LX I. D E JULI E
XXMENE demain mylord Edouard, que je me jette à ses pieds comme il s'est mis aux tiens. Quelle grandeur ! quelle générosité ! Ob \ que nous sommes petits devant lui ! Conserve ce précieux ami comme la prunelle de ton ceil. Peut-être vaudioit-il moins s'il étoit plus tempérant : jamais homme sans défauts eut-il de grandes vertus.'*
Mille angoisses de toute e.spece m'avoient jetée <laus l'abattement; ta lettre est venue rauimer mon courage éteint ; eu dissipant mes terreurs elle m'a rendu mes peines plus supportables ; je me sens miinteuaut assez de force pour souffrir. Tu vis , tu lu'aimes; ton sang ^ le sang de ton ami, n'ont point rté répandus, et ton honneur est en sûreté: je ne Mii» donc pas tonl-à-fait mi.sérable.
Ne manque ])as nu reudee vous de demain. Jamais
a36 LA NOUVELLE HÉ LOI SE.
je n'eus si grand besoin de te voir, ni si peu d'espoir de te voir long-temps. Adieu , mon cher et unique ami. Tu n'as pas bien dit , ce me semble , vivons pour nous aimer. Ah ! il falloit dire , aimons-nous pour vivre.
J? A-CDRA-T-iii toujours, aimable cousine, ne remplir envers toi que les plus tristes devoirs de l'amitié? Faudra-t-il toujours dans l'amertume de mon cœur affliger le tien par de cruels avis? Hélas ! tous nos sentiments nous sont communs , tu le .sais bien , et je ne saurois t'annoncer de nouvelles peines que je ne les aie déjà senties. Que ne puis-je te cacher ton infortune sans l'augmenter! ou que la tendre amitié n'a-t-elle autant de charmes rjue l'amour ! Ah! que j'effacerois promptement tons les chagrins que je te donne!
Hier après le concert, ta mère en s'en retournant ayant accepté le bras de ton ami 1 1 toi celui de M. d'Orbe , nos deux pères restèrent avec mvlord à parler de politique ; sujet dont je suis si excédée que l'ennui me chassa dans ma chambre. Une demiheure après j'entendis nommer ion ami j>lusieur» fois avec assez de véiiémence : je connus que 1.t conversation avoit changé d'objet, et je prêtai l'oreille. Je jugeai par la suite du discours (ju'Edouard avoit osé proposer ton mariage avec tou ami, qu'il appeloit hautement le sien , et auquel il offroit de faire eu