‹ JulieChapitre 78 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Jk reçois votre lettre, et je pars à l'instant: ce sera toute ma réponse. Ah cruelle ! que mon coeur en est loin de cette odieuse vertu que vous me supposez et que je déteste! Mais vous ordonnez, il laut obéir, Dussé-je en mourir cent fois , il faut être esilmé de Julie.

X LUI. À JULi E.

il 'arrivai hier matin à Neufcliâlel; j'appris que M, de Merveilleux étoit à la campagne : je courus l'y chercher: il étoit à la chasse, et je l'attendis jusfju'au soir. Quand je lui eus expliqué le sujet «ie mon voyage , et que je l'eus prié de mettre un prix au congé de Claude Anet, il me Ht beaucoup de difficultés : je crus les lever en offrant de moimême une somme assez considérable, et l'augmentan^ A mesure qu'il résistoit; mais, n'ayant pu rien obtenir, je fus obligé de me retirer, après m'etre assuré de le retrouver ce matin, bien résoin de ne ie pins quitter jusf|u'à ce f[a'à force d'argent ou il'importnnitcs, on de fjuelqne minière que ce put ;'trc, j'ens.-.e obtenu ce que j'étois venu lui deman- Icr. M'étant levé pour cela de liés boiiiio heure, 'étois prêt à monter à cheval quand je reçus par

iG8 LA NOUVELLE HÉLOISE.

lin exprès ce billet de M. de Merveilleux , avec le

con'^c da jeune homme en bonne forme :

•< A'oilîi, monsieur, le congé que vous êtes venu « solliciter; je lai refusé à vos offres, je le donne à « vos intentions charitables , et vous prie de croire « que je ne mets point à prix une bonne action. »

Jugez à la joie que vous donnera cet heureux succès de celle que j'ai .sentie en Tappreuant. Pourquoi faut-il qu'elle ne soit pas aussi parfaite qu'elle devroit l'être? .Te ne puis me dispenser d'aller remercier et rembourser M. de ]Merveilleux ; et si cette visite retarde mon départ d'un jour, comme il est à craindre, n'ai-je pas droit de dire qu'il s'est montré généreux à mes dépens.** N'impprte, j'ai fait ce qui vous est aj^rcable, je puis tout supporter à ce prix. Qu'on est heureux de pouvoir bien faire en servant ce qu'on aime , et réunir ainsi dans le même soin les charmes de l'aniour et de la vertu ! Je l'avoue, ù Julie! je partis le cœur plein d'impatience et de chagrin. Je vous reprochois d'être si sensible aux peines d'autrui et de compter pour rien les miennes, comme si j'ctois le .seul au monde qui n'eût rien mérité de vous. Je Irouvois de la barbarie, après m'avoir leurré d'un SI donx espoir , à me priv^er sans nécessité d uu bien dont vous m'aviez flatté vous-même. Tous ces murmures se sont évanouis; je sens reuaitre à leur }ilace au fond de mon amc U'i coutculemeut inconnu: j'éprouve déjà le dédommagement que vous m'avez promis, vous (|ue l'habitude de bien faire a tant instruite du goût qu'on y trouve. Quel étrange empire est le vôtre , de pouvoir rendre le*

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