‹ JulieChapitre 189 sur 200 · XXII. RÉPONSE · texte numérisé non relu

XXII. RÉPONSE

J F. u N E homme , un aveugle transport t'égare : sois plus discret , ne conseille point en demandant conseil : j'ai connu d'autres maux que les tiens. J'ai 1 arpe ferme ; je suis Anglais. Je sais mourir, car je 6,'iis vivre, souffrir en homme. J'ai vu la mort de prés, et la regarde avec trop d'indifférence pour l'aller chercher. Parlons de toi.

Il est vrai , tu m'étois nécessaire : mon ame avoit besoin de la tienne; tes soins pouvoient m'étre utiles; ta raison pouvoit m' éclairer dans la plus import.inte affaire de ma vie ; si je ne m'en sers point , à qui l'en prends-tu ? Où est-elle ? qu'est-elle devenue ? que peux -tu faire? à quoi es- tu bon dans l'état où te voilà? quels services puis-jc «'spériT de toi? Une douleur insensée te rend slupidc et impitoyable: tu

2,8 LA ISOUVELLE HÉLOISË.

nt-s pas un homme, lu n'es riea; et si je ue regardois à ce que tu peux être, tel que tu es, je ue vois rien dans le monde au-dessous de toi.

Je n'en veux pour preuve que ta lettre même. Antrefois je trouvois en loi du sens, de la vérité ; tes sentiments éloient droits, tapensois juste, et je ne t'aimois pas seulement par f[ont, mais par choix, comme uu moyen de plus pour moi de cultiver la sagesse. Qu'ai-je trouvé maintenant dans les raisonnements de cette lettre dont tu parois si conteni ? Un misérable et perpétuel sophisme, qui, dans 1 égarement de ta raison, marque celui de ton cœur, et que je né daignerois pas même relever si je n'avois pil'lé de ton délire»

Pour renverser tout cela d'an mot, je ne veux te demander qu'une seule chose : Toi qui crois Dieu existant , l'ame immortelle, et la liberté de l'homme, tu ne penses pas, sans doute, qu'un être intelligent reçoive un corps et soit placé sur la terre au hasard seulement pour vivre, souffrir, et mourir? il y a Lien peut-être à la vie humaine un but , une fin , un objet moral? Je te prie de me répondre clairement sur ce point; après quoi nous reprendrons pied-àpicd ta lettre, et tu rougiras de l'avoir écrite.

Mais laissons les maximes générales, dont on fait souvent beaucoup de bruit sans jamais en suivre aucune; car il se trouve toujours dans l'application quelque condition particulière qui change tellement l'clat des cho.ses , que chacun se croit dispensé d'obéir à la règle qu'il prescrit aux autres; et l'on sait Lieij que tout homme oui pose des maximes gcnc-

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