PREMIERE PARTIE. y
supportable! Je sens aujounl'hui combien une aine paisible est peu propre à jnger des passions, et coni bien il est insensé de rire des sentiments qu'on n'a point éprouvés. "Vous le dirai-je pourtant? je ne sais quelle idée consolante et douce tempère eu moi 1 amertame de yotre éloignement, en songeant qu'il s'est fait par votre ordre. Les maux qui me viennei:t de vous me sont moins cruels que s'ils m'étoient en voycs par la fortune ; s'ils servent à vous contenter, je ne voudrois pas ne les point sentir ; ils sont les ijarants de leur dédommagement, et je connois trop bien votre ame pour vous croire barbare à pure perte.
Si vous voulez m'éprouver je n'en murmure plus ; il est juste que vous sachiez si je suis constant, patient, docile, digne en un mot des biens qne vous me réservez. Dieux ! si c'étoit là votre idée , je me plaindrois de trop peu souffrir, Ab ! non, pour nourrir dans mon cœur une si douce attente , inventez , s'il se peut des maux mieux proportionnés à leur {)rix.
J E reçois à la fois vos deux lettres ; et je vois , par l'inquiétude que vous marquez dans la seconde sur le sort de l'autre, que (juand l'imagination prend les devants la raison ne se hâte pas comme elle , et souvent la laisse aller seule. Pensàles-vous eu arrivant à Siou ^a'ua courier tout ^rèt u'atteuduit
pour partir que votre lettre , que cette lettre me seroit remise eu arrivant ici , et que les occasions ne favoriseroient pas moins ma réponse? Il n'en va pas ainsi , mou bel ami. Vos deux lettres me sont parvenues à la fois, parceque le courier, qui ne passe qu'une fois la semaine (i), n'est parti qu'avec la seconde. Il faut un certain temps pour distribuer les lettres; il en faut à mon commissionnaire pour me rendre la mienne en secret , et le courier ne retourne pas d'ici le lendemain du jour qu'il est arrivé. Ainsi, tout bien calculé, il uous /aut buit jours , quand celui du courier est bien cboisi , pour recevoir réponse l'un de l'autre ; ce que je vous explique afin de calmer une fois pour toutes votre impatiente vivacité. Tandis que vous déclamez contre la fortune et ma néplip^ence, vous voyez que je m'informe, ad loi I émeut de tout ce qui })eul assurer notre correspondance, et prévenir vosperplexit. s. .le vous laisse à décider'de quel côté sont les plus tendres soins.
Ne parlons plus de peines, mon bon any : ab ! respectez et partagez plutôt le plaisir que j'éprouve , après buit mois d'absence, de revoir le meilleur «le» pères ! Il arriva jeudi au soir; et je n'ai songé qu'à lui (2) depuis cet beureux moment. () toi que j'aime le n»ieux au monde après les .luteurs de mes jours, pourquoi tes lettres, tes querelles, viennentelles contraster mon ame , et troubler les premiers plaisirs d'une famille réunie? ïu voudrois que mon
f i) Il jiassc à présciii deux. Ims.
(a^ L'urliclc qui précc Je prouve q^u'ellc meut.