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nètes, de son. innocente naïveté? Ne l'es-tupas de la rare tendresse de cet amant qui se vend lui-même pour soulager sa maîtresse ? Ne seras-tu pas trop heureux de contribuer à former un nœud si bien assorti? Ah! si nous étions sans pitié pour les coeurs unis qu'on divise, de qui pourroient-ils jamais eu attendre? Pour moi, j'ai résolu de réparer envers ceux-ci ma faute à quelque prix que ce soit , et de faire en sorte que ces deux jeunes gens soient unis par le mariage, .l'eopere que le ciel bénira cette entreprise , et qu'elle sera pour nous d'un bon augure, •fe te propose et te conjure au nom de notre amitié de partir dès aujourd'hui, si tu le peux, ou tout au moins demain matin , pour Neufcbâtel; Va né- "ocier avec M. de Merveilleux le con^é de cet honnéte garçon ; n'épargne ni les supplications ni l'argent : porte avec toi la lettre de ma l'anchou , il n'y a point de cœur sensible ([u'elle ne doive attendrir. Enilu , quoi qu'il nous en coûte et de plaisir et d'argent , ne reviens qu'avec le congé absolu de Claude Anet , ou crois que l'amour ne me donnera de mes jours un moment de pure joie.
.Fe sens combien d'objections ton cœur doit avoir à me faire ; doutes-tu que le micu ne les ait faites avant toi? Et je persiste; car il faut que ce mot de vertu ne soil qu'un vain nom , ou qu'elle exige des sacriCces. Mou ami, mon digne ami, un rendezvous manqué peut revenir mille foi.s , qnehjiics heures agréables s'éclipseut comme un écl;iir et ne Bout plus ; uiais si le bonheur d'urj rou;ile lionurte est dans tes mains, songe à l'avenir que tu vas te préparer. Crois-moi, roccasion de faire de» Iieareux
est plus rare qu'on ne pense ; la punition de l'avoir nianquée est de ne la plus retrouver ; et rus;jj:;e «jue nous ferons de celle-ci nous va laisser un sentiment éternel de contentement ou de repentir. Pardonne à mon zèle ces discours superflus; j'en dis trop à un honnête homme, et cent fois trop à mon ami. Je sais combien tu hais cette volupté cruelle qui nous endurcit aux maux d'autrui. Tu l'as dit mille fois toi-même , Malheur à qui ne sait pas sacrifier un jour de plaisir aux devoirs de l'humanité !
KL. DE FAK CHOIT a£GA.AD À JULIE. IVl A.DEMOISELLE,
Pardonitez une pauvre fille au désespoir, qni , ne sachant plus que devenir, ose encore avoir recours à vos bontés ; car vous ne vous lassez point de consoler les affligt-s ; et je suis si mallaeureuse (ju'il n"y a que vous et le bon Dieu que mes plaintes n'importunent pas. J'ai eu bien du chagrin de quitter l'apprentissaire où. vous m'aviez mise; mais, ayant eu le malheur de perdre ma mère cet hiver, il a fallu revenir auprès de mon pauvre père , (jue s;i paralysie retient toujours d:Mis son lit.
le u'ai pas oublie le conseil que vous aviez donné à ma mère de tâcher de m'établir avec un honnête homme qui prît soin de la famille. (])aude Anet , que monsieur votre père avoit ramené du service , c»t un brave garçon , rangé , qui sait au bon métier ,
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, et qui me veut du bien. Après tant du charité que \ous avez eue pour nous, je n'osois plus vous être j incommode, et c'est lui qui nous a fait vivre pei;- I dant tout l'hiver. Il devoit m'épouser ce printemps ; il avoit mis son cœur à ce mariage : mais on m'a tellement tourmentée pour payer trois ans de loyer échu à Pâques , que ne sachaat où prendre tant d'argent comptant, le pauvre jeune homme s'est engagé derechef, sans m'en rien dire, dans la compagnie de M. de Merveilleux, et m'a apporté l'argent de son eng.igement. M. de Merveilleux n'est plus à INeufchàtel que pour sept ou huit jours, et Claude Anet doit partir dans trois ou quatre pour suivre la reerne ; ainsi nous n'avons pas le temps ni le moyen de nous marier, et il me laisse saus aucune ressource. Si, par votre crédit ou celui de monsieur le baron , vous pouviez nous obtenir au moins un délai de cinq ou sixsem:iines. ontàcheroit pendant ce ttfmps-là de prendre (juelque arrangement por.r nous marier ou pour rembourser ce pauvre garçon : mais je le connois bien ; il ne voudra jamais re prendre l'argent qu il m'a donné.
Il est venu ce matin un monsieur bien riclic m'en offrir beaiiconp davanla'^e, mais Dieu m'a fait la grâce de le refuser. Il a dit qu'il reviendroit dr main matin savoir ma dernière résolution. .Te lui ai dit de n'en pas prendre la peine, et qu'il la savoil déjà. Que Dien le conduise ! il sera reçu d^-iuain comme aujourd'hui. Je pourroisbien aussi recourir à la bourse des pauvres , mais ou est si méprisé qu'il vaut mieux, pâtir ; et puis Claude Anet a trop (le coeur pour vouloir d uuc llUc assistée.
i66 LA NOUVELLE HÉLOISE.
Excusez la liberté que je prends, ma boune demoiselle; je n'ai trouvé que vous seule à qui j'ose avouer ma peine, et j'ai le cœur si serre qu'il faut finir cette lettre. Votre bien humble et affectionnée servante à vous servir ,
Fanchou Regahd.