‹ JulieChapitre 4 sur 200 · II. Oui , monsieur · texte numérisé non relu

II. Oui , monsieur

N. Vr)lrevrai nom .^ Jean Jac<jues Uoiisscau ^ en toutes le! très ?

R. Jean Jacf/itrs Rousseau , en toutes lettres.

N. Vous n'y pensez pas! <|uc dira-t-on «le vousP

R. Ce qu'on voudra. .le me nomme à la tête àr. c

lo SECONDE

ifcueil , non -pour me l'approprier, mais ponr f-n rrponilrc. S'il y a du mal , qu'oa lue l'impute: s'il y u tlu bien, je n'entends point m'en faire honneut . Si l'on trouve le livre m.îuv.'ùs en lui-même , c'est une raison de plus pour v mettre mon nom. .le ne veux pas ])as.ser pour meilleur (jue je ne suis.

N. Ktes-vous content de cette réponse?

fl. Oui, dans des temps où il n'est possible à personne d être bon.

N. Et les belles âmes, les oubliez-vous?

1\. La nature les lit, vos institutions les gâtent.

N. A la tète d'un livre d'amour on lira ces mf»ts : Par J. J. Rousseau, citoyen de Genève!

R. Citoyen de Genève'.^ Non pas cela. .Te ne profane point le nom de nia patrie : je ne le mets qu'aux i écrits que je crois lui pouvoir faire lionnenr.

N. Tous portez vous-même un nom f|ui n'est pas sans honneur, et vous avez an^si quelfpie <bose à jierdre. Vous donnez nu livre foible et j)lat qui vous fera tort, .le voudrois vous en empêcher; mais si vous en faites la sottise , j'approuve (jue vous la fassiez bautement et fr.incbement ; cela du moins. sera dans votre caraolcre. Mais, à propos, metlrezvous aussi votre devise à ce livre?

R. Mon libraire m'a déjà fait celte plaisanterie, et je l'ai trouvée si bonne, que j'ai promis de lai en faire honneur. !Nou , monsieur, je ne mettrai point m» tlevi.se à ce livre; mais je ne l.i «juitft-rai pas pour cela , et je m'effraie UKnns que jamais de l'avoir prise. Souvenez-vous (jue je songeois à faire imprimer ces lettres quand j'écri vois contre les spectacles, et {|ue le soin d'excuser un de ces écrits ne m'a point fait altérer la vérité dans l'antre, .fe me .suis accusé d'avance plus fortement peut-être que persouni- n? m'accusera. Celui (|ui préfère la vérité à sa gloire oput espérer de la préférera sa vie. Vous

PRÉFACE. 3i

voulez qu'on soit toujours conséquent; je doute que cela soit possible à l'homme ; mais ce qui lui est possible est d'être toujours vrai: voilà ce que je veux tâcher d être.

N. Quand je vous demande si vous êtes Fauîeur de ces lettres, pourquoi donc éludez-vous ma question ?

K. Pour cela même que je ne veux pas dire un mensonge.

N. Mais vous refusez aussi de dire la vérité?

R. C'est encore lui rendre honneur que de déclarer qu'on la veut taire : vous auriez meilleur marché d'uu homme qui voudroit mentir. D'ailleurs les gens de goût se trompent- ils sur la plume des auteurs? comment osez -vous faire une question que c'est à vous de résoudre ?

N. le la résoudrois bien pour quelques lettres, elles sont certainement de vous; ipais je ne vous rec(mnois plus dans les autres, et je doute qu'on se puisse contrefaire à ce point. La nature, qui n'a pas •peur qu'on la mcconnoisse, change souvent d apj)arence ; et souvent l'art se décelé eu voulant être ])lus naturel qu'elle: c'est le grogneur de la fable, qui rend la voix, de l'animal mieux (jue l'animal même. Ce recueil est plein de chosi's d une mal-adresse (jue le dernier barbonillenr eut évitée : les d;'claniatif)ns, les répétitions, les contradictions, les éternelles rabàcheries. Où est l'homme capable de mieux faire qui ponrroit se résoudre à faire si mal ? oii est celui qui auroii laissé la choquante prf)position que ce fou d'Kdonard faità.Iulie? où est celui qui n'auroit pas corrigé le ridicule du petit bonhomme qui , voulant toujours mourir, a soin d'en avertir tout le monde, et finit par se porter toujours bien? où est celui «|ui n'eût pas commencé par se dire : il faut marquer avec soin les caractères ; il f»nr ex»rfeinrnt

3a SECONDE

varier les styles? Infailliblement, avec ce projet, il auroit niienx fait que la nature.

.l'observe que dans une société très intime les sl\l<;s se rapprochent ainsi que les caractères, et q ne les amis, confondant leurs anics, confondent aussi leurs manières de penser, de sentir et dédire. Celte Julie , telle qu'elle e^t , doit être une créature enchanteresse ; tout ce qui l'approche doit lui ressembler; tout doit devenir Julie autour d'elle; tous ses amis ne doivent avoir (ju'un ton ; mais ces choses se sentent et ne s'imaginent pas. Qn;ind elles s'imagineroient , l'inventeur u'oseroit les mettre en pratique: il ne lui faut que des traits qui frappent la mullitude ; ce qui redevient simple à force de linesse ne lui convient plus, or cest là qu'est le sceau de la vérité; c'est là qu'un œil attentif cherche et retrouve la nature.

K. Kh bien î vous concluez donc ?

î\. .Je ne conclus j>as , je donte; et je ne saurois vous dire combien ce doute m'a tourmenté duiant la lecture de ces lettres. Certainement, si tout cela n'est que fiction, vous avez fait un mauvais livre ; itiais dites qnr ces denx femmes ont existé, et je relis ce recueil tous les ans . jusqu'à la (In de ma vie.

U. Kb ! f|u'imporfe qu'elles aient existé.' vous les chercberiez en v;ii'i sur la terre ; elles ne sont pins.

N. Kl les ne sont plus.^ elles lurent donc.'*

R. C>efte conclusion est conditionnelle : si elles furent , elles ne sont plus.

^. Entre nnus , convenez fjue ces petites subtilités sont plus déterminant<s (ju'enibarrassantes.

R. KUes sont ce que vous les forcez d être , pour ne point me trahir ni mentir.

N. Ma foi , vous aurez beau faire , on vous drvi-

PRIlFACE. 35

nera mal^é vous. INe voyez-vous pas que votre épi- {ifraphe seule dit tout ?

K. Je vois qu'elle ne dit rien sur le fait en question; car qui peut savoir si j'ai trouvé cette épigraplie dans le manuscrit , ou si c'est moi qui l'y ai mise ? «jui peut dire si je ne suis point dans le uiême doute où vous êtes , si tout cet air de mystère n'est pa» peat-ètre une feinte pour vous cacher ma propre igaorance sur ce que vous voulez savoir ?

N. Mais enfin , vous counoissez les lieux ? vous avez été à Vevai , dans le pays de Vand ?

R. Plusieurs lois , et je vous déclare que je n'y ai point oui parler du baron d'Etanç^e ni de sa fille ; le nom de M. de Wolmar n'y est pas même connu. J'ai été à Clarens ; je n'y ai rien vu de semblable à la maison décrite dans ces lettres : j'y ai passé , revenant d'Italie, l'année même de l'événement funeste, et l'on n'y pleuroit ni Julie de Wohuar ni rien qui lui ressemblât , que je sache. Enfin, autant que je puis me rappeler la situation du pays, j'ai remarqué dans ces letti-es des transpositions de lieux et des erreurs de topographie , soit que l'auteur n'en sût pas davantage, soit qu'il voulut dépayser ses lecteurs. C est là tout ce que vous apprendrez de moi sur ce point; et soyez sur que d'autres ne m'arracheront pas ce que j'aurai refusé de vous djre.

jN. Jont le niontle aura la même curiosité que moi. Si A'ous publiez cet ouvrage, dites donc au public ce que vous m'avez dit; faites plus, écrivez cette conversation pour toute préface : les éclaircissements nécessaires y sont tous.

R. Vous avez raison ; elle vaut mieux que ce que j'aurois ilit de mon chef. Au reste, ces sortes d'apolo;^ies ne réussissent guère.

N. Non , quand on voit que l'auteur s'y ménage ;

luais j'ai pri'» soia qa'oa ne ironvât pas ce défaut dans celle-ci : .seulemcat , je vous conseille d'en transposer les rôles. Feignez que c'est moi qui vous presse de publier ce recu«-il , et que vous vous en iléfendez; donnez-vous les objections , et à moi le» rrponses : cela sera plus modeste , et fera un meilleur effet.

R. Cela sera-t-il aussi dans le caractère dont vous m'avez loué ci-devant?

N. Nou , je vous tendois un piège: laisse* l«s rboscs comme elles sont.

OU

LA NOUVELLE HÉLOÎSE.

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