ACTE DEUXIÈME
Mais... quand tu te marieras... par exemple...
CÉCILE
Ah! voilà bien ma mère! il lui faut toujours son chagrin... mais d'abord je te dirai que j'entends bien faire mes conditions avec l'heureux mortel qui sera mon époux... il faudra qu'il demeure avec ma mère... ou bien tout près... tout près de ma mère... et ensuite, vois-tu, je serai très-difficile à marier, moi.
Parce que?...
CÉCILE
Parce que j'ai beaucoup réfléchi sur ce sujet.
Ah!
CÉCILE
Ainsi je n'épouserai jamais un jeune homme. J'adore les jeunes gens comme danseurs; mais comme maris, ils ne m'inspirent aucune confiance. Et puis ils ne m'inspirent pas de respect non plus, et je veux respecter mon mari... Je veux avoir peur de lui... je veux un homme grave, sérieux, effrayant... un maître, enfin !
Quelle enfant!
6i JULIE.
Je ne dis pas un vieillard... mais un homme d'un certain âge. Il y a des hommes d'un certain âge qui sont encore trèsbien... mon père, par exemple, est encore très-beau... d'autres encore... Ainsi notre voisin... 31. de Turgj', sans avoir tout à \
fait l'âge de mon père, n'est plus un jeune homme, et il est très-bien.
3 U LI E , la regardant en face.
Tu ne l'aimes pas?
CÉCILE, timidement.
U ne faut pas?
Tu l'aimes!
Il est aimable.
CECILE, à demi-voiï.
JULIE, après un silence.
J'ai le cœur brise, mon enfant... je vais gâter toute la joie de Ion retour... Je suis forcée de te dire que ce serait un malheur pour toi de l'attacher à ce sentiment-là... Je te fais beaucoup de peine, n'est-ce pas?
CECILE, se contenant.
Un peu seulement... mais qu'y a-l-il donc? Je ne peux pas savoii'... (Apr^s un silence.) 11 en aime une autre?