‹ JulieChapitre 27 sur 53 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

bon, si l'ami est vrai... on le reconnaît... Seulement, en général, on ne le dit pas, et moi je te le dis.

TURGV, froid.

Je te remercie.

DE CAMBRE, appuyé contre la table è gauche.

Je4'avoue ussi que cet orace est venu en aide à ta morale. 11 m'a tenu enfermé pendant plus d'une lieure dans la cuisine sombre d'une ferme; le lieu était propre aux méditations, j'ai donc médité. J'ai passé en re^-nie mon humble existence, si vivement controversée... j'ai trouvé qu'elle avait en effet des côtés défectueux, et j'ai sincèrement résolu de les modifier... Je ne te dis pas que je vais me métamorphoser en un clin d'œil €t devenir instantanément un ange domestique... mais enfin tu sauras avant peu que je tiens un compte sérieux de tes avis.

TURGV, souriant froidement.

Je te remercie.

CE CAMBRE, revenant à Turgy.

C'est moi, mon cher, qui te sais gré de tes salutaires et courageuses remontrances; tu as compris, avec l'instinct do la véritable amitié, que j'en étais arrivé à une heure critique et presque solennelle dans la vie d'un homme, à cette heure où les habitudes et les passions de la jeunesse changent de nom, où le plaisir s'appelle dépravation, où les goûts tournent au vice, où le vice devient féroce... On le reléguait d'abord dans un coin obscur de sa vie... pou à pou il empiô'e... il se fait

place; il écarte ce qui le gêne : la femme, les enfants, au besoin... il est le maître; enûn, il règne... On le cachait, on l'étalé, on l'impose... on l'installe à la place d'honneur sur les ruines du foyer... On n'était qu'un libertin... on passe criminel!... Tu vois que je t'ai compris.

Oui.

DE CAMBRE

Il y a là une limite délicate et terrible... et j'y touchais, c'est vrai... Jlais, grâce à toi, je ne la franchirai pas... Tu en doutes?

TURGV.

Non.

Mon Dieu, si! Tu en doutes, parce que tu ne me connais pas tout entier, parce que je me communique peu... parce que, comme beaucoup d'hommes, j'ai ce qu'on peut appeler la pudeur des sentiments honnêtes... On les éprouve et on les tait; et voilà pourquoi, par parenthèse, mon cher, on est si bavard avec ses maltresses et si peu avec sa femme... Mais enfin, au point oîi j'en suis, sois sûr qu'il y a encore quelque ressource.. . Quoi ! on est un mauvais sujet, un sceptique, un gouailleur, mais encore un brave homme pourtant... Tous ces biens que l'on semble dédaigner, le foyer, la famille, l'honnêteté, au fond de l'àme on en sent très-bien la douceur infinie; mais on sait qu'ils sont là, qu'ils vous appartiennent, qu'on en jouira demain, quand on voudra, et on ajourne toujours: mais on ne

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