PREMIERE PARTIE
livrant indiscrètement anx attraits divins de l'honncte et dn beau , tandis qne les pesantes chaînes de la nécessité l'attachent à l'ignominie. Il cherchera la félicité suprême sans se souvenir qu'il est homme : son cœur et sa raison seront incessamment en guerre, et des désirs sans bornes lui prépareront d'éternelles privations.
Telle est la situation cruelle où me plongent le sort qui ni*accable, et mes sentiments qui m'élevent , et ton père qui me méprise • et toi qui fais le charme et le tourment de ma vie. Sans toi , beauté fatale, je n'aurois jamais senti ce contraste insupportable de grandeur au fond de mon ame et de bassesse dans ma fortune ; j'aurois vécu tranquille et serois mort content , sans daigner remarquer quel rang j'avois occupe sur la terre. Mais , t'avoir rue et ne pouvoir te posséder, t'adorer et n'être qu'un homme , être aimé et ne pouvoir être heureux ,' habiter les mêmes lieux et ne pouvoir vivr« ensemble î... O Julie à qui je ne puis renoncer! > destinée que je ne puis vaincre! quels combats )ffreux vous excitez en moi, sans pouvoir jamais lurmonter mes désirs ni mon impuissance I
Quel effet bizarre et inconcevable! Depuis que e suis rapproché de vous je ne roule dans mon es- >rit que des pensées funestes. Peut-être le séjour où e suis contribue - 1- il à cette mélancolie; il est riste tt horrible; il en est plus conforme à l'état le mor; ame , «t je n'en habiterois pas si patiemiicnt un plus aî^réablc. Une file dv. rochers slrriles )ordc la côte et environne mon habilalion , qu«
NOUV. irSI.oïSE. I . II
122 LA NOUVELLE HÉLaiSE.
l'hiver rend encore pins affreuse. Ah! je le sens, ma Julie, s'il falloit renoncera tous, il n'y auroit pins pour moi d'autre séjour ni d'autre saison.
Dans les violents transports qui m'agitent je ne saurois demeurer en place ; je conrs , je monte avec ardeur, je m'élance sur les rochers, je parcours à grands pas tous les environs, et trouve par-toul dans les ohjets la même horreur qui règne au-dedans de moi. On n'apperçoit pi us de verdure , l'herbe est jaune et flétrie, les arbres sont dépouillés, le séchard(i) et la froide bise entassent la neige et les glaces ; et toute la nature est morte à mes yeux comme l'espérance au fond de mon coeur.
Parmi les rochers de cette côte j'ai trouvé, dans un abri solitaire, une petite esplanade d'où l'on découvre à plein la ville heureuse où vous li#bite7. .Tugez avec quelle avidité mes yeux se portèrent vers ce séjour chéri. Le premier jour je fis millt efforts pour y discerner votre demeure; mais l'extrême éloignement les rendit vains, et je m'apperçu; que mon imagination donnoit le change à mes ycui fatigués, .le courus chez, le curé emprunter un té lescope, avec lequel je vis ou crus voir votre mai son; et depuis ce temps je passe les jours entier dans cet asile à contempler ces murs fortunés qu renferment la source de ma vie. Malgré la saisoi je m'y rends dès le matin, et n'en reviens que ï nuit. Des feuilles et quelques bois secs que j'allnni servent, avec mes courses, à me garantir du froii excessif. J'ai pris tant de gont pour ce lieu sauvag
(i) Vent du nord-cfct.