PREMIERE PARTIE. la.î
la tristesse qu'elle respire a charmé la mienne ! Que j'y ai vu un frappant exemple de ce que vous n^e disiez de l'accord de nos âmes dans des lieux éloignés ! Votre affliction , je l'avoue , est plus patiente ; la mienne est plus emportée : mais il faut bien que le même sentiment prenne la teinture des caractères qui l'éprouvent , et il est bien naturel que les plus graniles pertes causent les plus grandes douleurs. Que dis-je , des pertes ? Eb. ! qui les pourroit supporter.»* Non, connoissez-le enfin, ma Julie, Hn éternel arrêt du ciel nous destina l'uu pour l'autre ; c'est la première loi qu'il faut écouter, c'est le premier soin de la vie de s'unir à qui doit la rendre douce. .Te le vois, j'en gémis, tu t'égares dans tes vains projets, tu veux forcer des barrières insurmontables, et négliges les seuls moyens possibles ; l'enthousiasme de l'honnêteté t'ôte la raison, et ta vertu n'est plus qu'un délire.
Ah! si tu pouvois rester toujours jeuue et îirillante'comme à présent , je ne demanderois au ciel que (le te savoir éternellement heureuse , te voir tous les ans dç ma vie une fois , une seule fois, et passer le reste de mes jours à contempler de loin ton asile, k. t'adorer ^armi ces rochers. Mais, hélas! vois la r.ipidité de cet astre qui jamais n'arrête ; il vole, et le temps fuit, l'occasion s'échappe: ta beauté, ta boaiué même aura son terme; elle doit décliner et p'Tir un jour comme une fleur qui tombe sans avoir été cueillie; et moi cependant je gémis, je RouHre, ma jeunesse s'use dans 1rs larme:; ^ et se "flitrit dans la douleur. Pense, pense , Julie , que Uoiis roniptonr déjà des années perdues pour Ui I' II.
plaisir. Pense qu'elles ne reviendront jamais ; qu'il en sera de même de celles qui nous restent si nous les laissons échapper encore. O amaiilc avcuglic ! tu cherches un chimérique honheur pour un temp'^ où nous ne serons plus ; tu regardes un avenir él<jigné , et tu ne vois pas que nous nous consumoiii sans cesse, et que nos amas, épuisées d'amour ci de peines, se confondent et coulent comme l'eau Reviens, il en est temps encore, reviens, ma .lu lie, de cette erreur funeste. Laisse là tes projets et sois heureuse. "Viens , ô mon ame ! dans le Lras de ton ami réunir les deux moitiés de notr être : viens à la face du ciel , guide de notre fuit' et témoin de nos serments , jnrer de vivre e mourir l'un à l'autre. Ce n'est pas toi , je le sais qu'il faut rassurer contre la crainte de l'indigence Soyons heureux et pauvres , ah 1 quels trésors nou aurons acquis ! Mais ne faisons poiut cet affron à l'humanité, de croire qu'il ne restera pas suri terre entière un asile à deux amants infortuné) J'ai des br;ti , je suis robuste ; le pain gagné pal mon travail te paroitra plus délicieux que les mell des festins. Un repas apprêté par l'amour peut jamais être insipide? Ah! tendre et chcre amaut( dussions - nous n'être heureux qu'un seul jouil veux-tu quitter cette courte vie sans avoir goûté -tonheur ?
•Te n'ai plus qu'un mot à vous dire, ô Julit vous conpoLssex l'antique usage du rocher de Le* cafo , dernier refuge de tant d'amants malheureu: Ce lieu -ci lui ressemble à bien des égards :