PREMIERE PARTIE
cœur s'occupât de toi sans cesse ; mais, dis-moi , le tieu pourroit-il .'limer une fille dénaturée à qui les /eux de l'amour feroient oublier les droits du sang , et que les plaintes d'un amant rendroient insensible aux caresses d'un père? Non, mon digne ami , n'empoisonne point par d'injusies reproches l'innocente joie que m'inspire un si doux sentiment. Toi dont lame est si tendre et si sensible, ne conçois-tu point quel charme c'est de sentir , dans ces purs et sacrés emhrassements , le sein d'un père palpiter d'aise contre celui de sa fille? Ah! crois-tu qu'alors le cœur puisse un moment se partager , et rien dérober à la nature?
Sol çhe sou figlia io mi rammento adesso ( i).
Ne pensez pas pourtant que je vous oublie. Oublia-t-on jamais </e qu'on a une lois aimé? Nou , les impressions plus vives, qu'on suit quelques instants, n'effacent pas pour cela les autres. Ce n'est point sans chagrin que je vous ai vu partir, ce n'est point sans plaisir que je vous verrois de retour. Mr.is. . . prene'A patience ainsi que moi, puisqu'il le faut , sans en demander davantage. Soyez sûr que je vous rappellerai le pliitiU qu'il me sera possible; et pensez que souvent tel qui se plaint bien haut de l'absence n'est pas delui rpii en souffre le plus.
(i) Tout ce dont je me souviens en ce moment , c'est que je suis sa flllc.
çG LA NOUVELLE HÉLOISE.
\}vE j'ai souffert en la recevant, cette lettre souhaitée avec tant d'ardeur ! .l'attendois le courier à la poste. A peine le paqnet étoit-il ouvert que je ine uomnie ; je me rends importun : on me dit qu'il y a une lettre, je tressaille; je la demande, agité d'une mortelle impatience; je la reçois enfin. .Iulie, j appcrçois les traits de ta inain adorée! La mienne tremble en s'avançant pour recevoir ce précieux dépôt. .Te voudrois baiser mille fois ces sacrés caractères : A circonspection d'un amour craintif! je n'ose porter la lettre à ma l)OUche,ni Touvrir devant tant de témoins, .le me dérobe à la hâte ; mes genoux trembloient sous moi ; mon émotion croissante me laissoit à peine appercevoir mou chemin : j'ouvre la lettre au premier détour ; je la parcours , je la déA'ore ; et à peine suis-je à ces lignes où lu peins si bien les plaisirs de ton cœur en embrassant ce respectable père, que je fonds en larmes; on me rCj^arde, j'entre dans une allée pour écliappcr aux spectateurs; l.'i jepnrta>;e Ion .itlendrissement ; j'embrasse avec transport cet heureux père que je i'onnois à peine; et, la vi»ix de la nature me rappelant au mien, je donne de nouveaux pleurs à sa mémoire honort e.
Et que vouliez -vous apprendre, incomparable iille, dans mon vain et triste savoir? Ah! c'est de vous qu'il faut apprtndrc tout ce (;ui peut entrer