ACTE TROISIÈME
définitif à la maison, je m'étais figuré que peut-être Turgy s'était éloigné par délicatesse.
CÉCILE
Non ; c'est de toute impossibilité, mon i)ère.
DE CAMBRE
Tant mieux... Alors nous pouvons le laisser revenir?
CECILE, tranquillement.
Il revient?
DE CAMBRE
Il est à Paris... Voilà sa lettre... Nous ne tarderons pas à le voir, tu peux penser, et c'est pourquoi j'ai voulu avoir avec toi celte petite explication... Maintenant, rria chère enfant, je m'en fie à ta sagesse... je ne décourage pas ton rêve; je t'avoue même que je serais ravi pour ma part de le voir se réaliser ; car je ne connais pas de plus honnête homme que Turgy; de plus son âge, son nom, sa situation, tout me conviendrait à merveille... Mais enfin nous ne pouvons pas ^enlever... nous sommes fiers d'ailleurs, nous ne voulons pas nous offrir... par conséquent.
CÉCILE
Mon Dieu! je vous remercie, mon père ; mais toutes ces précautions sont bien inutiles maintenant. Ce rêve, comme vous l'appelez, j'en suis réveillée depuis longtemps, et je suis bien assurée de n'y pas retomber.
DE CAMBRE
Enfanl!... On n'est jamais bien assuré de ces choses-là.
CÉCILE
Mon pèie, je vais vous dire toute la vérité. C'est ma mère qui m'a détournée d'un sentiment sans espoir, sans avenir, et par de telles raisons qu'il n'y aurait eu de ma part ni bon sens ni dignité à y persister,
DE CAMBRE, simplement.
Ta mère? Comment cela?
CÉCILE
Tenez... ce fut le soir môme où vous eûtes la bonté de me rappeler comme j'étais en chemin pour le couvent. Je causais avec ma mère, et le hasard fit tomber notre entretien sur M. de Turgy. J'avouai à ma mère ce que je viens de vous avouer, et ce fut alors qu'elle me dit...
DE CAMBRE, plus grave.
Qu'elle te dit?...
Mais... vous savez, mon père...
DE CAMBRE
Mais encore?...
CÉCILE
Enfin... que M. de Turgy n'était pas libre.