TROISIEME PARTIE
,ii pu connoître depuis que je vis avec lui. Tel il
il ;i paru le premier jour, tel il me paroît le dernier
s aucune altération; ce (jui me fait espérer que
: ai bien vu , et qu'il ne «le reste plus rien à dé-
■Hivrir; car je n'imagine pas qu'il put se montrer
uUement sans y perdre.
Sur ce tableau vous pouvez d'avance vous rcpois- 'ic à vons-m«'me; et il faudroit me mépriser beauip pour ne pas me croire heureuse avec tant de ■t de l'être (i). Ce qui m'a long-temps abusée, et 1 1 1 peut-être vous abuse encore , c'est la pensée que lujur est nécessaire pour former un lieureux nia- ;e. Mon ami, c'est une erreur; l'honurteté, la < ;tu, de certaines convenances moins de condii 111 s et d'âges que de caractères et d'humeurs, snfiscnt entre deux époux; ce qui n'empêche point |u'ii ne résulte de cette union un attachement très endre , qui , pour n'être pas précisément de Tamour, l'en est pas moins doux et n'en est que plus dura- )lc. L'amour est accompagné d'une inquiétude conirjuelle de jalousie ou de privation, peu convenable lu mariaf^e, (jui est un état de jouissance et de paix. )n ne s'épouse point pour penser uniquement l'un i l'autre , mais j)our remplir conjointement les devoirs de la vie civile, gouverner prudemment Ja maison, bien élever ses enfants^ Les amants ne soient jamais qu'eux, ne s'occupent incessamment |U<^ d eux; et la seule chose qu'ils sachent faire est
(i) A j)|tarenmirnt qu'rlle n'avoit pas découvert encore <* fatal bccrct (pii la tourmenta si fort dans la .suite , ou |u'(;!le ne vouloit pas aloivs le conlier à sou ami.
de s'aimer. Ce n'est pas assez pour des époux, qui ont taut daatres soins à remplir. Il n'y a point de passion qui nous fasse une si forte illusion qne l'amour : on prend sa violence pour un sij^ne de sa durée; le cœur surchargé d'un sentiment si doux l'étend pour ainsi dire sur l'avenir, et tant que cet amour dure on croit qu'il ne finira point. Mais , aa contraire, c'est son ardeur même qui le consume; il s'use avec la jeunesse , il s'efface avec la beauté , il s'éteint sous les glaces de l'âge; et depuis que le monde existe on n'a jamais vu deux amants en clieveux blancs soupirer l'un pour l'autre. On doit donc compter qu'on cessera de s'adorer tôt ou tard ; alors, 1 idole qu'on servoit détruite, on se voit réciproquement tels qu'on est. On cherche avec étonneluent l'objet qu'on aima ; ne le trouvant plus, on. se dépite contre celui qui reste , et souvent l'imagination le défigure autant qu'elle l'avoit paré. Il y a peu de gens, dit La Rochefoucauld, qui ne soient houleux de s'être aimés , quand ils ne s'aiment plus (i). Combien alors il est à craindre que l'ennui ne succède à des sentiments trop vifs; que leur déclin, sans s'arrêter à l'indifférence, ne paase jusqu'au dégoût; qu'on ne se trouve enfin tout-à-fait rassasiés l'un de l'autre; et que pour s être trop aimés amants on n'en vienne à se haïr époux! Mon cher ami , vous m'avez toujours paru bien aimable , beaucoup trop pour mon innocence et pour mon
(i") Je serois bien surpris que Julie eût In et cité La Rochefoucauld en tout»' autre occasioa : jamais son triste livre ne sera goûté des bonnes gens.