‹ Julie Ou La Nouvelle HéloïseChapitre 106 sur 126 · BB 811NT-PREUX A MTLORD EDOUARD · texte numérisé non relu

BB 811NT-PREUX A MTLORD EDOUARD

M. de Wolmar partit hier pour Étange, et j'ai peine à concevoir l'état de tristesse où m'a laissé son départ. Je crois que l'cloignement de sa femme m'affligeroit moins que le sien. Je me sens plus contraint qu'eD sa présence même : un morne silence règne au fond de mon cflmr; un effiroi secret en étouffe le murmure ; et, moins troublé de

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désirs que de craintes, j'éprouve les terreurs du crime sans en aïoir les tentations.

Savez-Tous, mylord, où mon âme se rassure et perd ces indignes frayeurs? auprès de madame de Wolmar. Sitôt que j'approche d'elle, sa vue apaise mon trouble, ses regards épurent mon cœur. Tel est Fasccndant du sien, qu'il semble toujours inspirer aux autres le sentiment de son innocence et le repos qui en est Teffet. Malheureusement pour moi, sa règle de vie ne la livre pas toute la journée à la société de ses amis, et dans les moments que je suis forcé de passer sans la voir je souffrirois moins d'être plus loin d'elle.

Ce qui contribue encore à nourrir la mélancolie dont je me sens accablé, c'est un mot qu'elle me dit hier après le dépail de son mari. Quoique jusqu'à cet instant elle eût fait assez bonne contenance, elle le suiût longtemps des yeux avec un air attendri, que j'attribuai d'abord au seul éloignemcnt de cet heureux époux ; mais je conçus à son discours que cet attendrissement avoit encore une autre cause qui ne m'étoit pas connue. Vous voyez comme nous vivons, me ditelle, et vous savez s'il m'est clier. Ne croyez pas pourtant que le sentiment qui m'unit à lui, aussi tendre et plus puissant que l'amcurt en ait aussi les foiblesses. S'il nous en coûte quand la douce habitude de vivre ensemble est interrompue, l'espoir assuré de la reprendre bientôt nous console. Un état aussi permanent laisse peu de vicissitudes à craindre ; et dans une absence de quelques jours nous sentons moins la peine d'un si court intervalle que le plaisir d'en envisager la fin. L'arniction que vous lisez dans mes yeux vient d'un sujet plus grave; et, quoiqu'elle soit relative à M. de Wolmar, ce n'est point son éioigncment qui la cause.

Mon cher ami, ajouta- 1 -elle d'un ton pénétré, il n'y a point de vrai bonheur sur la terre. J'ai pour mari le plus honnête et le plus doux des hommes, un penchant mutuel se joint au devoir qui nous lie, il n'a point d'autres désirs que les miens ; j'ai des enfants qui ne donnent et promettent que des plaisirs à leur mère : il n'y eut jamais d'amie plus tendre, plus vertueuse, plus aimable que celle dont mon cœur est idolâtre, et je vais passer mes jours avec elle ; vous-même contribuez à me les rendre chers en justifiant si bien mon estime et mes sentiments pour vous ; un long et fâcheux procès prêt à fuiir va ramener dans nos bras le meilleur des pères ; tout nous prospère; l'ordre et la paix régnent dans notre maison ; nos domestiques sont zélés et fidèles; nos voisins nous marquent toutes sortes d'attachement ; nous jouissons de la bienveillance publique. Favorisée en toutes

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