DE LA
N. Voilà votre manuscrit; je l'ai la tout entier.
R. Tout entier? J'entends : vous comptez sur peu d'imitateurs.
N. yelduo, 'velnemo.
R. Turpe et miserabile. Mais je veux un jugement positif.
N. .le n'ose.
R. Tout est osé par ce seul mot. Expliquez-vous.
N. Mon jugement dépend de la réponse que vous m' allez faire. Cette correspondance est -elle réelle, ou si c'est une fiction?
"R. Je ne vois point la conséquence. Pour dire si un livre est bon ou mauvais, qu'importe de savoir comment on l'a fait?
N. Il importe beaucoup pour celui-ci. Un portrait a toujours son prix, pourvu qu'il ressemble, quelque ctranpc (jue soit l'original. Mais dans un tableau d'imagiuation toute figure bumaine doit avoir les traits communs à rbouime, ou le tableau ne vaut rien. Tous deux supposés bons, il reste encore cette différence, que le portrait intéresse peu de gens ; le taliban seul peut plaire au public.
R. Je vous suis. Si ces lettres sont des portrait», ils n'intéressent point; si ce sont des tableaux, il» imitent mal. N'est-ce pas cela?
N. Précisément.
lo SECONDE
R. Ainsi j'arracberai toutes vos réponses avant que vous m'ayez répondu. Au reste, comme je ne puis satisfaire à votre question , il faut vous en passer pour résoudre la mienne. Mettez la chose an pis: ma .lulie. . .
N. Oh ! si elle avoit existé !
R. Hé Lien?
N. Mais sûrement ce n'est qu'une fiction.
R. Supposez.
N. En ce cas, je ne rcnnois rien de si maussade. Ces lettres ne sont point des lettres ; ce roman n'est point un roman : les personnages sont des gens de 1 autre monde.
R. .7 'eu suis fâche pour celui-ci.
N. Consolez -vous; les fous n'y manquent pas lion plus : mais les vôtres ne sont pas dans la nature.
R. Je pourrois... INou, je vois le détour que prend, votre curiosité. Pourquoi décidez-vous ainsi ? Savez-vous jus:|u'où les hommes diff<'rent les uns des autres; combien les caractères sont opposés; combien les mœurs, les prijugcs, varient selon les temps, les lieux, les àij;e.s.'' Qui est-ce «jui ose assigner des bornes précises à la nature, et dire : Voilà jusqu'oïl l'homme peut aller, et pas au-delà .**
N. Avec ce beau raisonnement les monstres inouïs, les {(éanfs. les pvgmées, 1rs cluinerrsde tou'e espèce, tout pourroit être admis specilif|uemcnt dans la nature, tout seroit défigure; nous n'aurions })!us de modèle commun, .le le répète, dans les tableaux de riiuiuanité chacun doit reconnoilre riioinme.
R. .l'eu conviens, pourvu qu'on sache aussi discerner ce qui fait les varii-tés de ce qui est essentiel à l'espèce. Que diriez-vous de ceux qui ne reconuoi- Iroient la nôtre quf dans un habit à U française.^
N. Que diriez- vou» de celui qui, sans exprimer
ni traits ni taille, voudroit peindre une figure humaine avec un voile pour vêtement? N'auroit-oa pas droit de lui demander où est l'homme ?
R. Ni traits ni taille ! Etes-vous juste? Point de gens parfaits, voilà la chimère. Une jeune fille of^ fensant la vertu qu'elle aime , et ramenée au devoir par l'horreur d'un plus grand crime ; une amie trop facile, punie enfin par son propre cœur de l'excès de son indulgence; un jeune homme honnête et sensible, plein de foihlesse et de beaux discours; un vieux gentilhomme entêté de sa noblesse, sacrifiant tout à l'opinion ; un Anglois généreux et bravo, toujours passionné par sagesse, toujours raisonnant sans raison. . .
N. Un mari débonnaire et hospitalier, empressé d'établir dans sa maison l'ancien amant de sa /emme. . .
R. .Te vous renvoie à l'inscription de l'estampe,
N. Les belles âmes ! . . . Le beau mot !
R. O j)hilosophie ! combien tu prends de peine à rétrécir les cœurs, à rendre les liommes petits ! • N. L'esprit romanesque les agrandit et les iroinpe. Mais revenons. Les deux amies?... Qu'eu ditesvous ? . . . Et cette conversion subite au temple ? . . . La grâce , sans doute ? . . .
R. Monsieur. . .
N. Une femme chrétienne, une dévote qui n'apprend point le catéchisme à ses enfants; qui meurt sans vouloir prier Dieu; dont la mort cependant édifie un pasteur, et convertit un athée. . . Oh ! . . .
R. Monsieur. . .
N. Quant à 1 intérêt, il est pour tout le monde , il est nul. Pas une mauvaise action, pas un méchant homme qui fasse craindre pour les bons ; des événements si naturels, si simples, qu'ils le sont trop; rien d'inopiné, point de coup de théâtre : tout est
la SECONDE
prévu lonp-tcmps d'avance , tout arrive comme il est prévu. Est-ce la peine de tenir registre de ce que chacun peut voir tons les jours dans sa maison ua dans celle de son voisin ?
R. C'est-à-dire qu'il vous faut des hommrs communs et des événements rares : je crois que j'aimrrois mieux le contraire. D'ailleurs, vous jugez ce que vous avez lu comme un roman, ('e n'en est point un ; vous lavez dit vous-même. C'est un recueil de lettres. . .
N. Qui ne sort point des lettres; je crois l'avoir dit aussi. Quel stvle épistolaire! qu'il est guindé! que d'exclamations ! que dappr-'ls ! (]uellc «mphase pour ne dire que d<*s choses communes ! quelsgrands mots pour de petits raisonnements! Rarement du sens, de la justesse; jamais ni iincssc, ni lorce , ni profondeur. Une diction toujours dans les nues, «t des pensées qui rampent toujours. Si vos personnaj^es sont dans la nature, avouez que leur ityle est peu naturel.
R. Je conviens que , dans le point de vue où vous «tes, il doit vous paroitre ainsi.
N. Comptez-vous quele j)nhlic le verra d'un autre œil.-* et n'est-ce pas mon jugement que vous demandez ?
R . C'est pour l'avoir plus au long que j e vous réplique. Je vois que vous aimeriez mieux des lettres laites pour être imprimées.
N. Ce souhait paroît as.<^ez bien fondé pour celles qu'on donne à l'impression.
R. On ne verra donc jamais les hommes dars les livres que comme ils veulent s'y montrer.
N. L'auteur comme il veut s'y montrer; ceux qu'il dépeint tels qu'ils sont. Mais cet avantage manque encore ici. Pas un portrait vigonrensenient
PRÉ.KACE. ,3
peint, pas un caractere~assez Lien marqué, nulle observation solide, aucune connoissance du monde Qu apprend-on dans la petite sphère de deux ou trois amants ou amis toujours occupés d'eux seuls ^ K. On apprend à aimer l'humanité. Dans Ici grandes sociétés on n'apprend qu'à ha.r les hommes. Votre jugement est sévère; celui du public doit 1 être encore plus. Sans le taxer d'injustice, je veux vous dire a mou tour de quel œil je vois ces lettres , moins pour excuser les défauts que vous y blâmez que pour en trouver la source. "'
Dans la retraite on a d'autres manières de voir et de sentir que dans le commerce du monde; les passions autrement modifiées ont aussi d'autres expressions : l.magination toujours frappée des mêmes objets s en afiecte plus vivement. Ce petit nombre d images revient toujours, se mêle à toutes les idées et leur donne ce tour bizarre et peu varié qu'on remarque dans les discours des solitaires. S'ensnit-il delà que leur langage soit fort énergique .^ l'oint du tout; il n est qu'extraordinaire. Ce n'est qu. dans le monde qu on apprend à parL-r avec énergie. Pre luierement, parcequ'il faut toujours dire autrement et mieux que les autres , et puisque, forcé d'af/irmer a chaque instant ce qu'on ne croit pis, d'exprimer des sentiments qu'on n'a point, on cherche à donner a ce qu'on dit un tour pers'u-.sif qui .supplée a la persuas.o.nnt.rieure. Crovez-vous que les gens vra.uient passionnés aient ces manières de parler Vives, fortes, coloriées, que vous admirez dans vos drames et dans vos roman-.? Non; la passion , pleine a elle-même, s'exprime avec plus dal.ondance que ae torce ; elle ne songe pas même à persuader ; elle
ne soupçonne pas qu'on puisse douter d'elle. Quand elle dit ce qu'elle sent, c'est moins pour l'exposer Noirv. iii't.oisf. I
aux autres qnc pour se soulager. On peint plus -rivcnient l'anionr dijus 1rs grandes villes; l'y sent-ou mieux que dans les hiimeanx?
N. C'est-i!-dire que la foiblesse du langage prouve la force du sentiment.
R. Quelquefois du moins elle en montre la venté. Lisez une lettre d'amour faite par un auteur dans son cabinet , par un bel esprit qui veut briller ; pour peji qu'il ait de feu dans la tète, sa plume va, comme on dit, brûler le papier; la cbaleur n'ira pas plu» loin : vous serez encbantc, même agité pent-ttre, mais d'une agitation passagère et secbe, qui ne vous laissera que des mots pour tout souvenir. An contraire, une lettre que l'amour a réellement dictre, une lettre d'un amant vraiment passionné, .sera làcbe, diffnse, toute en longueurs, en désordre, eu répétitions. Son cœur, plein d'un sentiment qui déborde, redit toujours la même chose, et n'a jamais achevé de dire, comme une source vive qui coule sans cesse et ne s'épuise jamais. Rien de saillant, rien de remarquable; on ne retient ni mots, ni tours, ni phrases; on n'admire rien, l'on n'e>t frappé de rien. Cependant on se sent i'ame attendrie; ou se sent ému sans savoir pourquoi. Si la force du sentiment ne nous frappe pas, sa vérité, nous touche; et c'est ainsi que le cœur sait parler au cœur. Mais ceux (jui ne sentent rien, ceux qui n'ont r|ue le jargon paré des passions, ne connoissent point ces sortes de beautés, et les méprisent.
N. .l'entends.
R. Fort Lien. Dans celte dernière espèce de lettres, si les pensées sont communes, le style pourtant n'est p;is familier, etnedoil pas l'être. L'amour n'est (ju'illusiou ; il se fait, ])our ainsi dire , un autre univers; il s'entoure d'objets qui ne sont point , ou auxquels lui seul a donné l'être; et, comme il
rend tous ses sentiments en images, son lanr^a're est toujoars figuré. Mais ces figures sont sans Justesse et sans suite ; son éloquence est dans son desordre; il prouve d'autant plus qu'il raisonne moins. L'en' thousiasme est le dernier degré de la passion. Quand elle est à son comble, elle voit son objet parfait 4 elle en fait alors son idole ; elle le place dans le ciel ] et, comme l'enthousiasme de la dévotion emprunte le langage de l'.iraour, l'enthousiasme de l'amour emprunte aussi le langage de la dévotion. Il ne voit plus que le paradis , les anges, les vertus des saints, les délices du séjour céleste. Dans ces transports, entouré de si hautes images, en parlera-t-il en termes rampants.? se résoudra-t-il d'abaisser, d'avilir ses idées par des expressions vulgaires.? n'élevera-t-il pas son style.? ne lui donnera-t-il pas de la noblesse, de la dignité.? Que parle/.-vous de lettres, de style epistf)laire.? en écrivant à ce quon aime il est bien question de cela ; ce ne sont plus des lettres que l'on écrit, ce sont des hymnes.
N. Citoyen, voyons votre pouls.?
• R. Non , voyez l'hiver sur ma tête. Il est un n^e pour l'expérience, un autre pour le souvenir rie sentiment s'éteint à la fin ; mais l'aine sensible demeure toujours.
.le reviens à nos lettres. Si vous les lisez comme l'ouvrage d'un auteur qui veut plaire ou qui se pique d écrire, elles sont détestables. Mais prenez-les pour ce qu'elles sont, et jugez-les dans leur espèce. Deux ou trois jeunes gens simples, mais sensibles, s'eutret.enncnt entre eux des intérêts de leurs cœurs; ils ne songent point à briller aux veux les uns des autres : ils se connoissent et s'aiment trop mutuell.ment pour que l'amour-propre ait pins ncn à /aire entre eux. Ils sont enfants , penseront-ils en homme».? ils sont étrangers, ccrirout-iU correctement .>
i6 SECONDE
ils sont solitaires, connoîtrout-ils le luoude et la société? Pleins du seul sentiment qui les occupe, ils sout dans le délire, et pensent philosopher. A'cmlez-vous qu'ils sachent observer, juger, réfléchir? Ils ne savent rien de tout cela: ils savent aimer; ils r;ipj)orlent tout à leur passion. L'imporîance qu'ils donnent à leurs folles idées est-elle moins amusante que tout l'esjirit qu'ils pourroient étaler? lis parlent de tout ; ils se trompent sur tont ; ils ne font rien connoitrc qu'eux : mais en se faisant connoitre ils se font aimer; leurs erreurs valent mieux que le savoir des sai;es ; leurs cœurs honnêtes portent par-tout, jusque dans leurs fautes, les préjuges de la vertu toujours conlîante et toujours trahie. Rien ne les entend, rien ne leur répond , tout les détrompe. Ils se refusent aux vérités décourageantes: ne trouvant nulle part ce (ju'ils sentent, ils se replient -sur eux-mèuies ; ils se détachent du reste de l'univers, et, créant entre eux un petit monde différent du nôtre, ils y forment un spectacle véritahlement nouveau.
TV. .Je conviens (|u'un homme de vingt ans et des (ilUs de dix-huit ne doivent pas, quoique instruits, parler en philosophes, même en pensant l'être ; j avoue encore , et cette différence ne m'a pas échappé , qne ces filles deviennent des femmes de mérite , et ce jeune homme un meilleur ohservateur. Je ne fais point de cf»n>paraison entre le commencement et la lin «le l'ouvriige. Les détails de la vie domestique eliacent les faules du premier âge ; la chaste épouse, la femme sensée, la digne mère de famille, font oublier la coupable amante : mais cela même est un sujet de critujue, la fin du recueil rend le commencement d'aulanl jilus reprrhensible ; on diroit rpie ce sont deux livres difiérents que les mêmes personnes ne doivent pas lire. Ayant à montrer dcj
P Te É FA CE. 17
pens raisonnables, pourquoi les prendre avant qu'ils le soient devenus? les jeux d'enfants qui précèdent les leçons de la sagesse empêchent de les attendre ; le mal scandalise avant que le Lien puisse édifier ; enfin le lecteur indigné se rebute , et quitte le livre au moment d'en tirer du profit.
R. .Te pense au contraire que la fin de ce recueil seroit superflue aux lecteurs rebutés du commencement , et que ce même commencement doit être agréable à ceux pour qui la fin peut être utile. Ainsi ceux qui n'achèveront pas le livre ne perdront rien , puisqu'il ne leur est pas propre ; et ceux qui peuvent en profiter ne l'auroient pas lu s'il eût commencé plus gravement. Pour rendre utile ce qu'on veut dira f il faut d'abord se faire écouter de ceux qui doivent en faire usage.
J'ai changé de moyen , mais non pas d'objet. Quand j'ai tâché de parler aux hommes on ne m'a jioiut entendu ; peut-être on parlant aux enfants me ferai-je mieux entendre ; et les enfants ne goijtent pas mieux la raisou nue que les remèdes mal déguisés :
Cosi air ef;ro fanciul povgiarao aspersi I)i soave licor gl' orii dei v;iso ; Succlii amari ingajmato in tjinto ei beve , E dali' inganno sno vita riceve.
N. .l'ai peur que vous ne vous trompiez encore ; ils suceront les bords du vase , et ne boiront point la liquenr.
R. Alors ce ne sera plus ma faute ; j'aurai fait de mon mieux pour la faire passer.
Mes jeunes gens sont aimables; mais, pour les aimer à trente ans, il faut les avoir connus à vingt : il faut avoir vécu long-temps avec eux ])()ur s'y plaire ; et ce n'est qu après avoir dêjïbiré leurs fautes
iR S h C ON DE
qii on vient à goûter leurs vertus. Leurs lettres n'intéressent pas tont d'un coup ; mais peu-à-peu elles attachent : on ne peut ni les prendre ni les f|uilter. La prace et la félicite n'y sontpas^ ni la raison., ni l'esprit, ni l'éloquence; le sonlinient V est ; il se couiniunicjuc ;iu cœnr par degrés, et Ini seul à la fin supplée à tout: c'est une longue roniaiice, dont les couplets pris ô part n'ont rien qni tt)ui'lie , mais dont la suiie produit à la fin son effet. Voilà ce que j'éprouve en les lisant: dites-moi si vous sentez la même chose.
N. Non. .le conçois pourtant cet effet par rapport à vous : si vous êtes l'auteur , l'effet est tout simple ; si vous ne l'êtes pas, je le conçois encore. Un homme qui vit dans le momie ne peut s'accoutumer aux idées extravagantes, :iu pathos affecte, au dt raisonnement continuel de vos bonnes gens; un solitaire peut les goûter: vous en avez dit la raison vousmême. Mais, tlvant que de publier ce manuscrit, .songez que le public Ttest pas composé d'hermite^. Tout ce qui pourroit arriver de plus heureux seroit • |u'on prit votre pelit boM-liomme pour un (iéladon , votre Edouard pour un don Quichotte, vos cailletes pour deuxAstrées,et qu'on s'en amusât comme d'autant de vrais fous. IVlais les longues folies n'amusent guère : il faut éeriie comme Cervantes pour faire lire six volumes de visions.
K. La raison qui vous iVroit supprimer cet ouvrage m'encourage à le publier.
N. Quoi ! la certitude de n'être jtoint lu?
R. Un peu de patience, et vous al lez m'entendre.
Kn matière de morale, il n'v a point , selon moi, de lecture utile aux gens du monde. Premièrement, parceqiic la multitude des livres nouveaux qu'il* parcourent , et qni di.sent tour-à-tour le pour et le contre, détruit l'effet de l'un jiar l'antre, et reud le
tout comme non avenu. Les livres choisis qu'on relit ne font point d'effet encore : s'ils soutiennent les maximes du monde, ils sont superflus ; et s'ils les combattent, ils sont inutiles: ils trouvent ceux qui les lisent liés aux vices de la société par des chaînes qu'ils ne peuvent rompre. L'homme du monde qui veut remuer un instant son ame pour la remettre dans l'ordre moral, trouvant de toutes parts une résistance invincible, est toujours forcé de c^arder ou reprendre sa première situation. Je suis persuadé qu'il y a peu de gens bien nés qui n'aient fait cet essai du moins une fois en leur vie; mais, bientôt décourajîé dun vain effort, on ne le répète plus , et l'on s'accounime à rej^arder la morale des livres comme un babil de gens oisifs. Plus on s'éloigne des affaires, des grandes vjUes , des noTnbreuses sociétés, plus les obstacles diminuent : il est un terme oii ces obstacles ressent d'être invincibles, et c'est alors que les livres peuvent avoir quebjue utilité. Quand on vit isolé, comme on ne se hâte pas de lire pour faire parade de ses lectures, <\n les varie moins, on les médite davantage; et, comme elles ne trouvent pas un si grand contrepoids an dehors, elles font bean^'up plus d'effet au-dedan». L'ennui, ce iiéau de la solitude aussibien que du grand monde, force de recourir aux livres amusants, seule ressource de qui vit seul et n'en a pas eu lui-même. On lit beaucoup plus de romans dans les provinces qu'à Paris, on en lit j)lus dans les campagnes rpie dans les villes, et ils y font beaucoup plus d'impression: vous voyez pourquoi < ela doit èlre.
Mais ces livres, qui pourroient servir à-la-fois d'amnsement,d'instriu;tiou, de consolation, au camf>agnard , m illicnreux .««enlement parcequil pense l'être, ne semblent Init.s au «-oulraire que pour le
ao S E C O N D E
rebuter «Je son état, ea éteudant et fortifiant le préjugé rjui le lai rend méprisable : les gens du bel air, les femmes à la mode, les grands, les militaires ; voil;i les .icteurs de fous vos romans. Le raf/inemeiit du goùl des villes, les uia\imcs de la cour, 1 appareil du lu\e,la morale épiruri^'nne; voilà les leçons <|u'ils prêchent, el les préceptes qu'ils donnent. Le coloris de leurs fausses vertus ternit l'éclat des véritables; le manège ties procèdes est substitué aux devf)irs réels; les beaux discours font dédaigner les belles actions ; el la simplicité des bonnes mœurs passe pour grossicrelé.
Quel eUct produiront de pareils tableaux sur un gentilhomme de campagne qui voit railler la franchise avec la'iuelle il reçoit ses hôtes, et traiter de Lrutale orgie la joie f|u'il iait régner dans son canton ? sur sa femiue.qui appreml f|ue l»-» soins d'une mère de famille sont au-de^^soas des dames de son raugPsur sa fille, à qui les airs contournés et le jar^^'on de la ville font dédaigner l' honnête et rusti^jue voisin fju'elle'eùt épouse? Tous de coiicert , ne voulant plus être de*» manants, se de;oiitent de leur village, abandonnent leurvieuv château , qui bientôt devient masure, et vont dans la cajtitale, où le père , avec sa croix de S. Louis , de seigneur cju'il t'toit, devient valet, ou chev;ilier d'industrie: la inere établit un 'i»-<'lan ; la fille attire les joueurs ; et souvent lous trois, après avoir mené une vie infâme, meurent de misère et déshonorés.
Les auteurs, les gens de lettres, les philosophes, ne cessent de crier que, pour remplir ses devoirs de citovcn, pour servir Fc» semblables, il faut habiter les grandes villes. Selon eux, fuir Paris, c'est haïr Je genre humain ; le jieuple de la campagne est nal à leurs yeux: à les eutendre ou croiroit qu'il n'y o
4es hommes qu'où il y a des pensions, des académies , et des dîners.
De proche en proche la même pente entraîne tous les états : les contes, les romans, les pièces de théâtre, tout lire sur les provinciaux; tout tourne en dérision la simplicité des mœurs rustiques ; tout ])rêche les manières et les plaisirs du grand monde : c'est une honte de ne les pas couuoître ; c'est un malheur de ne les pas ffoùter. Qui sait de combien de filous et de filles publiques l'attrait de ces plaisirs imaginaires peuple Paris de jour en jour? Ainsi lies préjugés et l'opinion, renforçant l'effet des systèmes politiques, amoncellent, entassent les habitants de chaque pays sur quelques points du territoire, laissaut tout le resle eu friche et désert : ainsi , pour faire briller les capitales, se dépeuplent les nations; et ce frivole éclat, qui frappe les yeux des sots, fait courir l'Europe à grands pas vers sa ruine. Il importe au bonheur des hommes qu'on tâche d'arr.Her ce torrent de maximes empoisonnées : c'est le mt lier des prédicateurs de nous crier, Soyez bons et^sapeSy sans beaucoup s'inquiéter du succès de leurs discours ; le citoyen qui s'en inquiète ne doit point nous crier sottement , iSoyez hons, mais nous faire aimer l'état qui nous porte à l'être.
N. Un moment ; reprenez haleine, .l'aime les vues utiles; et je vous ai si bien suivi dans celle-ci que je crois pouvoir pérorer pour vous.
Il est clair, selon votre raisonnement, que, pour iloniier aux ouvraj^es d'imagination la seule utilité qu'ils puissent avoir, il faudroil les diriger vers nu but (>ppf>sé à celui que leurs auteurs se proposent; éloigner toutes les choses d'institution ; ramener tout ù la nature ; donner aux hoinnies l'umonr d'une vie éjale et simple; les guérir des fantaisies de l'opi-
uion; leur rendre le goût des vrais plaisirs; leur faire aimer 1;» solitade et la paix; les tenir à quelques distances les uns des autres; et, au lieu de les exciter à s'entasser ilans les villes , les porter à .s'étendre également sur le territoire pour le vivifier de toutes parts. Je comprends encore qu'il ne s'agit })as de faire desDaphuis, des Sylvandres, des pasteurs d'Arcadie, des bt-rgers du Lignoo, d'illustres paysans cultivant leurs cliamps de leurs propres mains et piiilosopliaut sur la nature, ni d'autres pareils êtres romanesques, qui ne peuvent exister que dans les livres; mais de montrer aux gens aisés que la vie rusti'jue et l'agriculture ont des ])laisirs fju'ils ne savent pas connoitre; que ces plaisirs sont moins insipides , moins grossiers qu'ils ne pensent ; qu'il y peut régner du goût, du choix, de la délicatesse ; qu'un homme de mérite qui vondroit se retirer à la campagne avec sa famille , et devenir luimême son propre fermier, v pourroit couler une A'ie aussi lioiice qu'au milieu des amusements des villes; qu'une ménagère des champs peut être une femme charmante , aussi pleine de grâces , et de grâces plus touchantes , que toutes les petites maîtresses; f|u"enfin les plus doux sentiments du cœur y peuvent animer une société plus agn-alde que le langage apprêté des cercles, où nos rires mortlants et saririr|ues sont le triste supplément de la gaieté qu on n'y connoit plus. Est-ce bien cela ?
R. C'est cela même: à quoi j'ajouterai seulement une réi'lexion. L'on se plaint que les romans troublent les têtes; je le crois bien : en montrant sans r;'sse à ceux (jui les lisent les prétendus charmes d'un état qui n'est pas le leur, ils les séduisent, ils leur font prendre leur étal en dédain , et en faire un échange imaginaire contre celui qu'où leur fait aimer. Voulant être ce qu'on n'est pas, on parvient à
•se croire autre chose que ce qu'on est, et voilà couilaeut on. devient fou. Si les romans n'offroient ù leurs lectC'ars que des tahleaux d'objets qui les environnent, que des devoirs qu'ils peuvent remplir, que des plaisirs de leur condition, les romans ne les rendroient point fous, ils les rendroient sa^jes. Il faut que les écrits faits pour les solitaires parlent la langue des solitaires : pour les instruire , il faut qu'ils leur plaisent, qu'ils les intéressent; il faut qu'ils les attachent à leur état en le leur rendant agréable. Ils doivent combattre et détruire les maximes des grandes sociétés; ils doivent les montrer fausses et méprisables, c'est-à-dire telles qu'elles sont. A tous ces litres, un roman, s'il est bien fait, au moins s'il est utile, doit être sifflé, bai, décrié parles gens à la mode, comme un livre plat, extravagant, ridicule; et voilà, monsieur, comment la folie du monde est sagesse.
N. Yotre conclusion se tire d'elle-même. On ne peut mieux, prévoir sa chute, ni s'apprêter à tomber plus (ièremeut. Il me reste une seule difilculté: les provinciaux, vou.s le savez, ne lisent (jue suv notre parole ; il né leur parvient que ce que nous leur envoyons. Un livre destiné pour les solitaires est d'abord jugé par les gens du monde; si ceux-ci le rebutent, les autres ne le lisent point. PLcpondez.
R. La réponse est facile. Vous parlez des beaux esprits de province, et moi je parle des vrais campagnards. Vous avez, vous autres qui brillez dans lu capitale, des }>réjugés dont il faut vous guérir, TOUS croyez donner le ton à toute la l''rance, et les trois quarts de la lùance ne savent pas f|ue vous exi.stez. Les livres (jui tombent ù Paris font la fortune des libraires de province.
N. Pourquoi voulez- vous les enrichir au\ dépeu» des uôtrL'S ?
R. Raillez; moi je persiste. Quand on aspire à la gloire, il faut se faire lire à Paris j quand on veut être utile, il faut se laire lire en province. Combien d'iionnètes ptns passent leur vie dans des caaipa- «(nes éloignées à cultiver le patrimoine de leur» pères, ou ils se regardent coiunie exilés par une fortune étroite! Durant les longues nuits d'hiver, déponrvus de sociétés, ils emploient la soirée à lire au coin de leur feu les livres aniusauls qui leur tombent sous la main. Dans leur simplicité grossière, ils ne se piquent ni de littérature , ni de bel esprit; ils lisent pour se désennuyer et non pour s instruire; les livres de morale et de pliilosopliie sont pour eux comme n existant pas : on eu fcroit en vain pour leur usage; ils ne leur parviendroient jamais. Cependant, loin de leur rien offrir de convenable à leur situation, vos romans ne sei-vent qu'à la leur rendre encore plus amere. Ils cbangent leur retraite en un désert afiVeux ; et, pour quelques heures de distraction qu'ils leur donnent , ils leur préparent des mois de mal-aise et de vains regrets. Pourquoi n'oserois-je supposer que, par quelque heureux hasard , ce livre , comme tafit d'autres, plus mauvais encore, pourra tomber dans les mains de ces habitants des champs, et fpie l'image des plaisirs dun état tout semblable au leur le leur rendra plus supportable.-* .l'aime à me figurer deux «poux lisant ce recueil ensemble, y puisant un nouveau cour.ige pour supporter leurs travaux communs, et peut-être de nouvelles vues pour les rendre utiles. Comment pourroient-ils y contempler le tableau d'un ménage heureux , sans vouloir imiter un si doux modèle? Comment s'attendriront -ils sur le cbarnie de l'union conjugale, même privé de celui de l'amour, sans que la leur se resserre et s'affermisse.^ En iiiiiiumi Iriir lecture, i!s ne seront lii
attristés de leur état, ni rebutés de leurs soins. Au contraire, tout semblera prendre autour d'eux une face plus riante; leurs devoirs s ennobliront à leurs yeux; ils reprendront le goût des piaisirs de la nature ; ses vrais sentiments renaîtront dans leurs cœurs ; et en voyant le bonlieur à leur portée ils apprendront à le goûter. Ils rempliront les mêmes fonctions; mais ils les rempliront aver un(; autre ame, et feront en vrais patriarches ce qu'ils faisoient en paysans.
N. Jusqu'ici tout va fort bien. Les maris , les femmes , les mères de famille... Mais les fille.s , n'en dites-vous rien.''
R. Non. Une honnête lille ne lit point de livres d'amour. Que celle qui lira celui-ci, malgré son titre, ne se plai;:ne point du mal qu'il lui aura iait : elle ment. Le mal étoit fait d'avance ; elle n'a plus rien à risquer.
N. A merveille! Auteurs erotiques, venez à l'école ; vous voilà tous justiliés.
R. Oui , s'ils le sont par leur propre cœur et par l'objet de leurs écrits.
N. L'ètes-vous aux mêmes conditions.'*
R. Je suis tro]) fier pour ré()ondre à cela ; mai» Julie s'éloit fait une règle pour juger les livres ; sa vous la trouvez bonne , servez-vous-en pour juger celui-ci.
On a voulu rendre la lecture des romans utile à la jeunesse ; je ne connois point de projet plus in- .scusé : c'est commencer par metlr's le feu à la maison pour faire jouer les pouijie.'». D'après cette folle idée, au lieu de d:riger vers son objet la morale de ces sortes d'ouvrages, oti adresse toujours celfe inorale aux jeunes filles ( i ), sans sor.ger que les
(i) Ceci ne regarde que le* niodemei romans anglais.
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»6 SEG(3NDE
jeQnes filles n'ont point de part aux désordres dont on se plaint. ïn général leur couduite est régulière , quoique leurs cœurs soient corrompus. Elles otéissent à leurs mères en attendant qu elles puissent les imiter. Quand l«'s feinmt's feront leur devoir, soyer. sar que les lilles ne manqueront point au leur.
N. L'observation vous est contraire en ce point. Il semble qu'il faut toujours au sexe un temps de libertinage, ou dans un état, ou dans l'antre. C'est un mauvais Irvain qui fermente tôt ou tard. Chez les peuples qui ont des mœurs, les filles sont faciles et les femmes sévères: c'est le contraire chez ceux qui n'en ont pas. Les premiers n'ont égard qu'au délit , et les autres (ju';iu scandale: il ne s'agit que d'être à l'abri des preuves ; le crime est compté pf)ur rien (i).
K. A l'envisager par ses suites on n'en jugeroit pns ainsi. ]Mais soyons justes envers les femmes ; la cause de leur desordre est moins en elles que dans nos mauvaise» institutions.
Depuis que tous les sentiments de la nature sont étouffés par l'exlréme inégalité, c'est de l'inique despotisme des pères que viennent les vices et les Tualheurs des en*^anfs ; c'est dans des nœuds forcés et mal assortis que, victimes de l'avarice on de la vanité des parents, de jeunes femm(S efracent , pal* un désordre dont elles (ont gloire, le scandale de leur première ho.'nèfeté, Voule/.-vous don*^ remëdif.T au mal .'' remonter, à sa source. S'il y a quelqtie réforme à ten'er dans les mœurs publiques , c'est
(r) Ta/is est ^'ia mitJieris adultene quœ comedit , et tcrs:ens ns suuiii Jicit: Non. su m operata tnalum. IVoverb. "XXX . :>rt "'* *
par les mœurs domestiques qu'elle doit commencer ; et cela dépeud absolument des pères et mères. Mais ce n'est point ainsi qu'on dirige les insti'uctions ; Yos lâcîies auteurs ne prèclient jamais que ceux qu'on opprime ; et la morale des livres sera toujours vaine, parcequ'elle n'est que Tort de faire sa cour an plus fort.
N. Assurément la vôtre n'est pas servile ; mais à force d'être libre , ne l'est-elle point trop .-* Est-ce assez qu'elle aille à la source du mal .►• ne craignezvous point qu'elle en fasse.''
II. Du njal ? A qui.'' Dans des temps d'épidémie et de conta{![ion , quand tout est atteint dès l'enfance , faut-il empêcher le débit des drogues bonnes aux malades , sous prétexte qu'elles pourroient nuire aux gens sains .^ Monsieur, nous pensons si différemment sur ce point, que , si l'on pouvoit espérer quelque succès pour ces lettres, je suis très persaadé qu'elles feroient plus de bien qu'un meilleur livre.
N. Il est vrai que vous avez une excellente préchtHisc. ,1e suis charmé dt; vous voir raccommodé avec les femmes ; j'élois Jàcbé que vous leur défendissiez de nous faire des sermons (i).
K. Vous êtes pressant, il faut me taire ; je ne suis ni assez fou ni assez sage j)Our avoir toujours raison : laissons cet os à rongera la critique.
iS. J'x'nignenient : de peur (|u'elle non manque, ^lais n'eût -on sur tout le reste rien à (lire à tout autre , coni nient passer au sévère censeur des spectacles les .situations vives et les sentiments passionnés dont tout ce recueil est rempli? Montrez-moi
(i) Voyez la Lettre de M. d'Alembcrt sur les spccttoles, p. 8i , première éditiou.
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une sc( 7)t' lie tluiitre f|iii forme un t;i)ilean ]).irpil à ctMix du boscjtie» de Clarens (i) et du cabinet de toilette. Relisez la lettre sur les spectacles ; relisex «e recueil... Soyez, conséquent , ou quittez vos principes... Que vonlez-vous qu'on pense?
R. .le veux, monsieur, qu'un critique soit conséquent lui-même, et qu'il ne juge qu'après avoir examiné. Relisez mieux l'écrit que vous venez de citer ; relisez aussi la préface de Narcisse , vous v verrez la réponse à i inconséquence que vous me reprochez. Les étourdis qui prétendent en trouver dans le Devin du Village eu trouveront sans doute bien plus ici. Ils feront leur métier: mais vous...
N. .le me rappelle deux passages (2}... Vous estimez peu vos contemporains.
R. Monsieur , je suis aussi leur contemporain. Ob ! que ne suis-je né dans an siècle où je dusse jeter ce recueil au feu!
N. Vous outrez à votre ordinaire ; mais jusqu'à certain point , aos maximes sont assez justes. Par exemple, si votre Ilcloise eût oté toujours .'âge, elle instrniroit beaucoup moins ; car à qn^ serviroit-elle de modèle? (^'est dans les siècles les plus dépravés qu'où aime les leçons de la morale l;i plus j)arfaite : cela dispense de les pratif|uer; et l'on Ij contente à peu de trais , par une lecture oisive , un reste de goût pour la vertu.
R. Sublimes auteurs, rabaissez un peu vos modèles , si vous voulez qu'on cherche à les imiter. .V qui vantez-vous la pureté rpion n'a jioint souillée? l'^h ! parlez- nous de cejlc (|u'on j)eut recouvrer;
(1) On proiionrr < inran.
(2) Préface de iNarcisse, pagrs 28 et .5;>. Lettre i) M. d"Al( mlxTt , pas*"" >25 , 2.J4 , première «dition.
PRÉFACE. ao
peut - (tre au moins quelqu'un pourra vous eutendre,
TN'. Votre jeune homme a déjà fait ces réflexions ; mais 7i'importe , on ne vous fera pas moins un crime d'avoir dit ce qu'on fait, pour montrer ensuite ce qu'où devroit faire. Sans compter qu'inspirer l'amour aux lilles et la réserve aux femmes, c'est renverser l'ordre établi, et ramener toute cette petite morale que la philosophie a proscrite. Quoi que vous en puissiez dire, l'amour dans les filles est indécent et scandaleux, et il n'y a qu'un jnari qui puisse autoriser un amant. Quelle et range mal-adresse <jue d'être indulgent pour des filles qui ne doivent point vous lire, et sévère pour les femmes, qui vou» jugeront ! Croyez-moi, si vous avez peur de réussir, tranquillisez-vous ; vos mesures sont trop bien prises pour vous laisser craindre uu pareil al/ront. Quoi qu'il en soit, je vous garderai le secret ; ni soyez imprudent qu'à demi. Si vous croyez donner nn livre utile , à la bonne lieurc ; mais gardez-vous de l'avouer.