‹ JulieChapitre 125 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

lie lettres ; et comme ces mesures ne pouvoient (jue lui être agréables, j'en ai prolongé le détail jusqu'à l'arrivée de M. d'Orbe, qui m'a fait signe que tout étoit prêt.

Ton ami a facilement compris de quoi il s'agissoit; il a instamment demandé à t'écrire; mais je me suis gardée de le permettre. Je prévoyois qu'un excès d'attendrissement lui relâcberoit trop le cœar, et qu'à peine seroit-il au milieu de sa lettre, qu'il n'y auroit plus moyen de le faire partir. Tous les délais sont dangereux, luiai-je dit; hàtez-vons d'arriver à la première station, d'où vous pourrez lui écrire à votre aise. En disant cela, j'ai fait signe à M. d'Orbe ; je me suis avancée , et , le cœur gros de sanglots, j'ai collé mon visage sur le sien: je n'ai plus su ce qu'il devenoit ; les larmes ra'offusquoient la vue , ma tête commencoit à se perdre , et il étoit temps que mon rôle finît.

Un moment après je les ai entendus descendre précipitamment. Je suis sortie sur le palier pour les suivre des yeux. Ce dernier trait manquoit à mon trouble. J'ai vu l'insensé se jeter à genoux au milieu de l'escalier, en baiser raille fois les marclics, et d'Orbe pouvoir à peine l'arracber de cette froide pierre qu'il pressoit de son corps , de la tête et des bras , on poussant de longs gémissements. J'ai senti les piicns prêts d'éclater malgré moi , et je suis brusquement rentrée, de peur de donner une scène à tonte la maison.

A quelques instants de là, M. d'Oibc est revenu tenant son moucboir sur ses yeux. C'en est fait m'af-il dit , ils sont en route. En arrivant cher, lui , votre

Morv, Hia.uisF. I. »-i

aOr, LA NOUVELLE HÉLOISE.

ami a trouvé la cli;iise à sa porte, Mylord Edouard l'y attendoit aussi ; il a couru au-devant de lui ; tt le serrant contre sa poitrine : «"Viens, homme infor- « tuné , lui a-t-il dit d'un ton pénétré , viens verser « tes douleurs dans ce cœur qui t'aime. Yiens , tu « sentiras peut-être qu'on n'a pas tout perdu sur la •< terre , quand on y retrouve un ami tel que moi ». A l'instant , il l'a porté d'un bras vigoureux dans la ebaise , et ils sont partis en se tenant étroitement embrassés.

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