‹ JulieChapitre 178 sur 200 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

claires, faciles dans la conduite de la vie; et jamais cllf ne s'égare que dans d'inutiles spéculations qui v,e sont pas faites pour elle.

Le plus grand goût de M. de Wolmar est d'observer. Il aime à juger des caractères des hommes et t!f s actions qu'il voit faire. Il en juge avec une proie •nde sagesse et la plus parfaite impartialité. Si ua ir.nemi lui faisoit du mal, il en discuteroit les mot lis et les moyens aussi paisiblement que s'il s'agissoit d'une chose indifférente. Je ne sais comment il ;i ( ntendu parler de vous, mais il m'en a parlé plusi'iirs fois lui-même avec beaucoup d'estime, et je L' connois incapable de déguisement. J'ai cru rel'iaïquer quelquefois qu'il m'observoit durant ces cniretiens; mais il y a grande apparence qne cette jivc tendue remarque n'est que le secret reproche (Tune conscience alarmée. Quoi qu'il en soit, j'ai liit en cela mou devoir; la crainte ni la honte ne n'ont point inspiré de réserve injuste, et je vous ai rendu justice auprès de lui, comme je la lui rends jiiijjrès de vous.

J'oubliois de vous parler de nos revenus et de leur administration. Le débris des biens de M. de Wolmar, joint à celui de mon père qui ne s'est réservé qu'une pension , lui fait une fortune honnête et modérée, dont il use noblement et sagement, en in;iintcnant chez lui non l'incommode et vain appareil du luxe, mais l'abondance, les véritables coniinrxlités de la vie ( i ) , et le nécessaire chez ses voi-

(i) 11 u'y a pas d'absociatinn plus roinmuiK» que crllc du faslr rt do la lésiu»-. Ou prend sur l.i iiatun; , sur les vrais plaibirs , sur If bcsoio mèuic , tout ce qu'où duuuc

274 LA TîOUTELLE HÉLOISE.

sius indigents. L'ordre qu'il a mis dans sa maison est riniage de celai qui règne au fond de son ame, et semble imiter dans un petit ménage l'ordre établi dans le gouvernement du monde. On n'y voit ni cette inflexible régularité qui donne plus de gêne que d'avantage, et n'est supportable qu'à celui qui l'impose, ni cette confusion mal entendue qui pour trop avoir ôte l'usage de tout. On y reconnoît toujours la main du maître et l'on ne la sent jamais ; il a si bien ordonné le premier arrangement qu'à présent tout va tout seul , et qu'on jouit à la fois de la règle et de la libei'té.

Voilà, mon bon ami, une idée abrégée mais fidèle du caractère de M. deAVolmar, autant que je

à i'opmion. Tel lioinnif^ orne son palais auï dépens de sa cuisine ; tel antre aime mieux une belle vaisselle qu'un bon dîné ; tel autre fait un repas d'appareil , et meurt de faini tout le reste de l'année. Quand je vois uu buffet de vermeil, je m attends à du vin qui m'empoisounc. Combien de fois, dans des maisons de campagne, en r;spirant le frais au matin, l'aspect d'un beau jardin vous tente ! On se levé de bonne heure , on se promené , on gagne de l'appétit, on veut déjeûner • l'officier est sorti , ou les provisions manquent , ou madame n'a pas donné ses ordres , ou l'on vous fait ennuyer d'attendre. Quelquefois on vous prévient , on vient magnifiquement vous offrir de tout, à condition que vous n'acc«pteres6 rien. Il (aut rester à jeun jusqu'à trois heures , ou déjeuner avec des tulipes. Je me souviens de m'ètre promené dans un très beau parc dont on disoit que la maîtresse aimoit beaucoup le café et n'en prenoit jamais , attendu qu'il coùtoit quafn' sous la tasse; mais elle donnoit de i^raiid cœur mille écus à son jardinier. Je crois que j'airiierois mieux avoir des cliarmilles moins bien taillées , et prendre du café plu» souvent.

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