PREMIERE PARTIE
ne peut plus s'ef/acer. Une faveur !... c'est un tourment horrible... Non, garde tes baisers, je ne les i»aurois supporter... ils sont trop acres, trop pénétrants; ils percent, ils brûleiit jusrju'à la moelle... ils me rendroient furieux. Un seul , un seul m'a jeté dans un égarement dont je ne puis plus revenir. .Te ne suis plus le même , et ne te vois plus la même. Jane te vois plus comme autrefois réprimante et sé^'ere ; mais je te sens et te touche sans cesse unie à mon sein comme tu fus un instant. O .lulie! quelque sort que m'annonce un transport dont je ne suis plus maître, quelque traitement (jue ta rigueur me destine, je ne puis plus vivre dans l'état où je suis, et je sens qu'il faut enfin que j'expire à tes pieds... on dans tes bras.
.Il est important , mon ami, que nous nous séparions pour quelque temps , et c'est ici la première épreuve de l'obéissance (jue vous m'avez promise. Si je l'exige en cette occasion, crovez que j'en ai des raisons 1res fortes: il faut bien, et vous le savez trop , que j'en aie pour m'y résoudre ; quant à TOUS , vous n'en avez pas besoin d'autre que ma volonté.
Il y a long-temps que vous avez un voyage à faire en Valais, .lo voudrois que vous pussiez l'eutn-prendre à présent (|u'il ne fait pas encore froid. Quoique l'automne soit encore agréable ici, vous voyez déjà
XTOLY. UÉLOISE. I. 8
Sr, LA NOUVELLE HÉ LOI SE.
bl.inchir la pointe île la Dent-de-Jamant (i ) .et dan» SIX seni.Tincs je ne vous laisserois pas faire ce voyage dans un pays si rude. Tâchez donc de partir dès demain : vous m'écrirez, à l'adresse que je vous envoie, et vous m'enverrez la vôtre quand vous serez arrivé l\ Sion.
Vous n'avez, jamais voulu me parler de létal de vos affaires ; mais vous n'êtes pas ilans votre patrie ; je sais que vous v avez peu de fortune, et que vous ne faites que la déranger ici, où' vous ne resteriez pas sans moi. Je puis donc supposer qu'une partie de votre bourse est tlaus la mienne , et je vous envoie un léger à-coraptc dans cflle. que renferme cette boîte qu'il ne faut pas ouvrir devant le porteur. Je n'ai garde d'aller au-devant des difficultés, je vous estime trop pour vous croire capable d'en faire.
Je vous défends , non seulement de retourner sans mon ordre , mais de venir nous dire adieu. Vous pouvez écrire à ma mère ou à nioÀ , .simplement pour nous avertir que vous êtes forcé de partir sur-lechamp pour une affaire imprévue , et me donner, si vous voulez, quelques avis sur mes lectures jusqu'à votre retour. Tout cela doit être fait naturellement et .sans ;uicune apparence de mystère. Adieu , mon ami ; n'oubliez, pas que vous emportez le cœur et le repos de .Tulie.
(i) Bautc montagne du pays de Vaud.
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