‹ JulieChapitre 158 sur 200 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

même !... Non; j'aime mieux te perdre que te partager. . . Que le ciel ne me donna-t-il un courage digue des transports qui m'agitent!.., avant que ta maiu se fût avilie dans ce nœud funeste abhorré par l'amour et réprouvé par l'honneur, j'irois de la mienne te plonc^er un poignard dans le sein; j'épuiserois ton chaste cœur d'un sang que n'auroit point souillé l'infidélité. A ce pur sang je mêlerois celui qui brûle dans mes veines d'un feu que rien ne peut éteindre ; je tomberois dans tes bras ; je rendrois sur tes lèvres mon dernier soupir... j e recevrois le tien... Julie expirante!... ces yeux si doux éteints par les horreurs de la mort!... ce sein, ce trône de l'amour, déchiré par ma main , versant à gros bouillons le sang et la vie!... Non, vis et souffre, porte 1.1 peine de ma lâcheté. Non; je voudrois que tu ne fnssesplus; mais je ne puis t'aimer assez pour te poignarder.

O si tu connoissois l'état de ce cœur serré de détresse ! jamais il ne brùla d'un feu si sacré; jamais ton innocence et ta vertu ne lui furent si chères. Je snis amant, je saisaimer, je le sens; mais je ne suis qu'un homme , et il estau-dessus de la force humaine de renoncer à la suprême félicité. Une nuit , une seule nuit a changé pour jamais toute mon ame. Otemf)i ce dangereux souvenir, et je suis verlueus:. Mais celte nuit fatale rcgne au fond de mon cœur, et va couvrir de son ombre le reste de ma vie. Ah Julie! objet adoré! s'il faut être à jamais niisi'rables, encore une heure de bonheur, et des regr«ts (■rernels!

Ecoute celui qui t'aime. Pourquoi voudrions-nous

être plus sages nous senls que tout le reste des hommes, et suivre avec une simplicité d'enfants de chimériques vertus dont tout le monde parle et que personne ne pratique? Quoi ! serons-nous meilleurs moralistes que ces foules de savants dont Londres et Paris sont peuplés , qui tous se raillent de la fidélité conjugale, et regardent l'adultère comme un jeu ? Les exemples n'en sont point scandaleux, il n'est pas même permis dy trouvera redire; et tous les honnêtes gens se riroient ici de celui qui par respect pour le mariage résisteroit au penchant de son oœur. En effet, disent-ils, un tort qui n'est que dans l'opinion n'est-il pas nul quand il est secret? Quel mal reçoit un mari d'une infidélité qu'il ignore ? De quelle complaisance une femme ne rachetet-elle pas ses fautes (i)? quelle douceur n'emploiet-elle pas à prévenir ou guérir ses soupçons? Privé d'un hicn imaginaire, il vit réellementplus heureux; et ce prétendu crime dont on fait tant de brui t n'est qu'un lien de plus dans la société.

A Dieu ne plaise , ô chère amie de mon cœur, que je veuille rassurer le tien par ces honteuses maximes! je les abhorre sans savoir les combattre, et ma conscience y répond mieux que ma raison. Non

(i) Et où le bon Suisse avoit-il vu cela? Il y a longtemps que les femmt'S galautrs Tout pris sur un plus liaut ton. Elles coinmtiiceut^ar établir fièrcmt-nt leurs amants dans la maison ; et si l'on daigne y souffrir le mari , c'est autant qu'il se comporte envers eux avec le respect qu'il leur doit. Une femme qui se cacheroit d'un mauvais commerce feroit croire qu'elle m a bonté, et seroit déshonorée; pas une lionuête femme ne voudroit la voir.

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