‹ JulieChapitre 7 sur 200 · II. A J U LI E · texte numérisé non relu

II. A J U LI E

il u F. je me suis abusé, mademoiselle, dans ma première lettre I Au lieu de soulager mes maux , je n'ai fait que les augmenter en m'exposant à votre disgrâce, et je sens que le pire de tous est de vous déplaire. Votre silence, votre air froid et réservé, ne m'annoncent que trop mon malheur. Si vous avez exaucé ma prière en partie, ce n'est que pour mieux m'en punir.

E poi clj'ajnor di me vi fece accorta ,

PKEMIERli PARTIE. 41

Fur 1 bioudi capelli allor f elati , E l'amoroso èguardo in s« raccolto (x).

Von» retranchez en public l'innocente familiarité dont j'eus la folie de me plaindre; mais vous n'en êtes que plus sévère dans le pai-ticulier ; et votre ingénieuse rigueur s'exerce égjjlement par votre complaisance et par vos refus.. ,1 , ,.

Que ne pouvez - vous connpître combien cette froideur m'est cruelle 1 vous me trouveriez trop puni. Avec quelle ardeur ne voudrois-je pas revenir sur le passé, et faire que vous n'eussiez point vu cette fatale lettre! Non, dans la crainte de vous offenser encore, je n'éçriroip point celle-ci si je n'eusse écrit la première, et ya ne veux pas redoubler ma faute, mais la réparer. Taut-il , pour vous appaiser, dire que je pi'abusois moi-mèmg? faut-il protester que ce n'étoit pas de l'amour que j 'avois pour vous.^*. . . Moi, je prononcerois cet odieux parjure! Le vil mensonge est-il digue d'un cœur, où vous régnez.^ AL ! que je sois malbeurçux, s'^ faut l'être ; pour avoir été téméraire je ne serai ni menteur ni lâche, et le crime que mon cqeur a commis, ma plume ne peut le désavouer.

.le sens d'avance le poids de votre indignatiaii , et j'en attends Les derniers effets comme une grâce que vous me devez au défaut de toute autre ; car le feu qui me consume mérite d'être puui, mais non méprisé. Par pitié , ne ra^abandonne/. pas à moi-

(i) Kt l'amour vous ayant roudue attcufiv c , vous voilâtes vos blonds rbovctix , et recaeiliîUs < u vous-même vo« doux n pardfi. Mktast.

4s LA NOUVELLE HÉLOISE.

même ; daignez au moins disposer de mon sort; dites quelle est rotre volonté. Quoi qne vous puissiez me prescrire , je ne saurai qu'obéii. M'iroposez-vous un silence éternel ? je saurai me contraindre à le f^arder. Me bannissez-voos de TOtre présence ? je jure que vous ne me verrez plus. M'ordonnez-vous de mourir? ah ! ce ne sera pas le plus difficile. Il n'y a point d'ordre auquel je ne souscrive , hors relui de ne vous plus aimer : encore obéirois-je en cela même , s'il m'étoit possible.

Cent fois le jour je suis tente de me jeter à \os pi;ds , de les arroser de mes pleurs , d'y obtenir la mort ou mon pardon ; toujours un effroi mortel glnce mon courage ; mes genoux tremblent et n'osent fléchir ; la parole expire sur mes lèvres , et mon ame ne trouve aucune assurance contre la frayeur de vons irriter.

Est-il au monde un état plus affreux que le mien? i Mon coeur sent trop combien il est coupable , et ne ; sauroit cesser de l'être; le crime et le remords 1 agîtent de concert ; et sans savoir quel sera mon destin , je flotte, dans un doute insupportable, entre l'espoir de la clémence et la crainte du châtiment.

Mais non, je n'espère rien, je n'ai droit de rien | espérer. La seule grâce que j'attends de vous est rfe! hâter mon supplice, ("onfentcz nne juste vengeance. ! Est-ce l'tre as.-ez nialbcurciix que de mo voir rédaiti à la soUiciler moi-même.'* Pnnisser.-moi , vons lel devez ; mais si vous n'êtes impitoyable, quittez cet air froid tf mécontent qui me met au désespoir: quand on envoie nn coupable à la mort, on ne lt|i monlro plus d« colère.

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