‹ JulieChapitre 185 sur 200 · TROISIEME PARTIE. ^Sï · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. ^Sï

n'offense point autrui, c'est le droit de la nature. Quand notre vie est un mal pour nous, et n'est uu bien pour personne, il est donc permis de s'en délivrer. S'il y a dans le monde une maxime évidente et certaine , je pense que c'est celle-là ; et si l'ou venolt à bout de la renverser , il n'y a point d'action humaine dont on ne pût laii'c un crime.

Que disent là- dessus nos sophistes? Premièrement ils regardent la vie comme une chose qui n'est pas à nous, parcequ'elle nous a été donnée: raais^ c'est précisément parcequ'elle nous a été donnée qu'elle est à nous. Dieu ne leur a-t-il pas donné deux bras? cependant quand ils craignent la gangrenrie ils s'en font couper un, et tous les deux , s'il le faut. La parité est exacte pour qui croît l'immortalité de l'ame ; car si je sacrifie mon bras à la conservation d'une chose plus précieuse, qui est mon corps , je sacrifie mon corps à la conservation d'une chose plus précieuse, qui est mon bien-être. Si tous les dons que le ciel nous a /aits sont naturellement des biens pour nous, ils ne sont que trop sujets à changer de nature ; et il y ajouta la raison pour nous apprendre à les discerner. Si cette règle ne nous autorisoit pas à choisir les uns et rejeter les antres, <]uel seroit son usage parmi les hommes?

Celte objection si peu solide, ils la retournent de mille manières. Ils regardent l'homme vivant sur la terre comme un soldai mis en faction. Dieu , «lisentils, t'a placé dans ce monde, pourrjuoi en sors-tu sans son congé? Mais toi-même, il t'a placé dans ta ville , pour(|U()i en sors-tu sans son «ongé ? I^e congé n'tst-il pas (laus le mal-ctre? Eu quelque li«'u qu'il

aS6 LA NOUVELLE IIÉLOISE.

ine place, soit dans nn corps, soit sur la terre, c'est pour y rester autant que j'y suis bien, et ponr en sortir dès que j'y suis mal. Voilà la voix de la nature et la voix de Dieu. Il faut attendre Tordre, j'en conviens ; mais quand je meurs naturellement, Dieu ne m'ordonne pas de quitter la vie, il me l'ôte: c'est en nie la rendant insupportable qu'il m'ordonne de la quitter. Dans le premier cas , je résiste de toute ma force : dans le second, j'ai le mérite d'obéir.

Concevez-vous qu'il y ait des gens assez injustes pour taxer la mort volontaire de rébellion contre la Providence, comme si Ion vouloit se soustraire à «es lois? Ce n'est point pour s'v soustraire qu'on cesse de vivre , c'est pour les exéctrter. Quoi .' Dieu n'a-t-il de pouvoir qtie sur mon corps.' est-il quelque lieu daus l'univers où quelque être existant ne soit pas sous sa main.'* et agira-t-il moins immédiatement sur moi quand ma substance épurée sera plus . une, et plus semblable à la sienne.-* Non, sa justice et sa bonté font mon espoir; et, si je croyois que la mort pût me soustraire à sa puissance, je ne vouilrois plus mourir.

C'est un des sophismes do Phédon , rempli d'ailleurs de vérités sublimes. Si ton esclave se tnoit, dit Socrateà Cebès, ne le pnnirois-tupas, s'ilt'étoit possible, pour l'avoir injustement privé de ton liien."* Bon Sorrate, que nous dites-vous.^ N'apparlient-on plus à Dieu quand on est mort.** Ce n'est point cela du tout , mais il falloit dire : si tu charges ton esclave d'un vêtement qui le gêne dans le service qu'il te doit, le puuiras-tu d'avoir quitté cet

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