‹ JulieChapitre 97 sur 200 · PREMIERE PARTIE. I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. I

Il faut que je t'avoue un soupçon que j'ai conçu dans la tonte et l'humiliation de moi-même ; c'est que tu sais mieux aimer que moi. Oui , ma Julie, c'est bien toi qui fais ma vie et mon être ; je t'adore bien de toutes les facultés de mon ame , mais la tienne est plus aimante , l'amour l'a plus profondément pénétrée; on le voit, on le sent ; c'est lui qui anime tes p^races , qui règne dans tes discours , qui donne à tes yeux cette douceur pénétrante , à ta voix ces accents si touchants; c'est lui qui, par ta seule présence, communiqueauxautrescœurs, sansqu'ils s'en apperçoivent , la tendre émotion du tien. Que je suis loin de cet état charmant qui se suffit à luimême ! je veux jouir, et tu veux aimer; j'ai des transports, et toi de la passion. ; tous mes emportements ne valent pas ta délicieuse langueur, et le sentiment dont ton cœur se nourrit est la seule félicité suprême. Ce n'est que d'hier seulement que j'ai gonté cette volupté si pure. Tu m'as laissé quelque chose de ce charme inconcevable qui est en toi, et je crois qu'avec ta douce haleine tu m'inspirois une ame nouvelle. Hâte -toi, je t'en conjure , d'achever ton ouvrage. Prends de la mienne tout ce qui m'en reste , et mets tout-à-fait la tienne à la place. Non, beauté d'an},'e , ame céleste , il n'y a que des sentiments comme les tiens qui puissent honorer tes attraits; toi seule es digne d'inspirer un parfait amour, toi seule es propre à le scntii'. Ah ! donne -n«oi ton coeur , ma Julie, pour t'airaer comme ta le mérites.

f a/o LA NOUVELLE H ÉLOISK.

J'ai, ma cliere cousine, à te donner un avis qiii t'importe. Hier au soir ton ami eut ;ivec mylor4 Edouard un démêlé qui peut devenir sérieux. Voi^i ce que m'en a dit M. d'Orbe qui étoit présent , cl qui, inquiet des suites de cette affaire, est veuu c« matin m'en rendre con-pte.

Ils avoient tous deux soupe chez mylor.l ; et, après une heure ou deux de musique , ils se mirent à causer et boire du punch. Ton aiui n'en but qu'uB seul verre mêlé d'eau; les deux autres ne furent pa* si sobres ; et , quoique M. d'Orbe se convienne pas de s'être enivré , je me réserve à lui en dire mon avi» dans un autre temps. La conversation tomba natu? Tellement sur ton compte; car tu n'ignores pas qa9 mylord n'aime à parler (jue de toi. Ton ami , à (jui ces coulidences déplaisent, les reçut avec si peu d'aménité ({u'eulin Edouard, échauffé de punch , et piqué de cette sécheresse, osa dire, ense plaignani de ta froideur, qu'elle u'cloit pas si générale ({u'on pourroit croire , eJ que tel qui n'en disoil mol n'é toit pas si mal traité que lui. A l'instant ton ami , dont tu connois la vivacité, releva ce discours avec lin emportement insultant qui lui attira un démenti, et ils sautèrent à leurs épées. Jiomston , à demi-ivre , se donna en courant une entorse qui le força dr s as seoir. Sn j.imbe cnll.i stir-lc-champ, et rel.i (\Tlnn hi querelle mieu^L que tous les soiua que M. d Oiùe

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