PREMIERE PARTIE. i
j[ue j'y porte même de l'eucre et du papier ; et j'y
jcris maintenaut cette lettre sur un quartier que
jes glaces ont détaché du rocher voisin.
j C'est là , ma Julie , que ton malheureux amant
jcheve de jouir des derniers plaisirs qu'il goûtera
(eut-ètre en ce monde. C'est de là qu'à travers les
jirs et les murs il ose en secret pénétrer jusque
ans ta chambre. Tes traits charmants le frappent
iicore ; tes regards tendres raniment son cœur
louraat ; il entend le son de ta douce voix ; il ose
acrcher encore en tes bras ce délire qu'il éprouva
ns le bosquet. Vain fantôme d'une ame agitée qui
égare dans ses désirs! Bientôt forcé de rentrer en
oi-même , je te contemple au moins dans le détail
I ton innocente vie : je suis de loin les diverses
cupatioos de ta journée, et je mêles représente
ns les temps et les lieux où j'en fus quelquefois
leureux témoin. Toujours je te vois vaquer à des
ins q«i te rendent plus estimable , et mon cœur
tendrit avec délices sur l'inépuisable bonté du
;n. Maintenant, me dis-je au matin, elle sort d'un
isible sommeil , son teint a la fraîcheur de la
se, son ame jouit d'une douce paix; elle offre à
lui dont elle tient l'être un jour qui ne sera point
rdu pour la vertu. Elle passe à présent chez sa
re : les tendres affections de son cœur s'épanchent
ec les auteurs de ses jours ; elle les soulage dans
détail des soins dr. la maison; elle fait peut-rfrc
paix d'un domestique imprudent, elle lui 'ait
ut rtre une exhortation secrète; elle demande
nt-rtre une grâce pour un autre. Dans un autre
nps, elle s'occupe sans ennui des tr.iv:tiix de sou
ia4 LA NOUVELLE HÊLOISE.
sexe; elle orne son ame de connoissances utiles I elle ajoute à son goût exquis les agiénjents deê beaux arts, et ceux de la danse à sa légèreté naturelle. Tantôt j« vois une élégante et simple parure orner des charmes qui n'en ont pas besoin. le je la vois consulter un pasteur vénérable sur h peine ignorée d'une famille indigente; là, secourii ou consoler la triste veuve et l'orphelin délaissé Tantôt elle charme une honnête société par ses dis, cours sensés et modestes ; tantôt, en riant avec se compagnes, elle ramené une jeunesse folâtre a ton de la sagesse et des bonnes mœurs. Quelqut moments , ah! pardonne! j'ose te voir même t*o< cuper de moi: je vois tes yeux attendris j)arcour une de mes lettres ; je lis dans leur douce languti que c'est à ton amant fortuné que s'adressent l< lignes que tu traces ; je vois que c'est de lui qi tu parles à ta cousine avec une si tendre émotio O Julie I ô Julie! et nous ne serions pas unis:' nos jours ne couleroient pas ensemble? et noi pourrions être séparés pour toujours.** Non, ij' jamais cette affreuse idée ne se présente à mon t prit! En un instant elle change tout mon attr drissement en fureur , la rage me fait courir caverne en caverne ; des gémissements et des ci m'échappent malgré moi ; je rugis comme u lionne irritée; je suis capable de tout, hors de i' noncer à toi ; et il n'y a rien , non , rien que je i fasse pour te posséder ou mourir.
J'en étois ici de ma lettre , et je n'attendois qu'u i occasiou sûre pour vous l'envoyer, quand j'ai rci de Sion la dernière que vous m'y avez écrite. Qi