‹ JulieChapitre 70 sur 200 · PREMIERE PARTIE. i5i · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. i5i

que quand il est superflu ; mais par ce nom sacre de l'honneur , si respecté de toi, que je ne cesserai jamais d'être la coniidente de ton cœur , et qu'il n'y surviendra point de cliangemcnt dont je ne sois la première instruite. Ne m*allegne pas que tu n'auras jamais rien à ra'apprendre ; je le crois , je l'espère ; mais préviens mes folles alarmes , et donnemoi , dans tes engagements pour un avenir qui ne doit point l'tre , l'éternelle sécurité du présent. .Je serois moins à plaindre d'apprendre de toi mes malheurs réels , que d'en souffrir sans cesse dima- «^inaires; je jouirois au moins île tes remords; si ta ne partageois plus mes feux , tu jiartagerois encore mes peines , et je trouverois moins ameres les larmes que je verserois dans ton sein.

C'est ici, mon ami, que je me félicite doublement de mon choix, et par le doux lien qui nous unit, et par la probité (|ui l'assure. Voilà l'usage tle.cetle re'jle de sagesse dans les choses de pur sentiment; voilà comment la vertu sévère sait écarter les peines du tendre amour. Si j'avois un amant S.1U8 principes, d;it-il m'ainu-r éternellement , où seroient 2)()ur moi les «arants de cette constance.^ quels moyens ;iurois-je de nur délivrer de mes défliinces continuelles? et, comment m'assurer dé n'être pointiabusée , ou p;«r sa f<'iiile, ou par ma crédulité ? Mais toi , mon digne et respectable ;imi , loi qui n'es cap.ible ni d'artifice ni de déguisemeut , tu me garderas, je le sais, la sincérité que tu m'auras promise, l.a honte d'avouer une iniîdélite ne renqiorfera ])oint dans ton anie droite sur le devoir de tenir la parole ; et si tu pouvois uo

i5a LA NOUVELLE HÉLOISE.

plus aimer ta Julie, tu lui dirois... oui, tu pourrois lui dire, O Julie 1 je ne... Mou ami, janiai» je n'écrirai ce mot-là.

Que penses-tu de mon expédient.' C'est le seul, j'en suis siire , qui pouvoit déraci-aer en moi tout sentiment de jalousie. Il y a je ne sais quelle délicatesse qui m'enchante à me fier de ton amour à ta bonne foi, et à m'ôter le pouvoir de croire une infidélité que tu ne m'apprendrois pas toi-même. Voilà , mon cher , l'effet assuré de l'engagement que je t'impose ; car je pourrois te croire amant volage , et non pas ami trompeur ; et quand je douterois de ton cœur , je ne puis jamais douter de ta foi. Quel plaisir je goùfe à prendre en ceci des précautions inutiles , à prévenir les apparences d'un chanijement dont je sens si bien l'impossibilité ! Quel ch.iriïve de parler de jalousie avec un ornant si lidcle ! ali ! si tu pouvois cesser de l'être, ne crois pas que je t'en parlasse ainsi. Mon pauvre cœur ne seroit pas si sage au besoin , et la moindre défiance m'ôteroit bientôt la volonté de m'en garantir.

Voilà, mon très honoré maître, matière à discussion pour ce soir ; car je sais que vos deux humbles disciples auront l'honneur de souper avec vous chez le père de l'inséparable. Vos tloctes commen- ■. taires sur la gazette vous ont tellement fait trouver grâce devant lui, i|u'il n'a pas fallu beaucoup de > manège pour vous faire inviter. La fille a fait ar- -j corJcr .son clavecin ; le père a feuilleté Lamberti ; 1 moi, je recor<lerai peut-éire la leçon du bosquet )'• rie Clarcns. O docteur eu toutes facultés , vous avea r

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