TROISIEME PARTIE
que je me fasse fort d'un courage que je hais , ni que je voulusse d'une vertu si coûteuse: mais je me crois moins coupable en me reprochant mes fautes qu'en m'efforçaat de les justifier ; et je regarde comme le comble du crime d'en vouloir ôter les remords.
Je ne sais ce que j'écris: je me sens l'ame dans un état affreux, pireqoe celui même ou j'étois avant d'avoir reçu ta lettre. L'espoir que tu me rends est triste et sombre; il éteint cette lueur si pure qui nous guida tant de fois ; tes attraits s'en ternissent et ne deviennent que plus loucbaiits ; je te vois tendre et malheureuse; mon cœur est inondé des pleurs qui coulent de tes yeux , et Je iiie reproche avec amertume un bonheur que je ne puis plus goûter qu'aux dépens du tien.
Je sens pourtant qu'une ardeuf secrète m'anime encore et me rend le courage que veulent m'ôler Jes remords. Chère amie, ah! sais-tu de combien de pertes un amqur pareil au mien peut te dédomma« geri^ Sais -tu jusqu'à quel j)oint un amant qui ne respire que pour toi peut te laire aimei' la vie ;' Conçois-tu bien que c'est pour loi seule que je veux vivre , agir , penser , sentir désormais ? Non , source délicieuse de mon être, je n'aurai plus d'ame que ton ame , je ne serai plus rien qu'une partie de toimême, et tu trouveras au fond de mon cœur une si douce existence que lu ne .sentiras point ce que la tienne aura perdu de ses charmes. Hé bien ! nous serons coupaples , mais nous ne serons point méchants ; nous ser()n8 coupables , mais nous aimerons ton jours la vertu: loin d'oser excuser nos fautes.
2a6 LA NOUVELLE HÉ LOI SE.
nous en gémirons, nous les nlcnrprons ensemble, nous les riicbelerons , s il est possible , à force d'èlre bienfaisants et bons. Julie! ô.Tulie .' que ferois-tu , que peux-tu faire? Tu nepeux échappera mon cœur; n'a-t-il pas épousé le tien ?
Ces Tains projets de fortune qui m'ont si grossièrement abusé sont oubliés depuis long-temps. Je vais m'occuper uniquement des soins que je dois à mylord Edouard :il veut m'entraîner en Angleterre ; il prétend (jue je puis l'v servir. Hé bien ! je l'v suivrai : mais je me déroberai fous les ans ; je me rendrai secrètement près de toi. Si je ne puis te parler, au moins je t'aurai vue ; j'aurai du moins baisé tes pas ; un regard de tes yeux m'aura donné dix mois de vie. Forcé de repartir, eu m'éloignant de celle que j'aime, je compterai pour me consoler les pas qui doivent m'en rapprocher. Ces fréquents vovaj^cs donneront le change à ton ma'henreux amant ; il croira déjà jouir de ta vue en partant pour t'aller voir; le souvenir de ses transports l'enchantera durant son retour; malgré le sort cruel, ses tristes ans ne seront pas tont-à-fait perdus; il n'y en aura point qui ne soient mapqués par des plaisirs , et les courts moments qu'il passera près de toi se multiplieront sur sa vie entière.
XVn. DE MADAME d'oRBE À i/aMA.WT HE JUXJE.
V OTRE amante n'est plus; mais j';il retrouvé mon amie, et vous en avez acquis una doui le cœur peut