1 Un bâton. Je lui ai remis votre letlra , qu'il a ouverte avec empressement ; il ra'a paru ému en la

lisant : il a rè-vé quelque temps; puis il l'a relue une seconde fois avec uuc agitation plus sensible. "Voici ce qu'il m'a dit en la finissant : « Vous savez , «monsieur, que les affaires d'honneur ont leurs « règles dont on ne peut se départir : vous axez « vu ce qui s'est passé dans celle-ci ; il faut qu'elle « soit vuidée régulièrement. Prenez deux amis , et « donnez-vous la peine de revenir ici demain ma- « tin avec eux ; vous saurez alors ma résolution. ■ Je lui ai représenté que l'affaire s'étant passte entre nous , il seroit mieux qu elle se terminât de même. «Je sais ce qui convient, m'a-t-il dit «brusquement, et je ferai ce qu'il faut. Amenez « vos deux amis , ou je n'ai plus rien à vous dire «. Je suis sorti là-dessus, cherchant inutilement dans ma tête ((uel peut être son bizarre dessein. Quoi qu'il en soit , j'aurai 1 honneur de vous voir ce soir, et j'exécuterai demain ce que vous me prescrirez. Si vous trouvez à propos que j'aille au rendez- von» avec mon cortège, je le composerai de gens dont je sois sur à tout événement.

\iALME tes alarmes , tenilre et chère Julie ; et , sur le récit de ce qui vient de se pass>er , connoia et partage les seutiments que j'éprouve.

J'étois si rempli d'indignation quand je reçus ta lettre , qu'à ])eine pus-je la lire avec l'atlentioa qu'elle mcritoit. J'avois beau ne la pouvoir réfuter,

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