‹ JulieChapitre 108 sur 200 · PREMIER.E PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIER.E PARTIE

l'areugle colère éloit la plus forte. Tu peux avoir raison , disois-je en moi-même , mais ne me parle jamais de te laisser avilir. Dussé-je te perdre et mourir coupable, je ne souffrirai point qu'on manque au respect qui t'est dû; et, tant qu'il me restera un souffle de vie, tu seras honorée de tout ce qui t'approche comme tu l'es de mon cœur. Je ne ! balançai pas pourtant sur les huit jours que tu me demandois ; l'accident de raylord Edouard et mon v.ru d'obéissance concouroient à rendre ce délai Il cessaire. Résolu, selon tes ordres, d'employer fit intervalle à méditer sur. le sujet de ta lettre; ](- ni'occupois sans cesse à la relire et à y réfléchir, non pour changer de sentiment, mais pour justifier le mien.

J'avois repris ce matin cette lettre trop sage et

Il op judicieuse à mon gré , et je la relisois avec

iiK^uiétude, quand on a fraj)pé à la porte de ma

liambre. Un moment après j ai vu entrer mylord

t.douard sans tpée, appuyé sur une canne; trois

wrsonnes le suivoient , parmi lesquelles j'ai re-

o/inu M. d'Orbe. Surpris de cette visite impré-

'nc, j'attendois en silence ce qu'elle devoit pro-

luire, quand Edouard m'a prié de lui donner un

iioinent d'audience, et de le laisser agir et parler

.ins l'interrompre. Je vous en demande, a-t-il

lit, votre parole; la présence de ces messieurs,

jiii sont de vos amis, doit vous répondre que vous

II' l'engage/, pas indiscrètement. Je lai promis sans

i.ilancer. A peine avois-jc achevé que j'ai vu avec

Iéîunneinent que tu jjeuxconrevoir niyl<^'il Kdouard pcDoux devant moi. Surpris d'une si étrange attiaouv. iiÉLoiSE. I. ao

a3o LA NOUVELLE HELOISE.

tude , j'ai voulu sur-le-champ le relever ; mais après ni'avoir rappelé ma promesse, il m'a parlé dans ces termes : « Je viens , monsieur , rétracter hautement « les discours injurieux que l'ivresse m'a fait tenir « en votre présence : leur injustice les rend plu» « offensants pour moi que pour- vous , et je m'en dois « l'authentique désaveu. Je me soumets à toute la « punition que vous voudrez m'imposer, et je ne « croirai mon honneur rétabli que quand ma faute « sera réparée. A quelque prix que ce soit , accor- « dez-moi le pardon que je vous demande, et me « rendez votre amitié )., i.Jylord, lui ai-je dit aussitôt, je reconnois maintenant votre ame grande et généreuse; et je sais bien distinguer en vous les discours que le cœur dicte de ceux (jue vous tenex quand vous n'êtes pas à vous-même ; qu'ils soient à jamais oubliés. A l'instant, je l'ai soutenu en se relevant, et nous nous sommes embrassés. Après cela mylord se tournant vers les spectateurs leur a dit: « Messieurs, je vous remercie de votre com- « plaisance. De braves gens comme vous, a-t-U «ajouté d'un air iier et d'un ton animé, sentent « que celui qui répare ainsi ses torts n'en sait en- « durer de personne. Vous pouvez publier ce que « vous avez vu «>. Ensuite il nous a tous quatre in* vités à souper pour ce soir , et ces messieurs senti sortis.

A peine avons-nous été seuls qu'il est revenu m'embrasser d'une manière plus tendre et plus amicale; puis me prenant la main et s'asseyant i j C'">té de moi : Heureux mortel, s'est -il écrié, jouis ses d'un bonheur dout vous êtes digne. Le coeur

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