‹ JulieChapitre 19 sur 200 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

j tle peiae, et de ce qne vous n'en avea pas asse?.. Pensez-y mieax , et tâchez d'être d'accord avec vous pour donner à a'os prétendus griefs une couleur moins frivole ; ou plutôt , quittez toute cette dissimulation qui n'est pas dans votre caractère. Quoi que vous puissiez dire, votce cœur est plus content du mien qu'il ne feint de l'être : ingrat, vous savez trop qu'il n'aura jamais tort avec vous ! Votre lettre même vous dément par son style enjoué, et vous n'auriez pas tant d'esprit si vous étiez moins tranquille. En voilà trop sur les vains reproches qui TOUS regardent; passons à ceux qui me regardent moi-même , et qui semblent d'abord mieux fonde s. Je le sens bien , la vie égale et douce que nous menons depuis deux mois ne s'accorde pas avec ma déclaration précédante, et j'avoue qne ce n'est pas sguîi.raison que vous êtes sarpris de ce contraste. Vous m'avez d'abord vue au d<sespoir, vous me rrouvez à présent trop paisible ; de là vous accusez ineê sentiments d'inconstance et ixion cœur de caprice. Ah! mon ami, ne le jugez-voua point trop sévèrement.'* Il faut plus d'un jour pour le connoître : attendez, et vous trouverez peut-être que ce cœur qui vous aime n'est pas indigne du v«'»tre.

Si vous pouviez comprendre avec quel effioi i'éprouvai les premières atteintes du sentimeut qui in'uuit à vo^s, vous jugeriez du trouble qu'il «lut m»' Ciiuscr : j'^si été élevée dans <1<.'S maximes .si sé- VerPK,if|np rainotw le plus pur me p.iroissoit le toiiild*' «livdé.slion neur. lont in'apprfnoil ou me iaisoit croire qu'une lille sensible étoit perdue ;iu

premier mot tendre échappé de sa bouche; mon imaginatioa troublée confondoit le crime avec l'a- Teu de la passion ; et j'avois une si affreuse idée de ce premier pas , qu'à peine voyoii>-je au-delà nul intervalle jusqu'au dernier. L'excessive défiance de moi-même augmenta mes alarmes ; les combats de la modestie nie parurent ceux de la chasteté: je pris le tourment du silence pour l'emportement des desirs. Je me crus perdue aussitôt que j'aurois parlé, et cependant il falloit parler ou vous perdre. Ainsi , ne j)Ouvanl plus déguiser mes sentiments, je tâchai d'exciler la générosité des vôtres, et , me fiant pins à vous qu'.t moi, je voulus, en intéressant votre honneur à ma défense, me ménager des ressources dont je me croyois dépourvue.

J'ai reconnu que je me trompois; je n'eus pas parlé, que je me trouvai soulagée ; vous n'.eùt^s pas répondu, que je me sentis tout-à-fait calme : efdeux mois d'expérience m'ont appris que mon cœur trop tendre a besoin d'amour , mais que mes sens n'ont ancun besoin d'amant. Jugez, vous qui aimez la vertu , avec quelle joie je fis cette heureuse dtcouverte. Sortie de cette profonde ignominie oii mes terreurs m'avoieut plongée , je goûte le plaisir dé- **" liricnx d'aimer purement. Cet état fait le bonheui de ma vie ; mon humeur et ma santé s'en resseU' tent ; à peine puis-je en concevoir un plus doux et l'accord de l'amour et de l'innocence me sembl ôtre le paradis sur la terre.

Dès -lors je ne vous craignis plus; et, quand j pris soin d'éviter la solitude avec vous, ce fut an tant pour vous que p"ur mo. ; car vos yeux et vo

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