‹ JulieChapitre 98 sur 200 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

s'ctoit donnés. Mai.s comme il étoit attentif à ce qui sepassolt, il vit ton ami s'approcher, en sortant, de l'oreille de mylord Edouard , et il entendit qu'il lui disoit à demi- voix: « Sitôt que vous serez en « état de sortir, faites-moi donner de vos nouvelles, u ou j'aurai soin de m'en informer ». « N'en preucz a pas la peine , lui dit Edouard avec un souris mo- « queur, vous en saurez assez tôt ». « Nous verrons », reprit froidement ton ami , et il sortit. M. d'Orbe, «?n te remettant celte lettre , t'expliquera le tout plus en détail. C'est à ta prudence à (e sug}:;érer des moyens d'étouffer cette fâcheuse affaire , ou à me prescrire de mon côté ce que je dois faire pour y contribuer. En attendant, le porteur est à tes or- «Ires , il fera tout ce que tu lui commandTas, et lu peux compter sur le secret.

Tu te perds, ma chère, il faut que mon amitié té le dise ; l'engagemcat où lu vis ne peut rester longtenïps caché dun^ uue petite ville comme celle-ci ; et c'est un miracle de bonheur que, depuis plus de deux ans (|u"il a commencé, lu ne sois pis encoj'e le ^Jljet des discours publics. Tu le vas devenir si tu n'y prends garde ; tu le serois déjà , si tu étois moius aimée; mnis il y a une répugnance si générale ù mal ])arler de toi, que c'est un mauvais moyeu de se faire fête, et un très sur de se faire hair. Cependant tout a son icrme; je triîrable que celui du rtiy stère ne soit vcnil pour tou amour, et il y a grande apparence que les soupçons de mylord l'donard lui viennent «le quel(|m's mauvais propos (ju'il peut avoir p'itrudiis. So'igc-.s-y bieti , ma chcrc ciiiant. l.c (iuet dit, il y a quelque temps, avoir vu sortir do

chez toi ton ami à cinq heures du matin. Houreusement celui-ci sut des premiers ce discours, il conr rut chez cet homme et trouva Je secret de le faire taire; mais qu'est-ce qu'un pareil silence, sinon le moyen d'accréditer des bruits sourdement répandus? La défiance de ta mère ausfraente aussi de jour en jour; tu sais combien de fois elle te l'a fait entendre : elle m'en a parlé à mon tour d'une manière assez dure; et si elle ne craignoit la violence de ton père, il ne faut pas douter qu'elle ne lui en eût déjà parlé à lui-même; mais elle l'ose d'autant moins qu'il lui donnera toujours le principal tort d'une connoissance qui te vient d'elle.

Je ne puis trop te le répéter, songe à toi tandis qu'il en est temps encore ; écarte ton ami avant qu'on en parle, préviens des soupçons naissants que son absence fera sûrement tomber ; car enfin que peut-on croire qu'il fait ici:' Peut-être dans six semaines, dans un mois, sera-t-il trop tard. Si le moindre mot venoi t aux oreilles de ton père , tremble de ce qui résulteroit de l'indignation d'un vieux militaire entêté de l'honneur de si maison, et de la pé«;ulance d'un jeune homme emporté qui ne sait rien endurer: mais il faut commencer par vuider de manière ou d'autre l'aff.iire de mylord Edouard ; car t'i ne ferois qu'irriter ton ami, et t'altirer un juste refus, si tu lui parlois d'éloignement avant qu'elle fût terminée.

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