ACTE PREMIER
en avoir d'autre dans ta position... Tu ne peux pas voler n'est-ce pas?
DE CAMBRE
Pardon!... Je pourrais voler... On vole dans toutes les positions... Mais, enfin, je ne vole pas... j'ai des maîtresses, simplement... Eh bien, quoi? j'ai des maîtresses... après? Sommes-nous des sauvages, voyons, mon ami?
Ah çà! mais, décidément, quelle idée te fais-tu donc du mariage, mon cher?
DE CAMBRE
Du mariage? mais je m'en fais l'idée que tout le monde s'en fait, il me semble! Est-ce que je suis une exception, par hasard ?
TURGY
Oh! non. Ainsi le mariage, pour toi, c'est le divorce!
DE CAMBRE
Comment ça, le divorce?
TURGY
C'est-à-dire que le franc divorce serait cent fois préférable, plus moral et plus généreux. Car ce divorce mixte dont tant de maris, sans te compter, jouissent avec plénitude, les femmes en ont l'abandon, les tristesses, les affronts, et n'en ont pas la liberté.
DE CAMBRE
Oh! la liberté! la liberté! Il y en a pas mal qui la prennent, allons!
TURGY
Et celles qui ne la prennent pas ! Il y en a bien encore quelques-unes, je suppose. Quel est leur sort, à celles-là?
DE CAMBRE
Bah! des idées à toi, tout ça... Voyons... parle franc... Estce que Julie se plaint ?
TURGY
Tu sais qu'elle est trop fière et trop sage pour se plaindre; mais si tu ne vois pas qu'elle souffre de plus en plus, à mesure que tu te gênes moins... tu es vraiment trop distrait.
DE CAMBRE
Elle souffre, mon ami, elle souffre... sans doute elle souffre! Toutes les femmes souffrent, tu sais... C'est leur profession... Il s'assoit.) C'est leur prétention, du moins... et les plus parfaites n'échappent pas à ce travers ;... mais franchement, si Julie n'était pas heureuse dans sa situation, il faudrait y renoncer. Ma conscience à cet égard est parfaitement tranquille... J'ai travaillé quinze ans de ma vie pour tripler ma fortune et contenter ses goùtSjles miens aussi, c'est vrai., mais enfin... Julie, comme toutes les femmes, aimait violemment le luxe, les fêtes, les spectacles, les chevaux, les diamants... elle a tout cela... elle en regorge... elle en a plus qu'elle n'en peut porter... C'est apparemment ce qui la fait souffrir!
ACTli PRILMIER. 25
Les femmes aiment tout cela, c'est vrai, mon cher, mais il y a quelque chose qu'elles aiment encore davantage.
DE CAMBRi:.
Eh! quoi donc?
TURGY, Irès-sirupleinent.
C'est qu'on les aime.
DE CAMBRE
Oui... oui... avec une guitare. C'est très-bien.
TURGY
Ah! tiens! Maurice, écoule, il faut que je te dise toute ma pensée... Tu n'estimes pas assez ta femme. Des spectacles, des chevaux, des diamants, on paye ses maltresses avec cela, on ne paye pas sa femme. Une honnête femme, une femme à qui lu confies ton nom, tes enfants. Ion honneur, qui reste à travers toutes les corruptions du monde la gardienne fidèle de toutes ces choses sacrées, qui chaque soir et chaque matin le les rend sans tache comme elle les a reçues, qui enchaîne éternellement à ton foyer le charme, la dignité, le respect... celte femme-là, tu veux la payer ! Aime-la I
DE CAMBRE
Eh! sans doute!