PREMIERE PARTIE
qu'à vous, j'accepte sans scrupule ce que je réserve, et je vous dois ce que je ne vous ai pas donné. Ah ! si les dons de l'amour sont à charge , quel cœur jamais peut être reconnoissant ?
Supposeriez-vous que je refuse à mes besoins ce que je destine à pourvoir aux vôtres? Je vais vous donner du contraire une preuve sans réplique. C'est que la bourse que je vous renvoie contient le double de ce qu'elle contenoit la première fois , et qu'il ne tiendroit qu'à moi de la doubler encore. Mon père me donne pour mon entretien une pension , modique à la vérité, mais à laquelle je n'ai jamais besoin de toucher, tant ma mère est attentive à pourvoir à tout , sans compter que ma broderie et ma dentelle suffisent pour m'entretenir de l'une et de l'autre. Il est vrai que je n'étois pas toujours aussi riche; les soucis d'une passion fatale m'ont fait depuis long-temps négliger certains soins auxquels j'employois mon superflu ; c'est une raison de plus d'en disposer comme je fais : il faut vous humilier 2>our le mal dont vous êtes cause , et que l'amour expie les fautes qu'il fait commettre.
Venons à res>entiel. Vous dites (jne l'honneur vous défend d'accepter mes dons. Si cela est je n'ai plus rien à dire , et je conviens avec vous qu'il ne TOUS est pas permis d'aliéner un pareil soin. Si doue vous pouvez me prouver cela . faites-le clairement , incontestabh'nienl , et sans vaine subtilité ;caivous «avez que je hais les sophismes. Alors vous pouvez me jendrc la bourse , je la repreuds sans me plaindre, il n'en sera ])lus j)arlé.
Mais coiniHc je n'aime ni les g"'îs pftintillcnx ni
i)0 LA NOUVELLE liÉLOISE.
le faux point d'bonneur, si vous me renvoyez encore une fois la boite sans justification, ou que voir© justification soit mauvaise , il faudra ne nous plus voir. Adieu; ^lenSez-y.