‹ JulieChapitre 71 sur 200 · PREMIERE PARTIE. i · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. i

par-tout quelque science de mise ! M. d'Orbe , qui n'est pas oublié , comme vous pouvez peuser, a le mot pour entamer une savante dissertation sur le futur hommage du roi de Naplcs , durant laquelle nous passerons tous trois dans la chambre de la cousine. C'est là , mon féal , qu'à genoux devant votre dame et maîtresse , vos deux mains dans les siennes , et en présence de sou chancelier , vous lui jurerez foi et loyauté à toute épreuve ; non pas à dire amour éternel , engagement qu'on n'est maître ni de tenir ni de rompre ; mais vérité , sincérité , franchise inviolable. Vous ne jurerez point d'être toujours soumis , mais de ne point commettre acte de félonie , et de déclarer au moins la guerre ayant de secouer le joug. Ce faisant, aurez l'accolade , et serez reconnu vassal unique , et loyal chevalier.

Adieu , mon bon ami ; l'idée du souper de ce soir m'inspire de la gaieté. Ah I qu'elle me sera douce quand je te la verrai partager !

Xj\.i8R celte lettre, et saute de joie pour la nouvelle que je vais t'apprendre ; mais pense fjue , pour ne point sauter et n'avoir rien à baiser , je n'y suis pas la moins sensible. l\lon père, obligé d'aller à Berne j»our son procès , tt <l(; là à Soleuie pour s;i pension, a jM-oposé à ma nicre d'être du voy^ige ; cf elle l'a accepté , «spéraat pour aa santé quelque effet salu-

i54 LA NOUVELLE HÉLOISE.

taire du changement d'air. On vouloit me faire la grâce de ra'emmener aussi, et je ne jugeai pas à propos de dire ce que j'en pensois ; mais la difficulté des arraugemeats de voiture a fait abandonner ce projet, et J'en travaille à me consoler de n'être pas de la partie. Il falloit feindre de la tristesse , et 1« faux rôle que je me vois contrainte à jouer m'en donne une si véritable , qne le remords m'a presque dispensée de la feinte.

Pendant l'absence de mes parents, je ne resterai point maîtresse de maison ; mais on me dépose chez le père de la cousine , en sorte que je serai tout de bon , durant ce temps , inséparable de l'inséparable. De plus , ma mère a mieux aimé se passer de femmede-chambre , et me laisser Rabi pour gouvernante ; sorte d'Argus peu dangereux, dont on ne doit ni corrompre la iidéiité ni se faire des confidents , mais qu'on écarte aisément an besoin, sur la moindre lueur de plaisir ou de gain qu'on leur offre.

Tu comprends quelle facilité nous aurons à nons voir durant une quinzaine de jours; mais c'est ici que la discrétion doit suppléer à la contrainte, et qu'il faut nous imposer volontairement la même réserve à laquelle nous sommes forcés dans d'autre» temps. ?sou seulement tu ne dois pas, quand je serai chez ma cousine , y venir plus souvent qu'auparavant, de peur de la compromettre; j'espère même qu'il ne faudra te parler ni des<'f;ards qu'exige son sexe, ni des droits sacrés de l'hospitalité, et qu'un honnête homme n'aura pas besoin qu'on l'instruise du respect dû par l'amour à 1 amitié qi:i lui donne asile. Je counois tes vivacités, mais j'en

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