‹ JulieChapitre 191 sur 200 · TROISIEME PARTIE. 3oi · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. 3oi

ta dois cherclier à ne plus souffrir. Voyons s'il est besoin de mourir pour cela.

Considère un moment le progrès naturel des maux de Tame directement opposé au progrès des maux da corps , comme les deux substances sont opposées par leur nature. Ceux-ci s'invéterent , s'empirent en vieillissant, et détruisent enfin cette machine mortelle. Les autres, au contraire, altérations externes et passagères d'un être immortel et simple, s'effacent insensiblement et le laissent dans sa forme originelle que rien ne sauroit changer. La tristesse, l'ennui , les regrets , le désespoir , sont des douleurs peu durables qui ne s'enracinent jamais dans l'ame ; et l'expérience dément toujours ce sentiment d'amertume qui nous fait regarder nos peines comme éternelles. Je dirai plus: je ne puis croire que les vices qui nous corrompent nous soient plus inhérents que nos chagrins ; non seulement je pense qu'ils périssent avec le corps qui les occasionne, mais je ne doute pas qu'une plus longue vie ne pût iuffire pour corriger les hommes, et que plusieurs ùecles de jeunesse ne nous apprissent qu'il n'y a ien de meilleur que la vertu.

Quoi qu'il en soit, puisque la plupart de no» naox physiques ne font qu'augmenter sans cesse, le violentes douleurs du corps, quand elles sont ncnrables, peuvent autoriser un homme à disposer !e lux; car tontes ses facultés étant aliénées par .'a iouleur, et le mal étant sans remède, il n'a plus l'iiage ni de sa volonté ni de sa raison : il cesse d'êrro ommc avjint de mourir, et ne fait en s'ôtant la vie

HOUV. HÉLOÏSE. 2. 2^

3o2 LA NOUVELLE HÉLOISE.

qu'achever de quitter un corps qui l'embarrasse et où soa ame n'est déjà plus.

Mais il n'en est pas ainsi des douleurs de l'ame, qui, pour vives qu'elles soient, portent toujours leur remède avec elles. En effet, qu'est-ce qui rend nn mal quelconf|ue intolérable? c'est sa durée. Les opérations de la chirurgie sont communément b'eaucoup plus cruelles que les souffrances qu'elles guérissent ; mais la douleur du mal est permanente, celle de l'opération passagère, et l'on préfère cflleci, Qu'est-il donc besoin d'opération pour <ies douleurs qu'éteint leur propre durée, qui seule les rendroit insupportables? Est-il raisonnable d'appliquer d'aussi violents remèdes aux mauii qui s'effacent d'eux-mêmes? Pour qui fait cas de la constance <'t n'estime les ans quele peu qu'ils valent, de deux moyens de se délivrer des mêmes souffrances , lequel doit être préféré de la mort ou du temps? At- ^" tends, et tu seras guéri. Que demandes -tu davan- f tage? I

Ah ! c'est ce qui redouble mes peines de songer ^; qu'elles finiront? Vain sophisme de la douleur; bon ^ mot sans raison, sans justesse, et "peut -être sans I bonne foi. Quel absurde motif de désespoir que l'es- I poir de terminer sa misère (i).' Même en supposant J ce bizarre sentiment , qui n'aimeroit mieux aigrir

(i) ISon , mylord , ou uc tormiue pas ;iiusi sa misère , . on y met le comble; ou rompt les derniers nœuds qui t nous attaciioient an boulieur. En regrettant ce qui nous fut cher, on tient encore à l'objet de sa douleur par .sa • douleur même , et cet ctat est moins affreux que de i;^ *^mr plus à rien. i

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