‹ JulieChapitre 89 sur 200 · PREMIERE PARTIE. t^î · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. t^î

run voile délicieux. Noa , il n'y a riea cV obscène jue la débauche et son grossier langage. Le vériable amour, toujours modeste, u'arrache point ses aveurs avec audace , il les dérobe avec timidité. jC mystère, le silence, la honte craintive , aiguient et cachent ses doux transports. Sa flamme holore et purifie toutes ses caresses ; la décence et 'honnêteté l'accompagnent au sein de la volupté oême , et lui seul sait tout accorder aux désirs ans rien ôter à la pudeur. Ahl dites, vous qui onnùtes les vrais plaisirs , comment une cynique lïronterie pourroit-elle s'allier avec eux? comment ;e banniroit-elle pas leur délire et tout leur charme ? ouiment ne souilleroit-elle pas cetle image de per- 'ction sous laquelle on se plaît à contempler l'objet imé? Croyez-moi, mon ami, la débauche et l'alour ne sauroient loger ensemble, et ne peuvent as même se compenser. Le cœur fait le vrai boneur quand on s'aime , et rien n'y peut suppléer aàt qu'on ne s'aime plus.

Mais quand vous seriez, assez malheureux pour ous plaire à ce déshonnète langage , comment

z-vous pu vous résoudre à l'employer si mal-àropos , et à prendre avec celle qui vous est cherc n ton et des manières qu'uu homme d'honneur oit mrme ignorer? Depuis quand est-il doux d'afiger ce qu'on aime? et quelle est cette volupté irbarc qui se plaît à jouir du tourment d'autrui? ! n'ai pas oublié que j'ai perdu le droit d'être rcs- ■clée ; mais si je l'oubliois jamais, est-ce à vous de

e le rappeler? est-ce à l'auteur de ma faute d'en ,'graver la punition? Ce seroit ù lui plutôt à m'cu

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consoler. Tout le inonde a droit de nie niijniser, hors vous. Vous me devez le prix de rbuniJiation où vous m'avez réduite: et tant de pleurs versés sur ma foiblesse méritoient que vous me la fissiez moins cruellement sentir. Je ne suis ni prude ni précieuse. Hélas ! que j'en suis ]oin, moi qui n'ai pas sn même être sa{i[e ! Vous le savez trop , ingrat, si ce tendre cœur sait rien refuser à l'amour. Mais au moins ce qu'il lui cède, il ne veut le céder qu'à lui ; et vous m'avez trop bien appris son lanjfage pour lui en pouvoir substituer un si différent. Des injures, des coups , m'outrageroient moins que de semblables caresses. Ou renoncez à Julie, ou sacbez être estimé d'elle. Je vous l'ai déjà dit, je ne connois point d'amour sans" pudeur; et s'il m'en coiiloit de ; perdre le vôtre, il m'en ooùteroit encore plus de le ! conserver à ce prix.

Il me reste beaucoup de cboses à dire sur le même , sujet ; mais il faut finir cette lettre , et je les renvoie t à unautre temps. Kn attendant, remarquez un effet de vos fausses maximes ^ur l'usage immodéré du vin. Votre cœur n'est j)oint coupable, j'en suis très sûre ; cependant vous avez navré le mien ; et , sans savoir ce que vous faisiez , vous désoliez comme h plaisir ce cfienr trop facile à s'alarmer, et pour qui rien n'est indifférent de ce qui lui vient lie vous.

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