XXVI P. DE CLAIRE
jyLjL douleur me laisse à peine Ja force de vous écrire. Vos malheurs et les miens sont au comble. L'aimable Julie est à l'exiréraité, et n'a peut-être pas deux jours à vivre. L'effort qu'elle fit pour vous éloigner d'elle commença d'altérer sa santé ; la première conversation qu'elle eut sur votre compte avec son père y porta de nouvelles attaques : d'autros chagrins plus récents ont accru ses a'ïilations et votre dernière lettre a fait le reste. Elle en fut si vivement émue , qu'après avoir passé une nuit dans d'affreux combats , elle tomba hier dans l'accès d'une fièvre ardente qui n'a fait qu'angn» enter sans cesse , et lui a enfin donné le transport. Dans cet état elle vous nomme à chaque instant, et parle de vous avec une véhémence qui montre combien elle en est occupée. On éloigne son père autant qu'il est possible ; cela prouve assez qne ma tante a conçu des soupçons: «lie m'a même demandé avec inquiétude si vous n'étiez pas de retour ^ et je vois que le danger de sa fille effaçant pour le moment toute autre considération , elle ne seroit pas fâchée de vous voir ici.
Venez donc , sans différer. T'ai pris ce bateau exprès pour vous porter celte lettre ; il est à vos
ia8 LA NOUVELLE HÉLOISE.
ordre:», servez-vous-en pour votre retour, et «nr-» tout ne perdez pas un moment , si vous voulez revoir ]a plus tendre amante qui fut jamais.
XXYIII. DE JULIE À CLAIBE.
y) vu ton absence me rend amere la vie que tu m'as rendue i Quelle convalescence ! Une passioa plus terrible que la fièvre et le transport m'entraîne à ma perte. Cruelle ! tu me quittes quand j'ai plus besoin de toi ; tu m'as quittée pour buit j ours , peutêtre ne me reverras-tu jamais. O si to^aavois ce que l'insensé m'ose proposer .'... et de quel ton !... m enfuir! le suivre! m'enlever i... Le malheureux!... De qui me plains-je ? mon cœur, mon indigne cœur m'en dit cent fois plus que lui... Grand Dieu ! que »eroit-ce , s'il savoit tout?... il en deviendroit furieux, je serois entraînée , il faudroit partir... J« frémis...
Enfin mon père m'a donc vendue ! il fait de aa fille une marcbandise, une esclave! il s'acquitte à mes dépens ! il paie sa vie de la mienne !... car, je ie sens bien, je n'y survivrai jamais. Père barbare et dénaturé! Mérite-t-il... Quoi! mériter! c'est le meilleur dcspcrts: il vent unir sa fille à son ami, voilà son crime. Mais ma mère, ma tendre mère! qnel mal iii'a-t-elle fait ?... Ah ! beaucoup : elle ra'» trop aimée, elle m'a perdue.
Claire, cjue ferai -je.' que dcviemlrai-je ? Han» lie vient point. Je ne sais comment t'envover cette