PREMIERE PARTIE
wu'as-tu fait, ah! qu'as- tu fait, ma Julie? tu voulois me récompenser, et tu m'as perdu. Je suis ivre, ou plutôt insensé. Mes sens sont altérés, toutes mes facultés sont tiouLlées par ce baiser mortel. Tu voulois soulager mes maux! Cruelle! tu les aigris. C'est du poison que j'ai cueilli sur tes lèvres ; il iermente, il embrase mon sang; il me tue; et ta piliû lue fait mourir.
O souvenir immortel de cet instant d'illusion, de délire et d'enchantement, jamais, jamais tu ne ■'effaceras de mon ame; et, tant que les charmes de Julie y seront gravés , tant que ce cœur agité me fournira des sentiments et des .soupirs, tu seras le •upplice et le bonheur de ma vie.
Jfélas! je jouissois d'une apparente tranrjuillilé ; .soumis à te» volontés suprêmes, je ne murmurois plus d'un sort auquel tu daignois présider. J'avois domté les fougueuses saillies d'une imaj^ination téméraire ; j'avois couvert mes regards d'un voile , et mis une entrave à mon cœur; mes désirs n'osoieut j)lus s'échapper qu'à demi ; j'étois aussi content (jne je pouvois rétre. Je reçois ton billet , je vole chrz ta cousine; nous nous rendons à Clarens , je t'npjierçois, et mou sein palpite; le doux son de ta voix y porte une agitation nouvelle ; je t'aborde comme transporté, et j'avois grand besoin de la diversion de ta cousine j)our cacher nmn t rouble à ta mrrc.
84 LA IS O i: V E L L E II E L O I S E. On parcourt le jardin, l'on dîne tranquillement, tu me rends en secret la leltre que je n'ose lire devant ce redoutable témoin ; le soleil commence à baisser, nous fuyons tous trois dans le bois le reste de ses rayons, et ma paisihle simplicité n'imaginoit pas même un état plus doux que le mien.
En approchant du bosquet j'apperçu*, non sans nne émotion secrète, vos signeS d'intelligence, vos sonrires mutuels, et le coloris de tes joues prendre un nouvel éclat. Kn y entrant je vis avec surprise ta cousine s'approcher de moi, et, d'un air plaisamment suppliant, me demander un baiser. Sans riea comprendre à ce mystère, j'embrassai cette charmante amie ; et, toute aimable, toutepiquantequ'cUe est, je ne connus jamais mieux que les sensations ne sont rien que ce que le cœur les fait être. Mais que devins-je un moment après quand je sentis... la main me tremble. . . un doux frémissement. . . ta bouche de roses... la bouche de .lulie. .. se poser, se*presser sur la mienne, et mou corps serré dars tes bras.'* ]Non, le leu du ciel n'est pas plus vifui plus ])rompt rjue celui qui vint à l'instant m'embraser. Toutes les parties de moi-nif'rae se rasscmbhrent sous ce toucher délicieux. Le feu s'exbaloit avec nos soupirs de nos lèvres brùlintes , et mon ccjrur se mouroit sous le poids tle la volupté. . . quand tont-à-coup je te vis pâlir, fermer tes beaux yeuX , t'appuyer sur ta cousine , ol tomber en défaillance. Ainsi la fravenr éteignit le plaisir, et mon bonheur ne fut qu'un éclair.
A peine sais-jr ce qui m'est arrivé depuis ce fatal moment. L'impression profonde que j'ai reçue