‹ JulieChapitre 92 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

que si j'attendois trop long-temps, ce ne fût plus générosité , mais ingratitude,

A l'égard de ta résolution de renoncer au vin pour toujours, elle n'a pas autant d'éclat à mes yeux que tu pourrois croire ; les passions vives ne son» gent guère à ces petits sacrifices, et l'amour ne se repaît point de galanterie. D'ailleurs, il y a quelquefois plus d'adresse que de courage à tirer avantage pour le moment présent d'un avenir incertain , et à se payer d'avance d'une abstinence éternelle à laquelle on renonce quand on veut. Eh ! mon bon ami, dans tout ce qui flatte les sens l'abus est-il donc inséparable de la jouissance? L'ivresse est-elle nécessairement attochée au goùt du vin? et la phir losopbie seroit-elle assez vaine ou assez cruelle pour n'offrir d!autre moyen d'user modérément des choses qui plaisent que de s'en priver totit-àfait?

Si tu tiens ton engagement, tu t'otes un plaisir innocent, et risques ta santé en changeant de manière de vivre ; si tu l'enfreins , l'amour est doublement olfenst;, et ton honneur même en souffre. J'use donc en celte occasion de mes droits; et non seulement je te relevé d'un vœu nul, comme fait sans mon congé, mais je te défemls même de l'observer au-delà du terme que je vais te prescrire. Mardi nous aurons ici la nuisique de niylord Edouard. A la collation je t'enverrai ,unc coupe à demi-pleine d'un nectar pur et bienfaisant : je veux qu'elle soit bue en ma présence et à mon intention, après avoir fait d^ quelques j^oultus une libation expiatoire aux (îracco. Ensuite luon pénitent rc-

aoo LA NOUVELLE HÉLOISE.

prendra dans ses repas l'usai^e sobre dn vin tempéré par le crystal des fontaines , et , comme dit ton bon Plutarque , en calmant les ardenrs de Bac; chus par le commerce des Nympbes.

A propos du concert de mardi, cet étourdi de Regianino ne s'est-il pas mis dans la tête qne j'y pourrois déjà chanter un air italien et même uu duo avec lui? Il vouloit qne je le chantasse avee toi pour mettre ensemble ses deux écoliers ; mais il y a dans ce duo de certains ben mio dangereux à dire sous les yeux d'une niere quand le cœur est de la partie ; il vaut mieux renvoyer cet essai nu premier concert qui se fera che7> l'inséparable. J'attribue la facilité avec laquelle j'ai pris le goùt de cette musique à celui que mon frère m'avoit donné pour L't poésie italienne , et que j'ai si bien entretenu aveè toi que je sens aisément la cadence des vers, et qu'au dire de llegianiuo j'en prends assez bien l'accent. Je commence chaque iecoa par lire quel(]ues octaves du Tasse ou quelque.^ sceues du Métastase; ensuite il me fait dire et accompagner du récitatif; et je crois eoutinuer de parler ou de lire, ce qui sûrement ne m arrivoit pas dans le récitatif français. Après cela il faut soutenir en mesure des sons égaux et justes ; exercice que les éclats auxquels j'étois accoutumée me rendent as-iex difficile. Eniin nous passons aux airs ; et il se trouve que la j ustesse et la flexibilité delà voix, l'expression pathétique, les sous renforcés, et tous les passages, sont nn effet naturel de la douceur du chaut et de la préci-' sion de la mcsur? ; de S'>rle que ce qui me parois- ; soit le plus difficile à apprendre n'a jias même be-»

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