PREMIERE PARTIE. 6i
Quel sera doue le prix d'un si pur ho.nraage si votre estime ne l'est pas? et de quoi me sert l'abstinence éternelle et volontaire de ce qu'il y a de plus doux au monde , si celle qui l'exige ne m'en «ait aucun gré? Certes , je suis las de souffrir inutilement et de me condamner aux plus dures privations sans en avoir même le mérite. Quoi! faut -il fine vous embellissiez impunément tandis que vous me méprisez? faut-il qu'incessamment mes veux. <!• vorent des cbarmes dont jamais ma bouche n'ose approcher? faut -il enfin que je m'ôte à moi-même tonte espérance sans pouvoir au moins m'honorer «l'im sacrifice aussi rigoureux? Non; puisque vous ne vous liez pas à ma foi, je ne veux plus la laisser vainement engagée : c'est une sûreté inj uste que celle rpie vous tire/ à la fois de ma parole et de vos précautions ; vous êtes trop ingrate, ou je suis trop scrupuleux, et je ne veux plus refuser de la fortune les occasions qu^ vous n'aurez pu lui ôter. Enfin, quoi qu'il en soit de mon sort, je sens que j'ai pris une ch.'irge au-dessus de mes forces. .Inlie , reprenez la f^Trie de vous-même , je vous rends un dépôt trop dangereux pour la fidélii^ du dépositaire , et dont lî» défense contera moine à votre cœur que vous n'avez feint de le craindre.
.le vous le dis sérieusement : comptez sur vous , ou chassez-moi , c'est-à-dire ôtez-moi la vie. .T'ai pris un entîagement téméraire. J'admire comment je l'ai pu tenir si long-temps; je .«ais que je le dois toujours; mais je sens qu'il m'est impossib'c. On mérite de succomber r^iand on s'impose de si pcr il N'ux devoirs. Ooyez-moi, chère et tendre .Inlie , croycr.-en
NOUV. h}.i.o\%k. X. G
fÎ2 LA NOUVELLE UÉLOISE.
ce c<» ur sensible qui uc Ait cjue pour vous; vous serez, toujours respectée: mais je puis uu instant manquer de raison , et l'ivresse des sens peut dicter un crinie t'ont on anroit horreur de sang froid. Heureux de n'avoir point trompe votre rspoir, j*ai > ainca deux mois , et vouâ u.e devez le prix de deux siècles de souffrances.
' IX. DEJULIE.
tl EXTSiTus; les pl.'iisir» du vice et l'honneur de la vertu vous leroient un sort ai^réable. Est-ce là votre iiioiale.^... Eh ! mou hou ami, tous vous lassez bien \\tc d'être généreux ! Ne l'ctiez-vous donc que par aitllice? lia singulière marque d'attachement que de vous plaindre île ma santé! Seroit-ce que vous espériez voir mon fol amour achever de la détruire, et que vous m attendiez au moment de vous demander la vie? ou bieu , comptiez-von» de me respecter aussi long-temps que je ftrois peur, et de vous rétraclcr quand je dcviendrois supportable? .le ne vois pas dans de pareils sacrifices uu mérite à tant faire valoir.
Vous me reprochez avec la même équité le soin qne je prends de vous sauver des combats pénibles avec vous-même , comme si vous ne deviez pas plutôt m'en remercier. Puis vous vous rétractez de l'engagement que vou» avez pris comme d'un devoir trop à charge ; «m sorte que dans la m<'me lettr» vous vous plaigne/, de ce que vous avez trop